05TELAVIV4107: Le chef du Mossad dit que la Syrie est faible et ne prédit aucun changement en Iran

Publié: mai 2, 2011 par argulamaton dans traduction de câbles
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Contexte:

L’année 2005 a été cruciale pour le Moyen-Orient:

  • Le 14 février 2005, l’ancien premier ministre libanais Rafiq Hariri hostile à la tutelle syrienne est assassiné à Beyrouth. Très vite, le Hezbollah et la Syrie sont soupçonnés d’être derrière l’attentat. Les manifestations pour réclamer le départ des forces armées syriennes et la vérité sur l’attentat deviennent quotidienne, le 14 mars 2005, un millions de Libanais sont dans la rue à Beyrouth. La révolution du cèdre aboutit au départ des soldats syriens fin avril 2005. Le régime de Bachar el Assad sort considérablement affaibli et marginalisé de cette épreuve. Le président syrien fera son retour en grace en 2008 quand il assista au défilé du 14 juillet à côté du président français, Nicolas Sarkozy.
  • Le 8 août 2005, quelques jours après l’élection du conservateur Mahmoud Ahmadinejad, l’Iran reprend la conversion de l’uranium, faisant voler en éclats l’accord passé avec trois pays de l’Union Européenne (Allemagne, France et Royaume-Uni). L’affaire sera portée par l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) devant le conseil de sécurité de l’ONU le 11 août qui décide d’un renvoi pour le mois de mars de l’année suivante.
    • En novembre 2004, l’Iran, menacée d’être trainée devant le conseil de sécurité pour violation du traité de non prolifération (TNP) nucléaire, avait accepté de suspendre son programme d’enrichissement et l’assemblage des centrifugeuses en échange de la coopération de trois pays de l’UE (Allemagne, France et Royaume-Uni) d’où le nom anglais de « EU-3 ageement ». Pour savoir plus sur le rôle de l’UE dans le dossier nucléaire iranien, cliquez ici pour lire le rapport du 9 décembre 2009 de l’Institut de Recherche International et Stratégique (IRIS) et de la maison de l’Europe à Paris.
    • Cet accord a été violemment critiqué par les conservateurs iraniens proche du guide suprême Ali Khamenei. L’ancien président Rafsanjani (de 1989 à 1997) est donné favori à l’élection présidentielle. Il est réputé modéré comme le président de l’époque Khatami, partisan de la poursuite du programme nucléaire mais ouvert au dialogue avec la communauté internationale. Rafsanjani, en tête au premier tour avec 21% des voix, perd au second tour en récoltant seulement 35% des voix face au maire de Téhéran et outsider, Mahmoud Ahmadinejad. Ce dernier est réputé ultra-conservateur et proche du guide suprême Ali Khamenei. Dès sa prestation de serment, le nouveau président annonce la reprise du programme nucléaire iranien. Des articles d’époque:

Le câble relate une entrevue du 17 juin 2005 avec le chef du Mossad (les services secrets israéliens) , Meir Dagan. Le câble a été rédigé le 29 juin. Il est important de faire attention aux dates pour éviter les anachronismes et de ne pas s’emmêler les pinceaux.

logo mossad

"Mossad" signifie "institut", le nom complet est "Institut pour les renseignements et les affaires spéciales". L'institut fondé en 1949 sous Ben Gourion est une des trois agences israéliennes de renseignement avec le Shabak (sécurité intérieure) et le Aman (sécurité militaire

Les protagonistes:

  • Meir Dagan, chef du Mossad de 2002 à 2011. Ancien officier qui a fait la guerre des six jours, celle du kippour et la première guerre du Liban, il a été nommé en 2002 par  le premier ministre Ariel Sharon. Cette année, le chef d’Etat israélien, Netanyahu a refusé de prolonger d’un an son mandat à la tête du Mossad après le scandale de l’assassinat d’un dirigeant du Hamas à Dubaï. Il est actuellement dirigeant de la compagnie des ports israéliens. Dans ce câble diplomatique, Dagan expose ses vues sur la Syrie et l’Iran aux autres protagonistes:
    • Sur la Syrie, bien que Bachar el Assad soit très affaibli, il ne s’attend pas à ce qu’il parte. Selon lui, tous les pays voisins ont intérêt à ce qu’un Bachar el Assad très faible soit au pouvoir pour maintenir le pouvoir dans la région. Ce serait pire selon Dagan si quelqu’un de plus radical remplaçait Bachar el-Assad à la tête de la Syrie. Il ne croit pas que l’agitation organisée par le très remuant Rifaat el Assad, le plus jeune frère d’Hafez el Assad et qui est donc l’oncle de Bachar, va déstabiliser le régime syrien. Il ne s’attend pas non plus à des réformes majeures de la part de Bachar el Assad bien qu’il se pavane sous des apparences plus progressistes que son père.
    • Concernant l’Iran, le chef du Mossad s’est lourdement trompé. Il ne s’attendait pas de changement en Iran pensant que Rafsanjani allait être élu facilement. Il pensait que l’Iran allait toujours maintenir le dialogue tout en essayant de s’engouffrer dans la première brèche venue pour poursuivre leur programme nucléaire. Dagan recommande d’accentuer les pressions sur l’Iran et de saisir le conseil de sécurité. On peut dire qu’il a eu tout faux. Ahmadinejad a écrasé Rafsajani et les sanctions contre l’Iran n’ont pas du tout dissuadé cette dernière de reprendre son programme nucléaire. Aujourd’hui, l’Iran affiche ouvertement avoir repris l’enrichissement de l’uranium.
  • David Welch, secrétaire adjoint aux affaires proches orientales (assistant secretary of state for near oriental affairs , NEA AS) de 2005 à 2008 aux côtés de Condoleeza Rice. Ancien ambassadeur des Etats-Unis en Egypte de 2001 à 2005, c’est lui aussi qui a signé l’accord de rétablissement des relations diplomatiques avec la Libye en 2008. Il a aussi pris parti pou le Maroc dans le conflit du Sahara Occidental. Actuellement, il dirige la division de Bechtel, le géant californien des travaux publics, pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique.
  • Elliot Abrams, adjoint au conseiller national à la sécurité de 2005 à janvier 2009 (voir article de wikipédia sur le conseil de sécurité nationale qui détermine la politique étrangère américaine). Il a aussi conseillé le président Reagan dans les années 80. A l’époque, il a été mêlé dans l’affaire Iran-Contra et a été condamné à une peine modique après avoir plaidé coupable. Il a finalement été gracié par George Bush père. C’est un néoconservateur pur et dur, membre du Project for a New American Century (PNAC) qui dès 1998 a publié une lettre ouverte au président Bill Clinton où il lui est demandé d’envahir l’Irak. Comme tout néoconservateur, il est pro-israélien et pense que les Etats-Unis suivent une destinée manifeste et se doivent donc d’être le gendarme du monde pour faire régner l’ordre et la démocratie.
N° de référence Rédigé le Publié le Classification Origine
05TELAVIV4107 2005-06-29 13:01 2011-04-08 05:05 CONFIDENTIEL Ambassade de Tel Aviv


Ce procès verbal est un extrait du câble original. Le texte entier du câble original n’est pas disponible.
« C O N F I D E N T I A L SECTION 01 OF 02 TEL AVIV 004107


SIPDIS


NEA FOR WELCH, CHENEY/DIBBLE, E.
NSC FOR ABRAMS/DANIN


E.O. 12958: DECL: 06/20/2010
TAGS: PREL PARM PGOV PTER MNUC IR SY IS GOI EXTERNAL
OBJET: LE CHEF DU MOSSAD DIT QUE LA SYRIE EST FAIBLE ET NE PRÉDIT AUCUN CHANGEMENT EN IRAN


Classifié par: L’ambassadeur Daniel C. Kurtzer pour les raisons 1.4(b) and (et (d).

1. (C) Résumé: Le chef du Mossad Meir Dagan a raconté au secrétaire adjoint aux affaires proches orientales [ NEA A/S] David Welch, l’adjoint du conseiller à la sécurité nationale [DNSA] Elliott Abrams et à l’ambassadeur le 17 juin, qu’en dépit de la faiblesse du président Bachar el Assad, il est peu probable que ce dernier soit remplacé prochainement. Les voisins de la Syrie préfèrent qu’Assad reste au pouvoir tout en étant faible, comme ça il est moins probable qu’il puisse se mêler des affaires de ses voisins. A propos de l’Iran, Dagan a prédit une victoire de l’ancien président Rafsandjani aux élections présidentielles [NDLR: L’élection a été gagné par l’ultra-conservateur Ahmadinejad qui a laminé Rafsandjani au second tour avec plus de 61% des voix] mais quoiqu’il en soit, cela changera peu de choses: l’Iran continuera à chercher d’échapper progressivement à l’accord de suspension [de son programme d’enrichissement d’uranium] avec les EU-3 [Royaume-Uni, France et Allemagne]. Dagan a dit que la résolution du conseil de sécurité de l’ONU réglementant l’accord avec les EU-3 fournirait un meilleur mécanisme pour prendre des mesures contre les violations récurrentes de bas-niveau. Fin du résumé

Syrie — Bachar est faible

Cliquez ici, si vous ne pouvez pas voir la vidéo.

Rifat el Assad

Rifat el Assad, le plus jeune frère de l'ancien président Hafez et oncle du président actuel, Bachar. Très controversé, il a fait bombarder la ville d'Hama lors de son soulèvement au début des années 80. C'est aussi le mouton noir de la famille el Assad. Vous pouvez lire une biographie sur le site de jeune Afrique et sur sa tentative de retour en Syrie vers 2005-2006

2. (C) Dans une rencontre lors de la visite du NEA A/S David Welch, de l’adjoint du conseiller à la sécurité nationale Elliot Abrams et de l’ambassadeur le 17 juin, Dagan a dit que le président Syrien est très faible. Bien qu’il a créé une ambiance que Dagan a qualifié de « changement politique spectaculaire », après le dernier congrès du parti Baas, il est devenu clair que « rien n’est en train de changer en Syrie ». Ceci dit, Dagan poursuivit, il y a des éléments libéraux [NDLR: pour les américains, libéral est plus synonyme de progressiste] désireux de prendre le risque de manifester contre le gouvernement. Les discussions sur le retour de Rifat Al-Assad [NDLR: le plus jeune frère de Hafez el Hassad et oncle de Bachar. Ancien numéro deux du régime, il a perpétré le bombardement de la ville d’Hama et il a été exilé après une tentative de coup d’Etat en 1998] et les graffitis en Syrie proclamant son retour, sont des signes de l’affaiblissement de Bachar el-Assad.  [NDLR: Rifat el-Assad avait fait circuler des rumeurs sur son retour après l’assassinat de Rafik Ariri qui a jeté la lumière des projecteurs sur les agissements de la Syrie. Son retour n’a pas eu lieu]. Le processus de renouvellement de la vieille garde continue en Syrie, a dit Dagan, mais il a réitéré son point de vue initial sur le fait que cela ne signifie pas de véritable changement. Les pays voisins ont vraiment peur que des radicaux remplacent Bachar en Syrie; il y a une préférence forte et partagée pour un un Bachad el-Assad faible — mais au pouvoir — . Si une alternative convenable devait se présenter, cette équation pourrait cependant changer.  Le plus important pour les élites syriennes  est de conserver le pouvoir aux mains des Alaouites. [NDLR: la famille el-Assad est de confession alaouite, une branche du Chiisme alors que la majorité de la population syrienne est sunnite]


4. (C) Interrogé sur comment la Syrie voyait les Etats-Unis, Dagan a répondu que les Syriens « prenaient votre politesse comme un compromis ». La Syrie, selon le point de vue de Dagan, sera moins encline à se mêler des affaires de ses voisins si un Bachar el-Assad affaibli reste au pouvoir. D’un autre côté, la faiblesse de la Syrie signifie qu’elle sera incapable de contrôler la frontière Syrio-iraquienne. Un changement en Syrie aura aussi des conséquences négatives au Liban, Dagan a prédit.

IRAN – AUCUN CHANGEMENT

5. (C) Dagan et on équipe ont dit qu’ils s’attendaient à ce que l’ancien président Rafsanjani soit réélu en Iran, même s’il y aurait un deuxième tour [NDLR: Rafsandjani s’est fait écrasé au second tour par Ahmadinejad qui a récolté 61% des voix]. En tant que président, Dagan a prédit que Rafsanjani épouserait les mêmes idées que ses prédécesseurs mais avec un «meilleur emballage». L’ayatollah Khamenei reste encore très présent sur la scène, fit remarquer Dagan, une preuve de plus que les élections présidentielles ne signifieront pas de changement politique majeur.

6. (C) Dagan a affirmé que l’Iran continuera la même politique en ce qui concerne l’Irak, espérant que les Shiites gagneront un réel pouvoir après les élections. [NDLR: ce qui s’est effectivement passé avec la nomination du Chiite Nouri al-Maliki au poste de premier ministre en mai 2006] Dagan a prédit que la politique nucléaire de l’Iran resterait la même, tout comme leur politique envers le Hezbollah [NDLR: mouvement islamiste chiite au Liban, anti-israélien, pro-syrien et pro-iranien]. Le Mossad a découvert récemment comment le Hezbollah soutenu par l’Iran soutient financièrement le Djihad Islamique Palestinien (PIJ), a dit Dagan, au final l’argent destinée aux opérations du PIJ passe parles mains des agents des services de renseignement iraniens. L’Iran a déjà prouvé par le passé qu’elle peut freiner le Hezbollah quand ça l’arrange.

loo hezbollah

Le Hezbollah ou "parti de Dieu" a été fondé en 1982 pour lutter contre les forces armées israéliennes au Liban. C'est aussi un parti politique représenté au parlement libanais qui a déjà participé à plusieurs gouvernements. Financé par l'Iran et la Syrie, le hezbollah est considéré comme un mouvement terroriste par le Canada, les Etats-Unis et l'Australie. Vous pouvez retrouver une explication de l'emblème sur wikipédia.


  1. (C) Dagan a dit que l’Iran est très sensible aux pressions et c’est pourquoi elle devrait être «toujours soumises à une pression constante». Par exemple, Dagan a dit que les pressions européennes avaient finalement retardé les travaux sur le site nucléaire de Kashan, avec un nombre de travailleurs qui a été transferré ailleurs. Le DNSA Abramas a dit que les Etats-Unis sont opposés à tout compris sur le programme nucléaire iranien qui pourrait mener au développement du cycle du combustible nucléaire [NDLR:Le cycle du combustible nucléaire désigne l’ensemble des opérations nécessaires pour approvisionner en combustible les réacteurs nucléaires puis pour stocker, retraiter et recycler ce combustible] et qu’ils feront pression sur les Européens pour qu’ils maintiennent une ligne dure. Dagan a dit que l’Iran veut «plus que tout» contourner la suspension, et que même «le moindre compromis» qui laisse la porte ouverte pour des discussions ultérieures est suffisant. Le DNSA Abrams acquiesça, ajoutant que même une suspension à 100% basée sur le volontariat aurait les mêmes conséquences, vu le style iranien progressif de négociation.
cycle du combustible du nucléaire

cycle du combustible du nucléaire. Image et texte pris sur le site de la SFEN

Texte repris sur le site de la Société Française de l’énergie nucléaire (SFEN):Dans l’uranium naturel, on trouve, en proportion constante, deux sortes d’atomes (ou isotopes) : L’uranium 238 et l’uranium 235 qui constituent respectivement 99,3% et 0,7% du mélange. Seul l’uranium 235 est fissile. Certains types de réacteurs nucléaires (les plus répandus dans le monde) sont conçus pour fonctionner avec un combustible comportant une proportion d’uranium 235 supérieure à celle qui est présent à l’état naturel. Il convient donc d’augmenter jusqu’à 3% à 4% la teneur en isotope 235 de l’uranium naturel.

Divers procédés sont utilisés pour effectuer cette opération appelée « enrichissement ».


8. (C) Dagan a dit qu’Israël aimerait que plus de garanties soient imposés à l’Iran, utilisant les contrôles de sécurité comme un moyen de faire plus d’inspections et de renforcer le contrôle de l’AIEA. Une résolution du conseil de sécurité de l’ONU (UNSC) qui requiert un arrêt de toutes les activités prohibées serait aussi utile, cela traduirait les exigences des EU-3 sous une forme contraignante. Le personnel de Dagan a affirmé qu’il y avait déjà eu des violations suffisantes ces cinq derniers mois pour ouvrir la voie à une résolution de l’UNSC.

9. (U) L’A/S Welch et le DNSA Abrams ont effacé ce message.

KURTZER

commentaires
  1. A. dit :

    L’Iran changera car il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas mais seulement quand les « conditions géopolitiques » le permettront.
    Contrairement à d’autres , psychorigides :
    Ben Gourion,en mai 1948 :
    « Nous devrions nous préparer à lancer l’offensive. Notre but c’est d’écraser le Liban, la Cisjordanie et la Syrie. Le point faible c’est le Liban, car le régime musulman y est artificiel et il nous sera facile de le miner. Nous y établirons un Etat chrétien, puis nous écraserons la Légion arabe, éliminerons la Cisjordanie ; la Syrie tombera dans nos mains. Nous bombardons alors et avançons pour prendre Port-Said, Alexandrie et le Sinaï.  » (Recommandations devant l’Etat Major Suprême.  » Ben Gourion, une biographie « , par Michael Ben Zohar, NewYork : Delacorte, 1978).
    Apparemment ils ont prévu d’attaquer l’Iran bientôt ; ce ne sera pas un peuple désarmé et sous-alimenté qu’ils auront en face d’eux…

    • argulamaton dit :

      Hayop le 4/05:
      Il est vrai que les conditions géopolitiques actuelles peuvent favoriser un climat de paranoïa au sein du pouvoir iranien.
      Cependant, il existe bien des velléités de changement au sein du peuple iranien et on se doit de les soutenir. Il y a d’ailleurs eu un rebond de l’operation iran pour soutenir le peuple iranien qui manifestait le premier mai.

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