#08PARIS1717: LES FRANÇAIS CROIENT QUE L’ASSASSINAT DU GÉNÉRAL SLEIMAN ÉTAIT UN COUP MONTÉ DE L’INTÉRIEUR

Publié: août 13, 2011 par argulamaton dans France, Syrie, traduction de câbles
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Le 14 février 2005, l’ancien premier ministre libanais Rafiq Hariri hostile à la tutelle syrienne est assassiné à Beyrouth. Très vite, le Hezbollah (parti islamiste chiite libanais) et la Syrie sont soupçonnés d’être derrière l’attentat. Les manifestations pour réclamer le départ des forces armées syriennes et la vérité sur l’attentat deviennent quotidienne, le 14 mars 2005, un millions de Libanais sont dans la rue à Beyrouth. La révolution du cèdre aboutit au départ des soldats syriens fin avril 2005. Le régime de Bachar el Assad sort considérablement affaibli et marginalisé de cette épreuve. Le président syrien fera son retour en grace en 2008 quand il assista au défilé du 14 juillet à côté du président français, Nicolas Sarkozy.

Le premier août de la même année, le général Sleiman, proche du président syrien Bachar el Assad, est assassiné. Il aurait été le principal officier de liaison entre le Hezbollah et la Syrie. C’était aussi un homme clé dans le programme nucléaire clandestin Syrien qui a pour but d’arriver à la maitrise de la fabrication de l’arme atomique. (source: la libre Belgique) En juin 2011, l’AIEA a demandé la saisie du conseil de sécurité de l’ONU pour voter des sanctions contre la Syrie. source: rfi

Les protagonistes:

  • Boris Boillon, qui était à l’époque (en 2008) conseiller de Nicolas Sarkozy sur le proche orient, affirme que l’assassinat du général Sleiman est un coup monté de l’intérieur (inside job). Il a été tué dans un règlement de compte, soit par le frère du président, Maher el Assad (chef de la garde républicaine) soit par Assef Shawkat, ancien chef des services secrets et beau-frère du président. Cependant, il mise sur Bachar el Assad pour que la Syrie devienne un vrai partenaire de la France et favorise le processus de paix au Proche-Orient. Nommé ambassadeur en Tunisie en janvier 2011, il sera finalement remplacé pour son ton familier vis à vis de journalistes, qui a choqué les Tunisiens jugeant ce comportement irrespectueux.
  • Ludovic Pouille, adjoint du directeur au moyen-orient et à l’Egypte au ministère des affaires étrangères. Il se retrouve donc en concurrence avec Boris Boillon. Comme l’ont montré plusieurs câbles wikileaks sur la politique étrangère française, les services diplomatiques de l’Élysée et du Quai d’Orsay ont tendance à se tirer dans les pattes. Il est actuellement ministre conseiller à l’ambassade de France à Rabat, au Maroc. Moins bavard que Boillon, il privilégie aussi la piste d’un règlement de compte ou de la suppression d’un témoin gênant qui pourrait témoigner à la commission d’enquête des nations-unies sur le Liban qui a ensuite débouché sur le tribunal spécial pour le Liban.

Ce câble diplomatique montre l’ampleur de l’erreur diplomatique française. Sortir Bachar el Assad de l’isolement n’a rien donné. Le programme nucléaire clandestin a continué, il réprime violemment son peuple qui manifeste ces temps-ci, parallèlement il soutient le hezbollah pour créer des troubles au Liban et il n’a pas rompu ses liens avec l’Iran.

Pour ceux qui veulent approfondir le sujet, on retrouve au coeur de ce rapprochement avec Damas, un certain Ziad Takkiedine. Cet homme a été intermédiaire dans les sous-marins vendus au Pakistan avec les rétro-commissions versés à Balladur dont Nicolas Sarkozy était le directeur de campagne. Il a aussi été acteur du rapprochement avec la Libye de Kadhafi décidé par Sarkozy au début de son mandat. A lire: Le franco-libanais Ziad Takieddine, homme orchestre du rapprochement entre Paris et Damas, l’orient le jour, 12/08/2011

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08PARIS1717 2008-09-12 17:57 2011-08-03 20:00 SECRET//NOFORN Ambassade de Paris

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OBJET: LES FRANÇAIS CROIENT QUE L’ASSASSINAT DU GÉNÉRAL SLEIMAN ÉTAIT UN COUP MONTÉ DE L’INTÉRIEUR

REF: PARIS 1703

Classifié par: Le ministre-conseiller aux affaires politiques Kathy Allegrone
pour les raisons 1.4. (b), (d).

1. (S/NF) Comme lecteurs de Washington et d’autres qui réfléchissent sur la politique de la France envers la Syrie, et comme une expansion du paragraphe 3 dans le reftel [NDLR : télégramme de référence], nous transmettons les vues de deux de nos interlocuteurs du GOF [NDLR : gouvernement français] des rencontres à la fin du mois d’août sur le mystérieux assassinat du général Muhammad Sleiman et de son importance potentielle pour le régime du président syrien Asad. Le conseiller NEA [NDLR: Near Eastern Affairs, affaires proche-orientales], Boris Boillon, le 20 août, a affirmé que la tuerie semblait être une sorte de coup monté de l’intérieur. Il a catégoriquement rejeté la piste d’un enlèvement de Sleiman par les Israéliens, en particulier la théorie du sniper qui l’aurait abbatu sur un bateau situé quelque part près de la ville côtière syrienne de Tartus. Boillon a affirmé que d’après les renseignements français, l’opération était plus «classique » et «mafieuse» avec la police arrêtant le trafique dans les environs, des gardes du corp regardant ailleurs, et l’assaillant qui a logé une balle dans la tête de Sleiman.

2. (S/NF) Quand on lui a demandé comment il interprétait la tuerie, Boillon a dit qu’il y avaient plusieurs théories qui se présentaient d’elles même, le seul dénominateur commun était une rivalité fratricide dans le proche entourage de Bachar el Asad. Bien que le beau-frère renfrogné de Bachar et tenu à l’écart de la direction des services secrets syriens, Asif Shawkat [NDLR: il a été remplacé de son poste de directeur des renseignements syriens en 2010], semble avoir le mobile le plus convaincant pour mettre hors d’état de nuire quelqu’un qu’il considère comme un rival et un acteur de sa chute ces derniers mois, Boillon pensait que le frère de Bachar, Maher, était plus probablement impliqué. Boillon a décrit Maher comme un ambitieux, un homme peu sage, et déterminé à accroître son pouvoir et son influence dans le cercle restreint. Dans la mesure où Maher pourrait avoir contribué à faire tomber Shawkat, il pourrait aussi avoir décidé de se débarrasser de son dernier rival clé, Sleiman, de manière définitive.

3. (S/NF) Boillon a ensuite mentionné qu’il y avait un lien entre la possibilité que Mahir ait trucidé Sleiman et qu’il pourrait avoir aussi trucidé le leader du Hezbollah, Imad Mugniah, de la même façon et ce peut être même sous l’ordre de Bachar lui même. Cette dernière explication concorderait avec l’idée de nettoyage de la maison dont la Syrie a besoin pour présenter une image plus respectable tandis qu’elle poursuit son rapprochement avec la France et/ou qu’elle avait besoin de se débarasser de ceux qui «en savaient trop» (dans le cas de Sleiman, à propos du programme nucléaire clandestin). Bien sur, Boillon a ajouté que personne ne pouvait écarter la possibilité que la mort de Sleiman était liée à une lutte sanglante pour le contrôle d’activités criminelles lucratives.

 

Le 5 juillet 2008, soient 9 jours avant l’arrivée de Bachar el Assad pour le défilé, débute la révolte dans la prison de Sednaya qui a vu la mort de 9 à 25 prisonniers politiques. (source: wikipedia) . La vidéo à gauche montre la visite de Maher el Assad dans la prison après la répression de l’émeute carcérale. La vidéo est très choquante.Si vous ne lisez pas les javascripts, vous pouvez lire la vidéo ici.


4. (S/NF) Le 28 août, Pouille était cependant moins bavard que Boillon quand il s’agissait d’interpréter la mort de Sleiman, mais il nié aussi catégoriquement la responsabilité des Israéliens. Il a cité l’ambassadeur français à Damas comme source pour soutenir que le meurtre était un coup monté de l’intérieur pour «régler de vieilles histoires» aussi bien que pour se débarrasser de façon commode de quelqu’un qui pourrait avoir des informations précieuses pour l’UNIIIC [NDLR : la Commission d’Enquête Indépendante Internationale des Nations-Unies] sur le Liban ou à l’AIEA sur le programme nucléaire syrien.

5. (S/NF) Commentaire: Nous publions ces points de vue, quelques uns sont apparues brièvement dans la presse française, moins pour la lumière qu’ils peuvent apporter sur l’assassinat de Sleiman que pour ce qu’ils font à propos de la perception du régime d’Assad par la France. En effet, le récapitulatif de Boillon sur les diverses théories montrait qu’il avait récemment lu un rapport détaillé des services de renseignements français sur la situation. Boillon et Pouille cherchaient tous les deux, dans ces conversations, à souligner que la France ne juge pas le régime d’Assad dangereusement instable ou que la mainmise d’Assad sur le pouvoir sombrait. Néanmoins, ils croient que la situation interne est assez fragile pour soulever des réserves et adopter une approche nuancée. Nous croyons que cela pourrait en partie expliquer la décision de Sarkozy de changer si rapidement pour entretenir sa relation personnelle avec Bachar et de «miser» (comme le disent les médias français) sur la volonté de Bachar de changer le cours des choses sur le Liban, la paix en Israël et même les relations que la Syrie entretient avec l’Iran. Pour que ça puisse en valoir la peine, l’ancien chef des services de renseignements militaires libanais Johnny Abdo [NDLR: la Syrie a émis un mandat d’arrestation pour faux témoignage dans l’affaire Hariri, il avait affirmé que Bachar el Assad était au courant] a récemment contesté que l’assassinat était un coup monté de l’intérieur a souligné l’absence d’arrestations massives en Syrie qui aurait normalement accompagné ce type de crime par des éléments criminels ou qui n’appartiennent pas au régime. Fin du commentaire.

S’il vous plait, visitez le site des archives classifiés en France à:
http://www.intelink.sgov.gov/wiki/Portal:France

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  1. […] #08PARIS1717: LES FRANÇAIS CROIENT QUE L’ASSASSINAT DU GÉNÉRAL SLEIMAN ÉTAIT UN COUP MONTÉ DE L’INTÉRIEUR (via opération leakspin) Publié le 14 août 2011 par girtabaix Le 14 février 2005, l’ancien premier ministre libanais Rafiq Hariri hostile à la tutelle syrienne est assassiné à Beyrouth. Très vite, le Hezbollah (parti islamiste chiite libanais) et la Syrie sont soupçonnés d’être derrière l’attentat. Les manifestations pour réclamer le départ des forces armées syriennes et la vérité sur l’attentat deviennent quotidienne, le 14 mars 2005, un millions de Libanais sont dans la rue à Beyrouth. La révolution du cè … Read More […]

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