NOTE: Les essais et réflexions publiés sur le blog n’engagent uniquement que l’opinion personnelle de l’auteur.

L’islamisme est du pain béni pour n’importe quel homme politique démagogue ou dictateur qui veut se maintenir au pouvoir. On veut justifier une guerre à l’étranger? La lutte contre le terrorisme islamiste comme en 2001 quand les pays de l’OTAN ont envahi l’Afghanistan, invasion qui aura fait plus de morts que les attentats du 11 septembre et bien sur, Ben Laden court toujours. La délinquance dans les quartiers défavorisés? La faute aux délinquants étrangers qui s’islamisent. Solution? La restriction de l’immigration pour empêcher que les hordes d’islamistes déferlent dans le pays. Quel argument avance ces mêmes hommes politiques occidentaux pour justifier leur soutien à des régimes autoritaires comme en Tunisie, en Algérie ou en Égypte? Toujours la lutte contre le terrorisme islamiste.
Bien sur, nos hommes politiques toujours très cultivés que nous ne pouvons soupçonner de xénophobie comme Brice Hortefeux, ministre français de l’intérieur condamné pour injures raciales, ne font aucun amalgame quand ils posent l’équation fatale:
musulman = étranger = immigré = chômeur = délinquant = terroriste = islamiste
Ces détracteurs de «la menace islamiste» ont ainsi fondé une nouvelle école de pensée qui expliquent tous les maux de la terre par l’islamisme. Auparavant, on avait la psychanalyse freudienne qui expliquait tous par des pulsions sexuelles ou le matérialisme historique marxiste qui fondait le sens sur de l’histoire sur une opposition duale, aujourd’hui nous avons les «anti-islamistes». N’hésitant pas à se poser en Hérault de la démocratie libérale, ils bafouent volontairement ses principes par des lois comme le patriot act ou la loppsi qui violent allègrement la sphère privée des citoyens. Ils n’hésitent pas non plus à soutenir des régimes policiers ou des hommes politiques corrompus. Il serait fortuit de relever que nombre d’hommes politiques français comme Eric Raoult, député UMP proche de Ben Ali, ou Dominique Strauss-Kahn disposent d’agréables villégiatures à Hammamet en Tunisie. Tel Eric Zemmour, ils sont prêts à dénoncer le péril islamiste qui guette dans les mouvements révolutionnaires qui agitent en ce moment dans le monde arabe.

Le mieux étant Eric Raoult qui dans cette vidéo soutenait la dictature tunisienne et l’expulsion des journalistes français de Tunisie avec des arguments complètement fallacieux:

De même en Égypte, les médias mettent en avant la possible montée au pouvoir des Frères Musulmans ou le musée national d’Égypte saccagé, mettant au second plan les 100 tués lors des manifestations du samedi 29 janvier, comme si c’était secondaire.

En réalité, cette approche est contredite par l’actualité et surtout par l’Histoire. Aucune revendication islamiste n’a émergé lors des manifestations. Les mouvements islamistes comme les frères musulmans en Égypte ou Ennahdha, en Tunisie, ont attendu le dernier moment pour rejoindre le mouvement. Mais surtout, il ne faut pas oublier la grande tradition laïque héritée du panarabisme socialiste qui a habité les pays arabes jusqu’à la fin de la guerre froide. Il ne s’agit pas de faire l’apologie du panarabisme qui a débouché sur d’infâmes dictatures dictatures comme celles du parti Baas en Syrie ou en Irak. Même pis, alors que la première génération de dirigeants née de l’indépendance était profondément laïque, la deuxième qui lui a succédé, a fait des compromis avec les éléments les plus conservateurs de la société pour se maintenir au pouvoir, engendrant l’islamisme radical.
Je parle bien d’islamisme radical car dans son sens large, l’islamisme désigne tous les courants idéologiques qui se fondent sur l’islam politique. Cela va du musulman démocrate, équivalent du chrétien-démocrate d’occident, jusqu’à l’islamiste le plus écervelé qui prône une application stricte de la charia, loi islamique.
Ce schéma se retrouve aussi bien chez les Sunnites, avec l’AKP (parti pour la justice et le développement) au pouvoir en Turquie, démocrate et pro-européen, jusqu’aux fous furieux d’Al Quaïda. Il en est de même pour les chiites, Nouri Al-Maliki, premier ministre irakien, est un démocrate, mais on retrouve aussi un islamisme chiite radical au pouvoir en Iran.

L’islamisme n’est pas présent du côté des manifestants, au contraire

Comme nous l’avons dit plus haut, on n’a pas noté la présence d’islamistes dans les manifestants en Tunisie et en Égypte. Du moins, ils n’ont pas pris le dessus des manifestations. Les citoyens en colère contre leur gouvernement revendiquaient clairement la mise en place d’un vrai régime démocratique qui respecte les libertés individuelles. Ainsi, l’établissement d’une démocratie libérale était clairement un mot d’ordre des mouvements de protestation.
En Égypte, les frères musulmans ont rejoint le mouvement de contestation aujourd’hui au moment où le pays est dans une crise profonde, alors que les manifestations avaient commencé quatre jours plus tôt. En Tunisie, Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahdha, a été très peu entendu.
Nous avons retrouvé l’argument islamiste du côté des partisans des pouvoirs en place. Ainsi, notre lecteur et commentateur , ardent partisan de Bouteflika, qui commente notre blog H24 sous de multiples pseudos( peut être du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) algérien) nous a clairement accusé d’appeler à la guerre contre un pays musulman, citant le prophète, et de vouloir «enjuiver l’Algérie» (sic) !

propagande religieuse d'un partisan de Bouteflika, en arabe, une hadith du prophète qui interdit à un Musulman de faire du mal à un autre musulman

com antisémite

La perle antisémite, toujours de la même personne

Il n’a pas hésité non plus à ramener des collègues pour faire de la propagande islamiste sur la page facebook de l’operation algeria (ce qui a eu quand même pour avantage de laisser un peu de répit à l’équipe du blog).
Les partisans de la démocratie qui ont manifesté ces derniers jours dans le monde arabe n’ont jamais essayé de monter les gens les uns contre les autres, ils ont au contraire insisté sur l’égalité en Droits, pilier de tout régime authentiquement démocratique. Ce sont les régimes en place grâce à l’aide de leurs services de propagande qui instrumentalisent la menace islamiste et essaient de semer la division en essayant de monter les uns contre les autres parce qu’ils ont des religions différentes.
Les employés des services de propagandes de ces régimes autoritaires et les hommes politiques occidentaux qui les soutiennent, oublient une chose essentielle, la longue tradition laïque des pays arabes.

L’attachement des pays arabes à la laïcité: un pan de l’Histoire qu’on ne saurait oublier

La première génération de dirigeants issue de l’indépendance était clairement partisane d’une séparation stricte de la religion et de l’Etat. Mais cet acquis a été peu à peu rongé par la deuxième génération de dirigeants qui a fait des compromis avec les islamistes, soutenus par le bloc occidental pendant la guerre froide, pour rester au pouvoir.

L’héritage panarabiste laïque des dirigeants issus de l’indépendance

Remontons dans les années 1950-1960; le tiers-mondisme ou mouvement des États non alignés, porté sur le devant de la scène par la conférence de Bandung en 1956, est en vogue. Issus des indépendances ou de renversement des régimes passés, les leaders des pays socialistes non alignés sur le modèle soviétique comme Zhou Enlaï, ministre des affaires étrangères chinois, Nehru, premier ministre indien, et bien sur Nasser, président de l’Egypte, qui a incarné le panarabisme. Cette idéologie utopique visait à unir tous les peuples arabes sur des fondements socialistes. Elle a essaimé dans tout le monde arabe et influencé considérablement les régimes en place, à l’exception du Maroc, de l’Arabie Saoudite, de la Jordanie et du Yemen du Nord.
Il est à noter que le panarabisme n’a pas été un franc succès sur le plan économique et surtout sur celui des libertés individuelles. Les régimes liés au parti Baas comme en Syrie avec El Assad, père et fils, et en Irak avec Sadam Hussein, ont été d’infâmes dictatures. Néanmoins, on ne peut nier les progrès sociaux apportés par ces régimes en matière d’éducation ou de santé comme en Tunisie avec Bourguiba. Cet argument est souvent utilisé par les défenseurs des régimes en place, mais ils négligent un point crucial. Les dirigeants d’aujourd’hui ne sont intéressés que par une chose, la conservation du pouvoir, n’hésitant pas à faire des compromis avec les islamistes les plus radicaux pour satisfaire les franges les plus conservatrices de la société.

Une deuxième génération de dirigeants corrompus qui cèdent face aux islamistes radicaux

En 1979, on assiste à l’émergence de l’islamisme radical aussi bien chiite que sunnite. En Iran, la révolution iranienne porte le mollah Khomeini au pouvoir condamné aussi bien par l’Union soviétique que les Etats-Unis qui soutinrent l’Irak quand elle déclara la guerre à l’Iran dans les années 80.


C’est un peu plus à l’Est que l’islamisme sunnite surgit en Afghanistan, quand l’URSS décide d’envahir le pays pour soutenir le régime communiste en place menacé par des mouvements insurrectionnels. Les États-Unis notamment par le biais de son allié fidèle dans la région, le Pakistan, vont appuyer les mouvements islamistes dans la région. Les deux pays y avaient intérêt, car le Pakistan a toujours revendiqué le Cachemire, occupé par l’Inde qui à l’époque était pro-soviétique (bien qu’elle n’appliquait pas le modèle économique soviétique), et l’Afghanistan, occupé par l’URSS qui soutenait les communistes pachtounes qui revendiquaient les terres occidentales du Pakistan.
Deux ans plus tard, le successeur de Nasser, Anouar el Sadate, est assassiné par un islamiste qui lui reprochait d’avoir signé des accords de paix avec Israël. L’émergence de l’islamisme puis le déclin de l’URSS relèguent très vite le panarabisme socialiste aux oubliettes. Souhaitant se maintenir au pouvoir, la deuxième génération de dirigeants comme Moubarak, qui a succédé à Sadate et qui est toujours au pouvoir ou Ben Ali en Tunisie. En Egypte, le parti national démocratique (PND) au pouvoir mené par Moubarak parvient à un compromis avec les Frères musulmans qui fluctue au gré des rapports de force. Ainsi, les islamistes peuvent s’organiser autour de structures religieuses dans une certaine mesure alors que toute opposition libérale est férocement réprimé. Les candidats libéraux aux élections présidentielles se sont souvent retrouvés accusés de chefs d’inculpation douteux et condamnés à des peines lourdes de prison de ferme, dans des procès pour le moins peu équitable. Pire, des concessions sont faites aux franges les plus conservatrices de la société au détriment des libertés de conscience et d’expression. Le blasphème devient un délit très lourdement réprimé. Des bloggers comme Karim sont condamnés à plusieurs années de prison ferme. Les chrétiens coptes ont aussi vécu une dégradation de la liberté de pratiquer leur culte, faisant les frais d’une propagande haineuse très violente qui a débouché sur plusieurs attentats comme celui d’Alexandrie en décembre. La Tunisie n’a pas échappé non plus à cette tendance. Alors que Bourguiba était très nettement anticlérical, Ben Ali s’est accommodé de la montée des conservateurs islamiques. Quand on se baladait en Tunisie, il n’était pas rare de voir la police fouiller les buissons pour arrêter les couples de jeune qui s’embrassaient. En termes, de liberté de mœurs et de féminisme, on a vu mieux, car bien sur, c’était surtout la fille qui était embêtée parla police. En Algérie, le FLN, parti au pouvoir depuis l’indépendance et ;lui aussi socialiste à la base, n’a pas hésité à s’allier avec le MSP, parti islamiste conservateur, après la guerre civile qui a rongé le pays. Ces mêmes régimes n’hésitent pas à utiliser la religion musulmane comme prétexte pour défendre leur régime, sous-entendant que si on est contre eux, on est contre l’islam., comme nous l’avons vu plus haut. Argument qui est bien sur fallacieux, car on peut critiquer la nationalité et la réligion sont deux choses différente. De plus, critiquer un gouvernement ne revient pas à s’en prendre au peuple et encore moins à la liberté de culte. Le blog de l’opération leakspin critique le gouvernement algérien mais soutient le peuple algérien dans sa lutte et se veut un fervent partisan de la liberté de conscience qui est un Droit Humain de base qui ne saurait être bafoué.
Cependant, il y avait une chose que les pays occidentaux et les régimes autoritaires n’avaient pas prévu, que leur jouet se retourne contre eux.

La machine infernale de l’islamisme radical s’est retournée contre ceux qui l’ont instrumentalisé

Sauf qu’il y a eu une rupture entre les islamistes et les pays occidentaux provoqués par la guerre du Golf. Les islamistes radicaux ont très mal supportés l’invasion d’un autre pays à majorité musulmane et l’utilisation des pays voisins eux aussi à majorité musulmane comme l’Arabie Saoudite, qui rassemble les lieux les plus sacrés de l’Islam, pour soumettre un autre pays musulman à leurs yeux. Sous la houlette de Oussama Ben Laden, ancien agent de la CIA, le mouvement islamiste radical «Al Quaïda» (la base en Arabe) se crée et entame une guerre sans merci contre les États-Unis et leurs alliés notamment par des actes terroristes.

La situation devient critique car tous les mouvements qui étaient susceptibles de s’opposer à l’islamisme comme le panarabisme socialiste ou le libéralisme ont été anéantis par la répression des régimes autoritaires arabes.

Les islamistes radicaux rencontrent d’autant de succès qu’ils reprennent à leur compte les revendications de justice sociale et d’anti-impérialisme du panarabisme. Leur succès est devenu très vite mondial car ils ‘appuient sur le déterminant de la religion qui transcende les nationalités. Ils deviennent les seuls opposants aux régimes corrompus qui alimentent la misère sociale par leur négligence. Le sigle du parti islamiste modéré, démocrate et pro-européen, AKP, repose sur un jeu de mot. AK est à la fois les initiales de de justice et développement en Turque mais surtout cela veut dire «pur». Les islamistes de tout bord, ont gagné en crédibilité, car ils sont apparus comme honnêtes et non corrompus. Mais l’islamisme est devenu en conséquence, un motif pour les différents gouvernements de mettre en place des mesures sécuritaires. Dahou Ould Kabliha défend l’état d’urgence en place depuis 1992 qui interdit les manifestations en invoquant la menace terroriste:

« Les Marches sont interdites à Alger, non pas parce que c’est le RCD ou la coordination qui ont appelé à des marches. Nous n’avons pas interdit la marche du RCD mais toutes les marches au niveau d’Alger. Le refus n’est pas seulement signifié à l’opposition. Si un parti de l’Alliance (FLN-RND-MSP, ndlr) envisage demain d’organiser une marche à Alger, je peux vous dire en tant que ministre de l’intérieur, qu’elle sera interdite »

Or il est important de rétablir la liberté d’expression et la démocratie pour laisser des mouvements démocratiques et laïques qui seront suffisamment forts et légitimes pour s’opposer à l’islamisme radical. Il est aussi heureux que des parti islamistes démocrates comme l’AKP puissent exister, représentant tous les courants de l’opinion.

En conclusion, l’islamisme radical sunnite dans ses évolutions récentes a surtout été instrumentalisées par les pays occidentaux pendant la guerre froide et par les dictatures actuellement au pouvoir. Cette instrumentalisation ne date pas d’hier, le concurrent de Lawrence d’Arabie pendant la première guerre mondiale, l’archéologue allemand Max Von Oppenheim préconisait l’utilisation du Djihad, la guerre sainte, pour inciter les Musulmans dans les pays arabes à se rebeller contre les Britanniques. La percée de l’islamise a eu des effets ravageurs sur les pays qui doivent subir la montée d’un conservatisme religieux oppressif et les attentats terroristes.

Mais si nous voulons en finir avec l’islamisme radical, il va falloir cesser de soutenir des régimes autoritaires qui entretiennent ce fondamentalisme exacerbé en maintenant les populations dans la misère sociale. L’ancien président américain, Truman déclara en 1947: «la misère est le terreau du totalitarisme». Ses successeurs et les dirigeants des autres pays auraient mieux fait de suivre ses conseils.

commentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s