08ROME1191: La protection des intérêts américains dans la marche de l’Italie vers le nucléaire

Publié: mai 8, 2011 par argulamaton dans traduction de câbles
Tags:, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Ce câble wikileaks a été publié par l’espresso, le 18 mars 2011 dans un dossier sur le nucléaire italien:

Au moment où, suite à l’émotion suscitée par l’accident nucléaire de Fukushima, le gouvernement italien semble hésiter sur le retour annoncé vers le nucléaire (abandonné par référendum en 1987), L’Espresso publie une série de câbles diplomatiques américains révélant « un scénario où les pots-de-vin ont décidé de l’avenir énergétique du pays ». Obtenus par WikiLeaks, ces documents attesteraient qu’entre 2005 et 2009, les Etats-Unis comptaient pousser l’Italie vers le nucléaire afin de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et de l’influence du partenariat entre le groupe italien ENI et le russe Gazprom. Pour cela, Washington aurait engagé un long bras de fer avec les concurrents français EDF-Areva, avantagés par les rapports privilégiés avec de nombreuses entreprises italiennes. A la fin, écrit L’Espresso, les lobbyistes américains sont parvenus à convaincre Rome à abandonner les critères de sécurité fixés par l’UE pour les nouvelles centrales en faveur de ceux, plus souples, de l’OCDE. Une victoire pour leurs entreprises, « obtenue au détriment de la sécurité des Italiens ». (source: presseurop.eu)

Vous pouvez retrouver un résumé en Français du dossier sur le nucléaire italien par l’espresso sur le sitemyeurop:
Wikileaks: pots-de-vin en Italie sur l’atome, myeurop, 25/03/11

Lors des dernières élections, Berlusconi avait promis de remettre en marche le programme nucléaire italien suspendu par référendum en 1987. Le gouvernement italien se propose de poser la première pierre d’un premier EPR d’ici à 2013, pour une mise en service en 2018. Après l’incident à la centrale nucléaire de Fukushima, le premier ministre italien, Berlusconi, a opté pour un moratoire sur la construction des centrales nucléaires avant de revenir sur sa décision le mois-ci, maitnenant le partenariat entre EDF et ENEL. Pour aller plus loin: L’Italie n’a pas renoncé au nucléaire, lepoint.fr, 26/04/2011

Le gouvernement italien compte aussi construire sur son sol des centrales utilisant les technologies américaines et japonaises. Le nucléaire est un sujet polémique en Italie qui avait refusé cette technologie par référendum. Selon un sondage réalisé par l’institut Demopolis réalisé au début de l’année 2010, 53% des Italiens sont opposés au nucléaire.

Source: Italie: le retour au nucléaire est sur les rails face à une vive opposition, AFP, 10/02/10

Actuellement, le parlement italien a approuvé le retour du nucléaire et tous les recours judiciaires contre cette mesure ont été déboutés.

Les protagonistes:

  • Daniele Mancini, conseiller diplomatique au ministre du développement économique. C’est lui qui explique aux Américains les options prises par le gouvernement italien et comment se passe le lobbying par les Français et les Russes en particulier au plus haut niveau de l’Etat.
  • Westinghouse, société américaine rachetée par le japonais Toshiba en 2006. Westinghouse craint que son réacteur AP 1000, rival de l’EPR construit par le Français AREVA, soit défavorisé par rapport aux Français et aux Russes avec lesquels ENEL entretient des liens très étroits.

Le câble:

N° de Référence Créé le Publié Classification Origine
08ROME1191 2008-09-24 07:32 2011-03-18 11:00 CONFIDENTIEL ambassade de Rome

VZCZCXYZ0004
PP RUEHWEB

DE RUEHRO #1191/01 2680732
ZNY CCCCC ZZH
P 240732Z SEP 08
FM AMEMBASSY ROME
TO RUEHC/SECSTATE WASHDC PRIORITY 0931
INFO RUEHSS/OECD POSTS COLLECTIVE PRIORITY
RUEHRL/AMEMBASSY BERLIN PRIORITY 1846
RUEHHE/AMEMBASSY HELSINKI PRIORITY 0277
RUEHLO/AMEMBASSY LONDON PRIORITY 1509
RUEHMO/AMEMBASSY MOSCOW PRIORITY 4456
RUEHFR/AMEMBASSY PARIS PRIORITY 2440
RUEHKO/AMEMBASSY TOKYO PRIORITY 1949
RUCPDOC/DEPT OF COMMERCE WASHDC PRIORITY
RHEBAAA/DEPT OF ENERGY WASHDC PRIORITY
RUEHBS/USEU BRUSSELS PRIORITY 4663
C O N F I D E N T I A L ROME 001191

SIPDIS

EEB FOR CBA/FRANK MERMOUD
EEB FOR SPECIAL ENVOY GRAY
EEB FOR DAS HENGEL
EEB FOR DAS BRYZA
STATE PASS TO DOC DAS JAIME ESTRADA AND DOE DAS DENNIS
MIOTLA

E.O. 12958: DECL: 09/17/2018
TAGS: EINV ENRG ETRD ETTC IT KNNP

OBJET: LE CHOIX DU NUCLÉAIRE PAR L’ITALIE VA DANS LE SENS DES INTÉRÊTS AMÉRICAINS

REF: ROME 1184

Classifié Par:  Le ministre conseiller [NDLR: 3e rang dans l’ambassade après le ministre et l’ambassadeur] aux affaires économiques Thomas Delare pour les raisons 1.4b et d.

1. (C) Résumé: Le gouvernement de Berlusconi nous a dit que le projet de remise sur pied du secteur de l’énergie nucléaire était sérieux. Si le GOI [NDLR: gouvernement italien]suit effectivement cette politique, cela représentera des dizaines de milliards de dollars de contrats commerciaux. Déjà, nous voyons un lobbying au plus haut niveau de l’Etat par les chefs des gouvernements britanniques, français et russes qui cherchent à s’assurer que leurs entreprises participeront à ce projet au potentiel immense.   L’Italie prendra des décisions clés d’ici les 6-12 mois à venir; l’USG [NDLR: Le gouvernement américain] devrait peser de tout son poids sur le GOI pour que les firmes américaines puissent aussi participer à la compétition. Nous devrions aussi pousser le GOI à prendre compte la sécurité énergétique dans ses prises de décision. Les officiels du GOI nous ont dit que les entreprises et les technologies nucléaires pourraient gagner des contrats de construction de réacteurs nucléaires en Italie. POTUS [NDLR: le président des Etats-Unis] pourrait vouloir discuter des intérêts de l’USG avec Berlusconi lors de la visite de ce dernier à Washington au mois d’octobre. Fin du résumé

2. (C) Le nouveau gouvernement Berlusconi suit le programme du parti aux élections et a annoncé en mai dernier qu’il a l’intention de réintroduire l’énergie nucléaire en Italie. Le 16 septembre, des EmbOffs [NDLR: officiels de l’ambassade] ont rencontré Daniele Mancini, le conseiller diplomatique au ministre du développement économique,  pour obtenir des informations sur l’avancement du projet. Mancini a dit aux EmbOffs que le GOI s’est engagé à raviver le programme nucléaire du pays, avec comme but de démarrer la construction des réacteurs nucléaires dans les cinq prochaines années. Mancini a expliqué que l’objectif du ministre du développement économique Scajola est d’obtenir un mélange constitué à 50% de ressources traditionnelles (pétrole et du charbon propre), 25% d’énergie renouvelable et 25% de nucléaire. Mancini nous a dit que l’Italie achèterait des réacteurs « prêts à l’usage [off-the-shelf], et a ajouté que la procédure exacte de décision d’achat qui serait appliqué reste encore peu claire. Interrogé sur le fait si le GOI achèterait des réacteurs nucléaires directement, ou si une firme italienne serait chargé de gérer le contrat de sous-traitance. Mancini a réitéré que ces aspects restent encore inconnus. Il a cependant fait longuement référence à l’entreprise publique italienne d’électricité, Enel, et a suggéré qu’elle jouerait un rôle clé dans le processus (i.e maître d’œuvre). Sur les prochaines étapes pratiques, Mancini a dit que le GOI espère avoir d’ici la fin de l’année un plan pour le stockage des déchets nucléaires qui soit approuvé et la reconnaissance de 4 ou 5 sites où les nouveaux réacteurs nucléaires pourront être construits. Le processus de décision du choix du constructeur viendra ensuite.

3. (C) Les commentaires de Mancini suggèrent que les Français et les Russes sont déjà en train de manœuvrer et de faire du lobbying pour obtenir les contrats. Les entreprises des deux entreprises pourraient jouir d’avantages grâce à leurs liens déjà établis avec ENEL. Mancini a dit qu’ENEL est déjà entré dans le secteur nucléaire par le biais de leurs affaires avec les Français et les Russes, et que le ministre Scajola a prévu que le ministre Scajola a prévu une de faire une visite cet automne en France et en Finlande pour en savoir plus sur les nouveaux réacteurs qui y seront construits [NDLR: il s’agit des réacteurs de technologie EPR] (Note: ENEL a signé une participation de 12% avec EDF sur ses nouveaux réacteurs nucléaires, le premier est en train d’être construit par l’entreprise française Areva à Flamanville. ENEL a aussi acheté un réacteur nucléaire en Slovaquie construit par les Russes, acquérant ainsi la technologie nucléaire russe — elle développe ses compétences sur son utilisation. Areva construit le réacteur finlandais le plus récent à Olkiluoto. Fin de note)
4. (C) Lors d’une autre rencontre le 11 septembre avec un EconOff [NDLR: Economic official, représentant du département de l’économie, équivalent au ministère] et des fonctionnaires du FCS [NDLR: Foreign Commercial Service, département du commerce extérieur américain], les représentants de Westinghouse [NDLR: un constructeur américain de réacteurs nucléaires] à propos de la concurrence française et russe. Westinghouse a dit qu’elle est intéressée par le secteur nucléaire italien, et qu’elle proposerait de construire son modèle nucléaire le plus récent (l’AP 1000). Cependant, Westinghouse a peur que le GOI n’ait de yeux que pour les technologies nucléaires et françaises en raison des liens d’affaires français et russes d’ENEL cités ci-dessus. De plus,  d’après certaines informations, ENEL a dit à Westinghouse que les Français et les Russes font du lobbying au plus haut niveau du GOI, mais que le GOI n’a pas de nouvelles des Etats-Unis.

5. (C) Mancini nous a aussi raconté que les gouvernements étrangers et les entreprises ont commencé à faire du lobbying auprès du GOI, et il a dit que Westinghouse et son partenaire italien Ansaldo Nucleare ont déjà prévu de le rencontrer (Note: le PDG de l’entreprise allemande E.ON était à Rome du 10 au 11 septembre pour discuter des opportunités commerciales dans l’énergie et selon ce qui a été rapporté par la presse, il a rencontré le sous secrétaire Gianni Letta, le ministre de l’environnement Stefania Prestigiacomo, et le président de l’Autorité Italienne de l’Energie Sandro Ortis. Fin de note)

6. (C) Commentaire: Nous avons constaté que le GOI subit à ses plus hauts échelons un lobbying des gouvernements étrangers pour influencer son choix de la technologie nucléaire. Lors de la visite de Berlusconi au Royaume-Uni le 10 septembre, nous avons déduit des rapports de presse qu’il a discuté de la coopération sur l’énergie nucléaire avec Gordon Brown. Cependant, la coopération énergétique est probablement au programme de la visite de Berlusconi le 7 novembre en Russie, avec la signature de sorte d’accords énergétiques déjà annoncés. Le choix du constructeur des réacteurs nucléaires par l’Italie aura des conséquences sur les intérêts américains. Vu l’ampleur des affaires d’ENEL avec le Français EDF, ses affaires commerciales en plein essor avec la Russie et la relation étroite qu’entretien Berlusconi avec Poutine, il est possible que le choix de l’Italie se porte en faveur de la technologie nucléaire russe ou française. De plus, la corruption est omniprésente en Italie, et nous craignons que ce soit l’un des facteurs auquel nous aurons à faire face. Si le choix [de l’Italie] se porte sur la France ou la Russie, cela exclura définitivement les compagnies américaines de ces lucratives opportunités commerciales. Plus important encore, le choix de la technologie nucléaire russe rendra l’Italie encore plus dépendant de la Russie pour son approvisionnement énergétique, affaiblissant sa sécurité énergétique.

7. (C) Suite du commentaire: Ceci dit, il y a encore le temps pour les Etats-Unis de peser sur le choix du partenaire qui apportera sa technologie nucléaire. Cette décision sera probablement faite aux plus hauts échelons du GOI, et nous devrions nous engager au plus haut niveau si nous voulons avoir des considérations favorables pour les compagnies américaines et la protection des intérêts sécuritaires géopolitiques/énergétiques. Nous recommandons que les choix en matière d’énergie nucléaire qui se présentent à l’Italie soit à l’agenda de l’USG lors de la visite de Berlusconi en Octobre.

8. (C) Suite du commentaire: Les visites à venir du sous secrétaire d’Etat à l’énergie Dennis Miotla, du sous-secrétaire d’Etat au commerce Jaime Estrada et du représentant spécial de l’Etat au Commerce et aux Affaires [NDLR: CBA, Commercial and Business Affairs] et l’envoyé spécial Boyden Gray sont d’excellentes opportunités pour commencer les discussions avec le GOI, et de présenter les technologies nucléaires américaines comme un choix important à prendre en considération. Nous recommandons que les sous-secrétaires d’Etat, le représentant spécial et l’envoyé spécial soient préparés à expliquer la position américaine sur la possible participation russe au programme nucléaire italien. Les officiels en visites devraient aussi être préparés à rappeler à leurs interlocuteurs italiens les obligations dont ils doivent faire preuve sur la transparence et l’équité des appels d’offre sur les énergies nucléaires. Ces visites seront un très bon début aux efforts de l’USG à ce sujet, mais il est important qu’il réalisé que les pays en compétition sont en train de peser de tout leur poids aux plus hauts niveaux [de l’Etat italien]; dans nos efforts de protection des intérêts commerciaux et géopolitiques des Etats-Unis, nous devrions être préparé à agir de même. Fin du commentaire.

SPOGLI « 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s