Que nous apprend de nouveau wikileaks sur Jean-Louis Borloo?

Publié: décembre 22, 2010 par argulamaton dans analyse des câbles
Tags:, , , , , , ,

Comme la grande partie des câbles publiées, la communication 10PARIS183: n’apporte pas de révélations cruciales. Borloo manifestait déjà son scepticisme vis à vis du succès d’un accord contraignant:

 »Jusqu’à présent, nous étions dans un système, le protocole de Kyoto, qui était certes une grande avancée, une mise en marche du monde, mais seule l’Europe était réellement engagée, alors qu’elle représente 17 % des émissions mondiales des gaz à effet de serre. Et encore, les engagements européens ont été honorés parce qu’il y a eu des modifications des mix énergétiques des pays de l’Est, expliquait Jean-Louis Borloo, devant les Commissions des Affaires économiques et du Développement durable de l’Assemblée nationale le 27 janvier. L’enjeu du post Kyoto était d’accrocher les 80 % d’émetteurs de GES restants. L’idée que le type d’accord contraignant européen pouvait être imposé au reste du monde était un non sens. Si le 31 janvier, le reste du monde adresse à l’ONU ses plans de réduction et ses engagements, Copenhague sera une réussite ». Le ministre d’État ne doute pas quant au respect de cette échéance qui, dans les objectifs, suivra  »la feuille de route de Bali ».

M. Borloo rencontra l’ambassadeur des États-Unis, M. Rikvin, vers le 17/02, date où a été envoyée la communication au secrétariat d’État. Le ministre de l’environnement de l’époque n’a pas changé d’avis après son entretien avec l’ambassadeur des États-Unis. Cependant, la déclaration à l’assemblée nationale a été faite après le sommet de Copenhague qui s’est tenu en décembre 2009. Audrey Garric, journaliste du monde, soutient que c’est une position très éloignée de ce qu’il prônait ouvertement avant le congrès en s’appuyant sur un entretien donné au nouvel observateur le 21 novembre, 16 jours avant l’ouverture du sommet de Copenhague. La lecture de l’interview appelle à être prudent:

Nouvel Observateur : Faut-il impérativement un traité  à  la sortie de Copenhague pour graver ces engagements dans le marbre ?

Jean-louis Borloo : Vous savez, les traités à ce niveau, c’est généralement quand on est en guerre et qu’on fait la paix. Ce qui n’est pas le cas. Et puis les traités, dits contraignants, ne garantissent pas la réussite. Il n’est qu’à voir Kyoto. Autant je pense que les signataires de Kyoto doivent se réengager. Autant il me semble que des engagements fermes et chiffrés des nations présentes à Copenhague seraient déjà à la hauteur de l’attente. Ensuite on met des contrôles à posteriori et un monitoring de vérifications. Il serait aussi souhaitable qu’on se mette d’accord pour une Agence Mondiale de l’environnement du type de l’OMC pour fixer  les règles et suivre leurs applications. Dés lors que les objectifs sont chiffrés et qu’un fonds de développement est créé pour les pays les plus vulnérables sur la production d’électricité propre et pour  la lutte contre la déforestation et le traitement des risques, tout est possible.

La position de M. Borloo était pour le moins ambigüe. Il ne se prononçait pas ouvertement pour un traité contraignant mais n’était pas défavorable à des contrôles et des vérifications.
On note que deux propositions sont mises en avant:

    • la lutte contre la déforestation et reboisement (à travers le programme de l’ONU, REDD+)
    • la mise en place d’un fonds «vert» destiné à financer le développement durable des pays moins favorisés (appelé programme «fast-start»)

Ces deux mesures faisaient parties du plan «justice-climat» exposé le 31/10/2009 au Journal du Dimanche par M. Borloo. Néanmoins, aucune référence au financement du projet n’est faite dans le câble alors que le plan initial prévoyait un prélèvement sur les flux financiers à hauteur de 0,01% (appelé aussi taxe Tobin).

On constate un double langage tenu par M. Borloo à l’époque, ce qui n’a strictement rien de surprenant dans le monde de la politique. Dans, le câble, l’ambassadeur des États-Unis écrit:

Il a aussi souligné qu’à la différence de quelques Européens, les Français comprenaient la position du gouvernement américain et n’ont pas été critiques vis à vis des États-Unis à Copenhague. En réalité, dit-il, le succès de l’accord de Copenhague pour le gouvernement américain résulte de l’engagement direct du président Obama.

Cette position de l’ancien ministre de l’environnement est surprenante quand on sait que ce dernier s’est montré très critique vis à vis de l’administration Obama. En mai 2009, il avait jugé «insuffisants» les projets américains de réduction des émissions de gaz à effet de serre. On pouvait lire à l’époque dans france-soir:

Pour Jean-Louis Borloo, il est donc «inconcevable» que la première puissance mondiale, qui émet deux fois plus de GES que l’UE, ne fasse pas au moins autant d’efforts que l’Europe, même s’il est possible d’envisager un délai de trois ou quatre ans aux Etats-Unis, qui «reviennent de loin».

Le 7 décembre, jour d’ouverture du sommet de Copenhague, M. Borloo tenait à l’express des propos qui allaient dans le même sens en déclarant «Obama doit nous emboîter le pas». Le 21 décembre, trois jours après la fin de la conférence, le ministre déclarait ouvertement sa déception vis à vis du gouvernement américain dans une interview à RMC:

La grande déception, ce sont les Etats-Unis! En gros, un américain émet 4 fois plus de gaz à effet de serre qu’un Français… et l’engagement américain c’est sept fois moins que les Français et cinq fois moins que les européens en général. La vraie difficulté, c’est le blocage du congrès américain qui empêche Obama d’aller plus loin.

En public, M. Borloo condamne les États-Unis mais n’hésite pas en privé à manifester toute sa sympathie face à leur ambassadeur.

Il n’est pas étonnant que celui-ci parle de «vue stratégique des négociations qui a changé de manière significative». Une question nous vient alors à l’esprit, ce double langage avait-il été remarqué lors de la négociation des accords de Copenhague?

La réponse est oui. Le lendemain de l’ouverture de la conférence de Copenhague, le blogger Florent Baarsch, qui suivait la conférence pour le compte de la Global Coalition for Climate action, écrivait un article intitulé: «La France joue-t-elle double jeu dans les négociations sur le climat ?» L’aide aux pays en développement constituait un pilier du plan «justice-climat» or la France a rechigné pendant le sommet a abondé des fonds supplémentaires au projet de fonds d’aide au développement durable. Florent Baarsch concluait ainsi son billet avec une pointe d’amertume:

Il est donc assez surprenant de comparer les discours prononcés publiquement par le président Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo le ministre de l’environnement par rapport à l’aide à apporter aux pays souffrants des conséquences des changements climatiques et la position réellement négociée au sein de l’Union.

La France a présenté le Plan Justice Climat, pour remettre de la justice et de l’éthique dans les négociations actuelles. Espérons que ce ne sont pas vains mots. Ainsi, il ne reste plus qu’un seul jour pour que la France permette aux pays du Sud de ne pas avoir à choisir entre la construction d’une école et la construction d’une digue, à choisir entre la vie et la survie.

En conclusion, nous notons effectivement le double langage tenu par M.Borloo. Face aux médias, il n’hésitait pas à se poser en défenseur de l’écologie et de la justice sociale, pourfendeur de la cupidité des Américains qui ne voulaient rien céder.

L’attitude face au représentant de la première puissance mondiale est tout autre, il se montre beaucoup plus conciliant.

Néanmoins, il existe des projets concrets de l’ONU pour endiguer le réchauffement climatique. Des initiatives comme REDD+ (lire la très bonne présentation de l’IUCN) émergent parallèlement aux différentes conférences des parties (COP). REDD+ a pour but de lutter contre la déforestation et de mener une politique de reboisement en associant les populations indigènes. Le programme fast-start qui finance le développement durable des pays moins favorisés se met lui aussi en place (consultez le site web ici). La bonne mise en œuvre de ces projets dépend des accords signés aux COP et il est donc indispensable que nos dirigeants se comportent de manière transparente et honnête pour qu’un réel développement durable et juste puisse voir le jour.

Sources:
Copenhague J-16. Jean Louis Borloo :  » Il n’y aura pas d’accord à Copenhague sans la signature de la France », nouvelobs, 21/11/09
Après-Copenhague : Jean-Louis Borloo reste très confiant, actu-environnement.com, 27/01/2010
Environnement – Jean-Louis Borloo réclame davantage à Obama, france-soir, 26/05/2009
Jean-Louis Borloo: « Obama doit nous emboîter le pas », l’express, 7/12/2009
Borloo : « Les Etats-Unis… La grande déception ! », rmc.fr, 21/12/2009

Pour en savoir plus sur les tractations et marchandages autour du sommet de Copenhague:
WikiLeaks : faux espoirs et vrai désarroi au sommet de Copenhague sur le climat, le monde, 10/12/10

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s