Articles Tagués ‘attentat’

Dans ce câble écrit en août 2005 soit un mois après les attentats de Londres, un diplomate américain livre son analyse sur le danger du terrorisme islamiste en France. S’il salue, l’efficacité des services antiterroristes français, il n’en dénonce pas moins l’exclusion, selon lui, de la communauté musulmane qui est largement stigmatisée. On ne peut que regretter que l’auteur du câble ne fait qu’effleurer les conditions socio-économiques des recrues islamistes. Il note que beaucoup d’entre eux sont de jeunes hommes sans diplôme et vivent dans des quartiers défavorisés, aussi bien d’origine maghrébine ou « européenne ».

Néanmoins, l’auteur du câble s’attache à une explication culturelle. Pour lui, il faut chercher à intégrer les Musulmans dans l’identité française marquée par une histoire catholique aux racines judéo-chrétiennes. Il défend une approche multiculturelle héritée de la tradition américaine qui cherche à intégrer chaque culture et par certains aspects s’oppose à l’approche laïque française qui cherche plutôt à assimiler les immigrés.

N° de Référence Créé le Publié le Classification Origine
05PARIS5539 2005-08-17 08:56 2010-12-01 12:00 SECRET Ambassade de Paris

Ce texte n’est qu’un extrait du câble original. Le câble entier n’est pas disponible.

S E C R E T SECTION 01 OF 04 PARIS 005539

SIPDIS

E.O. 12958: DECL: 08/16/2015
TAGS: 
PREL PGOV PHUM KISL AL MO PTER FR
OBJET: ÉTEINDRE L’INCENDIE: LA FRANCE ET L’EXTRÉMISME ISLAMISTE

REF: A. STATE 144222
B. PARIS 5203
C. PARIS 4644
D. 04 PARIS 2981
E. PARIS 4750
F. PARIS 1732

Classifié Par le : MINISTRE-CONSEILLER AUX AFFAIRES POLITIQUES JOSIAH ROSENBLATT, POUR LES RAISONS 1.4 B/D

1. (C) Résumé: Le GOF a empêché ou éteint l’incendie de l’extrémisme islamiste grâce à la surveillance, aux arrestations et à d’autres méthodes au quotidien et ce depuis des décennies. D’après ce qu’a rapporté récemment la presse, les RG, le service de renseignement de la police française, estime qu’il y a 6 millions de Musulmans vivant en France, soit 10% de la population. Les RG estiment que 9000 d’entre eux pourraient être des extrémistes. Ces chiffres, à mettre en relation avec un constat de plus en plus partagé sur le fait que la France bataille vigoureusement pour intégrer sa population immigrante/musulmane, sont un sérieux contrepoint aux succès passés et aux capacités incontestables de l’appareil anti-terroriste. Bien qu’à court et moyen terme, la France peut compter sur ses services de sécurité, policiers et judiciaires pour combattre avec vigueur le terrorisme, à long terme, elle se doit d’œuvrer pour donner une place aux Musulmans (qu’ils soient des immigrés de première génération, des enfants de la seconde ou de la troisième génération, ou du nombre croissant de convertis) dan l’identité française. Fin du résumé.

LE POTENTIEL DE L’EXTRÉMISME ISLAMISTE

2. (C) Dans la communauté musulmane d’environ six millions de personnes, 70% serait originaire d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc et Tunisie). Il existe d’autres groupes importants comme les Turcs ou les Pakistanais. Dans l’ensemble de cette population, les RG estiment (selon la presse) qu’à peu près 9000 d’entre eux pourraient être considérés comme des extrémistes, soit à peine plus de 0,1%. Les RG estiment que parmi les 1500 mosquées et salles de prière en France, moins de 40 sont considérées comme extrémistes. Les officiels du GOF affirment couramment que 90% des Musulmans français sont non pratiquants. Parmi la minorité de Musulmans français considérés comme pratiquants, il y a un courant de pensée fondamentaliste petit mais indéniable. Le 5 août, Poloffs a fait le tour de plusieurs librairies islamiques dans Paris, et a trouvé que la littérature présente prônait des vues très conservatrices sur le rôle de la femme musulmane et incluait plusieurs guides (en Français) qui expliquaient comment prier. Les librairies ne présentaient aucune alternative modérée aux dogmes conservateurs.


3. (U) Deux sources d’extrémisme islamiste sont dignes d’intérêt. En premier lieu, le système carcéral français, avec une population musulmane à plus de 50%. Selon un autre rapport des RG qui a fuité en mai 2005, l’extrémisme islamiste y gagnerait en popularité, on rapporte dans plusieurs endroits des histoires de prisonniers qui affichent des posters de Ben Laden, qui détruisent des arbres de noël et des bibles, et des cries de joie à l’annonce de soldats américains tués en Irak ou d’attentats suicides en Israël. C’est souvent le choc de la prison, d’après le rapport des RG, qui transforme de petits criminels en extrémistes islamistes. La pénurie d’aumôniers dans les prisons nourrit un potentiel pour les idéologies extrémistes de se répandre sans relâche. Les prisonniers radicalisés, une fois relâchés, sont des «bombes à retardement», d’après ce que dit le rapport des RG. Ils estiment qu’à l’intérieur du système carcéral, 200 détenus «méritent de l’attention», et que 95 d’entre eux pourraient être considérés comme «dangereux». La seconde source d’extrémisme islamiste est le nombre croissant de conversions à l’islam radical par des citoyens français d’origine européenne. Dans un rapport soumi au ministre de l’intérieur Sarkozy en juin, les RG dressent le profil des Français nouvellement convertis à l’islam, et constatent que la plupart d’entre eux sont de jeunes hommes dans des espaces urbains et/ou habités en grande partie par une population d’origine nord-africaine. Parmi les convertis dont on a dressé le profil, 49% n’ont aucun diplôme [NDLR: selon l’INSEE, seulement 12% des hommes de 25-34 ans sont sans diplôme, par comparaison], et 44% ont opté pour des versions fondamentalistes de l’Islam inspirés par le salafisme ou le Tabligh. Le taux de chômage parmi les nouveaux convertis d’origine européenne est cinq fois plus élevés que la moyenne, selon les RG. Plus de 10% des néophytes ont découvert l’Islam en prison. Le rapport des RG révèle aussi qu’environ 3,5% des militaires français, dont des officiers, se sont convertis à l’Islam (Note : Bien que ce soit un chiffre marquant, beaucoup de ces militaires se sont convertis à l’Islam vraisemblablement pour d’abord se marrier à des Musulmans, et non nécessairement pour des raisons idéologiques. Fin de note.)

LA LONGUE HISTOIRE FRANÇAISE DE L’EXTRÉMISME ISLAMISTE

4. (S) Le nombre considérable d’arrestations récentes pour «complot terroriste» en France impliquant des extrémistes islamistes montre bien l’ampleur que représente le défi du contre-terrorisme pour le GOF. Depuis 2002, 322 personnes liées au terrorisme ont été arrêtées, dont 91 qui ont été mis en examen et incarcérés. La violence de l’extrémisme islamiste a frappé la France dans le passé, en particulier Paris. Un an après l’échec d’un détournement d’avion d’Air France en 1994, le groupe terroriste Algérien GIA a mené une série d’attentats à la bombe dans des stations de métro de Paris et des lieux importants, faisant 8 tués et et plus de 200 blessés. Les débordements des extrémistes islamistes basés au Maghreb continuent jusqu’à ce jour, avec le GSPC algérien et le GICM marocain, tous les deux présents sur le sol français. De plus, les services de renseignement français croient que le GSPC de prendre plus d’importance dans le djihadisme mondial et cherche à se positionner comme un allié d’Al-Quaïda [NDLR: Le GSPC a fini par se fondre dans Al-Quaïda, devant Al Quaïda au Maghreb Islamique (AQMI)]. Un juge anti-terroriste nous a dit récemment que le GSPC est en train d’étendre sa présence sur le territoire français, et qu’il cherche à profiter de vieilles relations au sein de la communauté algérienne qui est bien organisée. Comme pour le GICM, les officiels de la justice française nous ont dit que les membres arrêtés en 2004 avaient un entrainement qui faisait froid dans le dos et qu’ils conservaient une stricte discipline lors des interrogatoires (ref D). (Commentaire: Le GOF est fier de sa capacité à avoir un oeil sur les groupes extrémistes; leur découverte d’une cellule du GICM les a choqué parce qu’ils sont tombés dessus par chance, ce qui est une preuve des groupes opérationnels du GICM à assurer leur sécurité. Fin du commentaire.)

5. (S) La France a aussi vu des cellules extrémistes islamistes apparaître apparemment sans soutien d’organisations terroristes comme le GICM et le GSPC. Un exemple est les 11 «djihadistes d’Irak» arrêtés en janvier dans le 19eme arrondissement de Paris. Les individus impliqués ont été arrêtés quelques jours avant leur départ pour l’Irak. La DST [NDLR : Direction de la Surveillance du Territoire] a dit aux interlocuteurs de l’USG [NDLR : le gouvernement américain] (ref E) que le chef de bande suspecté, Farid Benyettou âgé de 23 ans, n’avais jamais étudié la théologie mais par sa force de conviction, il a réussi en peu de mois à convaincre un groupe d’adolescents de combattre pour le Djihad en Irak. Un exemple qui démontre l’interdépendance fluide de beaucoup de groupes extrémistes islamistes a été révélé lors du procès d’Ahmed Laidouni et de David Courtailler, deux citoyens français reconnus coupables et condamnés en 2004 pour avoir dirigé des réseaux de recrutement à des camps d’entraînement terroriste en Afghanistan. Laidouni et Courtailler (qui se sont convertis à l’âge de 27 ans à l’islam fondamentaliste) ont été liés aux membres du réseau Beghal qui a été condamné en mars 2005 pour avoir entrepris de commettre un attentat à la bombe contre l’ambassade américaine à Paris (ref F)

wikipédia: 

Djamel Beghal, le 12 janvier 2005, lors de son procès au Palais de Justice de Paris. AFP/Archives/Laurence de Vellou prise sur lexpress.fr .

Djamel Beghal, le 12 janvier 2005, lors de son procès au Palais de Justice de Paris. AFP/Archives/Laurence de Vellou prise sur lexpress.fr .

Djamel Beghal (né en 1965 à Bordj Bou ArreridjAlgérie), est un franco-algérien condamné pour sa participation à l’élaboration d’un projet d’attentat contre l’ambassade des États-Unis à Paris. Il est marié à une Française et a 3 enfants. Habitant de Corbeil-Essonnes, il a été interpellé pour la première fois en 1994 lors d’une vague d’arrestations dans la mouvance du GIA. Il est incarcéré trois mois, puis relâché sans avoir été condamné. Il part alors au Royaume-Uni où il s’investit dans la collecte de fonds pour la Tchétchénie, voyageant beaucoup entre l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Espagne. Il rencontre l’un des plus importants et plus virulents chefs de l’islamisme radical, Omar Abou Omar Qatada, un Palestinien réfugié à Londres depuis 1994, ancien du djihaden Afghanistan, et considéré comme l’un des membres d’Al-Qaida. En novembre 2000, il s’envole pour un camp en Afghanistan avec sa femme. La famille a pour projet d’ y établir une école primaire Il est arrêté le 29 juillet 2001 à l’aéroport de Dubaïalors qu’il quittait un vol en provenance du Pakistan pour rejoindre le Maroc, et ce en raison d’une irrégularité relative a son passeport. Il sera alors detenu aux Emirats Arabes Unis pendant presque deux mois. Il y est torture et avoue la preparation d’un attentat contre l’ambassade americaine a Paris et d’un autre contre le centre culturel americain. Il affirme ealement avoir rencontre Abou Zoubeydah, de qui il aurait recu ses ordres.Extradé en France le 30 septembre 2001,il y est interroge par le juge Jean-Louis Bruguiere devant lequel il se retracta, soulignant que ses aveux avaient ete obtenus sous la torture aux Emirats Arabes Unis. Ses dires seront confirmes par l’examen medical realise apres son extradition. Il rappelle les conditions qui l’ont conduit a reconnaitre les faits qui lui sont reproches et evoque egalement des pressions de la part du juge Bruguiere. Malgre cela, il est condamné le15 mars 2005 par le tribunal correctionnel de Paris à 10 ans d’emprisonnement avec cinq co-prévenus, reconnu coupable d’avoir créé une association de malfaiteurs terroristes. Il est libéré en juin 2009. Le 18 mai 2010, Djamel Beghal est de nouveau arrêté, faisant partie des 14 personnes interpellées en région parisienne et dans le Cantal et soupçonnées d’avoir planifié l’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, l’un des responsables de la vague d’attentats commis en France en 19951.

Ils ont aussi été liés à des cercles extrémistes au Royaume-Uni. Les membres du réseau Beghal sont soupçonnés d’avoir eu des liens avec le réseau «tchétchène» (un groupe d’individus isolés qui a essayé de développer des agents chimiques pour commettre des attaques terroristes)[NDLR: L’affaire a impliqué là aussi d’anciens membres du GIA ainsi que l’imam radical des Minguettes dont deux de ses fils ont été condamnés dans le procès. Un troisième a été détenu à Guantanamo. Source: algeria-watch.org], le réseau de Frankfort (qui a essayé en 2000 d’attaquer des sites culturels à Strasbourg) [NDLR: là aussi, les membres du groupe sont passés par la mosquée de Finsbury park à Londres. Ils ont été arrêtés au début de l’année 2001. Cliquez ici pour plus d’informations]., et Lionel Dumont, un membre du groupe islamiste extrémiste, le «gang de Roubaix» qui a terrorisé le nord de la France à la fin des années 1990.

Lionel Dumont

Lionel Dumont. Il purge aujourd'hui une peine de réclusion à perpétuité en France. Photo du nouvelobs

En 1996, il dirige un groupe d’une dizaine d’hommes originaires de la région de Roubaix, qui s’est illustré dans une demi-douzaine de braquages à main armée contre des supermarchés, des banques et des fourgons de transport de fonds, tuant un automobiliste et blessant grièvement trois policiers et un convoyeur. Equipés de fusils mitrailleurs, de grenades et d’un lance-roquettes, ils tirent à bout portant sur tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. Le 29 mars 1996, un attentat à la voiture piégée à proximité du commissariat de Lille où se tient le G7 fait long feu. Le lendemain, les policiers du Raid donnent l’assaut contre la maison de Roubaix où le groupe s’est réfugié. Plutôt que de se rendre, quatre périront carbonisés et deux seront grièvement blessés. Absents lors de l’opération, les autres membres de la bande prennent la fuite. Christophe Caze, considéré comme le chef, est tué dans une fusillade avec des gendarmes belges. Omar Zemmiri, qui avait fui avec lui, est arrêté. Dumont se réfugie en Bosnie avec Mouloud Boughelane.

Source : rfi qui publie une biographie complète de ce «routard du terrorisme.». Faîtes entrer l’accusé a consacré un reportage au « gang de roubaix ». Vous pouvez aussi lire une interview de Lionel Dumont en 1997 sur le site de libération

 

 Dumont a passé sept ans au Japon, et il est suspecté d’avoir bâti là-bas des liens avec l’extrémisme islamique. En bref, l’extrémisme politique islamiste en France prend plusieurs formes : il a jailli lui même, en coopération avec d’autres groupes autonomes, et aussi en coopération avec des groupes liés à Al-Quaïda tel que le GSPC.

6. (SBU) L’extrémisme islamiste, pour la plupart des gens, est associé aux banlieues pauvres en périphérie des principales villes françaises, en particulier Paris, Lyon, Strasbourg et Marseilles. Cependant, les poches d’habitations à bas revenu sont répandues dans toute la France, et les arrestations récentes à Grenobles, une ville universitaire moyenne dans le Sud Est, et en Lorraine, une région proche de la frontière franco-allemande, montre bien que l’extrémisme islamiste n’est pas confiné aux banlieues des plus grandes villes françaises. La communauté turque est basée pour l’essentiel à Paris et dans l’Est de la France, et la communauté pakistanaise est basée presqu’exclusivement dans l’agglomération de Paris.

LE GOUVERNEMENT COMME POMPIER

7. (SBU) Bien que l’attention se porte sur l’application de nouvelles mesures et sur les intiatives en matière de sécurité depuis les attentats à la bombe en juillet à Londres et à Sharm el-Sheikh, le GOF continue d’oeuvrer à l’intégration de la communauté musulmane dans ce qui est encore un pays historiquement catholique. Au gouvernement, en politique et dans la culture, il y a très peu de Musulmans hauts placés, et en général, les Musulmans sont sous représentés dans les instances du pouvoir. Le GOF est revenu sur son Histoire en matière de dialogue avec d’autres communautés ethniques ou religieuses quand en 2003, il a créé le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), une organisation de coopération entre les différents groupes musulmans qui sert d’interlocuteur musulman français officiel avec le gouvernement sur une série d’enjeux civiques et religieux, dont la construction des mosquées. Le CFCM inclut une grande variété de groupes musulmans, dont l’UIOF qui a des tendances fondamentalistes (selon certains, elle est liée aux frères musulmans), le FMNF (considéré aussi comme fondamentaliste, mais soutenu par le gouvernement marocain) et le Tabligh (un groupe pakistanais d’origine ultra-orthodoxe décrit comme une étape pour quelques djihadistes français). Les officiels du GOF font remarquer que 40% des mosquées françaises ne sont pas affiliées au CFCM. De plus, le CFCM est en proie à des conflits internes (ref C), et pour ceux qui adhèrent à une vision très fondamentaliste du monde, il est considéré comme trop proche du GOF.

résultat des élections du CFCM le 5 juin 2011: Ces élections qui ont enregistré un taux de participation de 87,35%  soit 3176 votants, ont permis d’élire les 41 Elus au Conseil d’Administration du CFCM selon la répartition suivante : RMF (30) CCMTF (5), Participants GMP (2), FMNF (1) et Indépendants (3). (source: saphirnews.com) . Le Rassemblement des Musulmans de France (RMF) a été créé en janvier 2006 par des dissidents de la FMNF qui rejettent le conservatisme de cette dernière et qui veulent « contribuer à faire émerger un islam modéré, tolérant et respectueux des lois de la République, un islam du juste milieu ». Le RMF comme la FNMF représente plutôt les Musulmans marocains. L’UOIF et la grande mosquée de Paris ont boycotté les dernières élections au CFCM.

8. (U) Une autre initiative du GOF pour faire émerger un islam français modéré est d’encourager les imams à parler français et à en apprendre plus sur la culture française. Plus de la moitié des imams de France ne parlent pas Français ou alors ont un niveau très faible. De plus, moins de 20% ont la nationalité française. Les nouvelles politiques d’immigration stipulent que les individus qui veulent acquérir la citoyenneté française doivent recevoir un certificat attestant leur maitrise du Français de la part du GOF. Bien que cette nouvelle politique ne cible pas spécifiquement les imams, leur participation est encouragée. Une initiative similaire, proposé par le premier ministre Villepin quand il était ministre de l’intérieur, a été bloquée. Villepin a dit qu’il pousserait les universités françaises à mettre en place des cours spécifiques pour les imams sur la culture française. Seule la Sorbonne a manifesté un quelconque intérêt bien que finalement il a été annoncé début août que cela ne se ferait pas parce que cela allait à l’encontre de la laïcité.

BIEN QUE CONFIANTE DANS SA STRATÉGIE OFFENSIVE À COURT/MOYEN TERME, LA FRANCE BATAILLE ENCORE AVEC L’INTÉGRATION

9. (U) En dépit du récent regain des propositions du GOF en matière de contre-terrorisme, le gouvernement français et les médias croient en général que les méthodes du GOF pour combattre l’extrémisme islamiste marche bien. Un article du Figaro le 12 juillet souligne les deux approches de base, la stratégie «offensive» française et la stratégie «communautaire» du Royaume-Uni. Louis Capriol, ancien chef de la section anti-terroriste de la DST (la DST est le service de sécurité interne de la France), a dit que que la stratégie française met l’accent sur la coopération entre les services de sécurité/police et les juges spécialisés anti-terroristes. Ce qui permet une surveillance constante des suspects et une concentration maximum sur les troubles perpétrés par les islamistes extrémistes, donc la nature «offensive» de cette stratégie, selon Alain Chouet, ancien chef de la DGSE (service français de renseignement à l’étranger), a ajouté que la présence des RG à travers le territoire français permet «une surveillance permanente et une infiltration des communautés problématiques». De plus, dit Chouet, «c’est dur d’imaginer que les pays anglo-saxons imitent nos techniques de harcèlement, qui parfois prennent place sans réelle preuve de méfait». (Commentaire: il y a indéniablement un relent d’esprit de compétition gauloise vis à vis des «Anglo-Saxons» dans ces comparaisons de modèles anti-terroristes. Parmi, tous ceux qui appellent à de nouvelles mesures à court/moyen terme en France après les attentats de Juillet [2005 à Londres], seul le pro-Anglo-Saxon Sarkozy [NDLR: pas encore président en 2005] affirme ostensiblement que la France a quelque chose à apprendre du système de surveillance britannique des transports en commun. Fin du commentaire).

Stéphane Berthomet :Notre lutte antiterroriste, c’est du bricolage qui a fonctionné jusqu’à maintenant. On n’a aucune capacité d’anticipation face à la menace d’un attentat de masse puisque l’on raisonne à partir d’un modèle destiné à lutter contre des séries d’attentats qui faisaient quelques morts et quelques dizaines de blessés, comme en 1995. On n’est pas capable de répondre à des actions qui feront des centaines de morts et des milliers de blessés. Les services de lutte antiterroriste à vocation judiciaire comptent moins de 200 policiers. Quatre millions d’euros sont consacrés au fonctionnement des services de lutte antiterroriste en France, contre 30 millions pour les radars automatiques de la sécurité routière. Source: lepoint.fr, 31/03/2005


(
10. (U) Bien que la plupart des gens croient que l’approche anti-terroriste du GOF a été couronnée de succès, beaucoup considèrent que le GOF a échoué dans sa quête d’intégration des individus dans les banlieues marginalisées ou «cités». Jean-Marie Colombani, l’éditeur en chef du Monde, écrit dans un rare éditorial en première page le 26 juillet:«Nés dans nos cités, les témoignages abondent sur les jeunes qui, insensiblement, basculent ici de l’intégration la plus achevée, là de la marginalité, dans l’irréparable.»[NDLR: l’éditorial est consultable sur le site lemonde.fr]. Guillaume Bigot, un chercheur français qui a récemment coécrit un livre bien documenté sur l’extrémisme islamiste en France, est encore plus acerbe: «La communauté musulmane en France est importante, massivement exclue sur le plan économique et social, habitée par un sentiment d’humiliation. Ces jeunes, dont le prénom ou le nom sont des obstacles pour trouver du travail, n’ont pas de passé, pas de notion d’appartenance à un territoire et absolument pas d’avenir. On n’a pas besoin de fabriquer des James Bond de l’islamisme. On a juste besoin de gens manipulables avec un discours idéologique simpliste»[NDLR : Vous pouvez retrouver les propos de Guillaume Bigot dans une interview sur lepoint.fr]

11. (SBU) Poloffs a récemment visité La Courneuve, une banlieue du nord de Paris, qui est récemment devenue une métaphore vivante de la violence et de l’extrémisme islamiste en France. Le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, a visité la Courneuve plusieurs fois ces derniers mois, et a a juré d’en faire un exemple de ses nouveaux efforts pour promouvoir l’intégration. Les membres du réseau «tchétchène» (voir paragraphe 6) ont été arrêté en 2002 avec du matériel explosif et un agent chimique, de la ricine [NDLR: produit hautement toxique, 6000 fois plus que le cyanure et 12 000 fois plus que le vin de crotale. La ricine a été utilisée comme poison dans les années1980, par les services secrets bulgares (« parapluie bulgare« ) ou pour des suicides. Au delà d’une certaine dose, les effets sont généralement irréversibles. Les symptômes apparaissent en quelques heures, conduisant à la mort de la personne exposée en trois à cinq jours. Source: wikipedia]. Créée à l’origine comme une petite ville indépendante de Paris, La Courneuve se distingue par ses grands et nombreux HLM (habitations pour personnes à bas revenus). Les rues sont relativement large et vide, avec un petit commerce de rue en dehors des services gouvernementaux et des grands supermarchés. Aucun milieu ne dominait et nous n’avons pas vu de signes visibles d’une présence islamique (nous sommes passés seulement devant une synagogue et aucune mosquée). La banlieue ne semble pas dangereuse, elle semblait plus sombre et déserte qu’autre chose, comme si tout le monde restait dans son appartement où était hors de la ville. Des antennes satellites émergent de beaucoup d’appartements. La présence de jardinières avec des fleurs et de balades ombragées par des rangées d’arbres donne l’impression que le conseil municipal essaie d’embellir les lieux. En effet, le slogan de la ville était «La Courneuve invente un nouveau futur pour elle même». En général, et en dépit de sa mauvaise réputation, La Courneuve semblait être une place multiculturelle et modeste. Son apparence confirma ce que disent les statistiques: L’écrasante majorité des Musulmans en France (qu’ils soient d’Afrique, du Maghreb, ou nouvellement convertis) sont modérés. Le problème tient à un ou deux appartements qui cachent des extrémistes islamistes au milieu de dizaines de milliers qui ne le sont pas.

12. (C) Commentaire : Comme cela est largement admis, le GOF détient un appareil antiterroriste musclé et efficace qui identifie les terroristes potentiels et déjouent les opérations terroristes potentielles. Bien qu’il y ait toujours une marge de progression, le GOF semble avoir fait ce qui était possible à court et moyen long terme pour combattre l’extrémisme islamiste. A plus long terme, cependant, beaucoup de travail doit être fait. La France n’a pas seulement un problème d’intégration/immigration ; elle doit aussi donner une place aux Musulmans au sein de l’identité française. En dépit des affirmations comme quoi la laïcité empêche toute discrimination contre n’importe quelle religion, c’est un secret de polichinelle que la France historiquement catholique a depuis échoué à faire preuve d’une volonté suffisante et de compréhension pour vraiment accepter les Musulmans comme des citoyens français. Bien que l’islamisme extrémiste ne pourra peut être jamais disparaître complètement en France, la pleine admission des Musulmans comme des citoyens à part entière participant à la société française sera une longue route à suivre pour minimiser sa portée.

Hofmann


Note de l’auteur: Le document traduit est le dossier d’Ahmed Bin Saleh Belbacha, détenu algérien à Guantànamo. Les révélations ayant été obtenus souvent la torture, elles doivent être prises avec précaution. Son dossier original en anglais est accessible ici.

Ahmed Bin Saleh Belbacha
photo d’Ahmed Bin Saleh Belbacha, prise sur wikipedia english

Ahmed Bin Saleh Belbacha est l’un des 26 détenus algériens sur les 779 prisonniers qui ont été détenu à Guantànamo. Bel Bacha est toujours à Guantànamo. Le cas de Bel Bacha est assez emblématique des détenus algériens de Guantànamo souvent liés au GIA et au GSPC et qui refusent de rentrer en Algérie car ils ont peur pour leur vie. Bel Bacha est détenu depuis le 4 janvier 2002 sans qu’aucune charge n’ait été contre lui et sans jamais avoir un juge. Il est détenu au titre « d’ennemi combattant ». Depuis l’arrêt Boumediene vs Bush le 12 juin 2008, les détenus de Guantànamo ont le droit de contester leur détention devant la justice.
en tête du dossier de Ahmed Bin Saleh Belbacha

MEMORANDUM POUR le commandant, commandement US Sud, 3511 NW 91st Avenue, Miami, FL 33172

OBJET: Recommandation pour un prolongement de la détention à  sous la direction du département de la défense (DOD) du prisonnier de Guantànamo. ISN: US9AG-000290DP (S)

Evaluation du détenu de la Joint Task Force de Guantànamo

1. (S//NF) Information personnelle:

  • JDIMS/NDRC nom de référence: Ahmed Bin Saleh Bel Bacha
  • Faux nom et actuel/vrai nom: Slim Antar; Suliman Antar; Salim Antar
  • lieu de naissance: Alger, Algérie (AG)
  • date de naissance: 13 décembre 1969
  • citoyenneté: Algérie
  • Numéro de Série d’Internement (ISN): US9AG-000290DP

2. (FOUO) Santé: Détenu en bonne santé. Son indice de masse corporel depuis le 9 février 2002 est de 24% [NDLR: un imc entre 18,5 et 25 indique une corpulence normale]. Il a une tuberculose latente et refuse de suivre le traitement. Il a mené une grève de faim de novembre 2002 à Août 2005. Il n’est sous aucun traitement pour soigner une maladie chronique. Il n’a pas d’allergies aux médicaments

3. (S//NF) Evaluation de la JTF de Guantanamo

a. (S) Recommandation: La JTF de Guantanamo recommande le prolongement de la détention du détenu sous le contrôle du  département de la défense (DoD control, CD). Si un accord satisfaisant peut être atteint, c’est à dire qui assure le prolongement de la détention et autorise l’accès au détenu et/ou d’être exploité par les services de renseignement, le détenu peut être transféré hors du contrôle du DoD (TRO). JTF GTMO avait recommandé précédemment le transfert du détenu sous le contrôle d’un autre pays pour une détention prolongée (TRCD)

b. (S//NF) Résumé : le détenu a été estimé comme un membre probable d’Al Quaïda qui a participé à un camp d’entrainement de l’organisation et qui avait des relations étroites avec le Groupe Islamique Armé (GIA) et le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC).1 Le voyage du détenu en Afghanistan a été facilitée par la mosquée de Finsbury Park à Londres, Royaume Uni (RU), lieu connu pour ses liens étroits avec les islamistes. C’est en Afghanistan, que le détenu a reconnu son affiliation avec le GIA, le GSPC, Al Quaïda et d’autres organisations affiliées. Le détenu a reconnu avoir reçu un entrainement au maniement des armes et a été identifié comme un participant à un camp d’entrainement d’Al Quaïda. Le risque que représente le détenu a été évalué comme MOYEN, il pourrait représenter une menace pour les Etats-Unis, ses intérêts et ses alliés. JTF GMO a établi que la valeur du détenu pour les services de renseignement était FAIBLE.

4. Récit des évènements par les détenus

La section suivante est fondée, à moins qu’autre chose ne l’indique, sur le propre récit du détenu. Ces déclarations sont jointes sans vérification de leur véracité, de leur exactitude et de leur fiabilité.

a. (S//NF) Histoire antérieure: De janvier 1990 à Septembre 1991, le détenu a accompli son service militaire comme policier militaire fusilier, et cuisinier dans l’armée algérienne et dans les réserves de l’armée algérienne.2 Il a travaillé par la suite comme secrétaire au wilaya d’Alger et au service juridique de la Sonatrach, où son père a aussi travaillé. Il a été réembauché par le wilaya d’Alger comme garde municipale. En 1999, après qu’il ait prétendu avoir reçu des menaces répétées et de plus en plus graves du Groupe Armé Islamique (GIA), le détenu a quitté l’Algérie pour démarrer une nouvelle vie en France.3 Dès son arrivée à Paris, il a acheté un faux passeport français sous le nom de Slim Antar.4 En mai 1999, le détenu est parti au Royaume-Uni pour y demander l’asile politique.5

b. (S//NF) Recrutement et voyage: Dès son arrivée à Londres, il s’est dirigé vers la mosquée de Finsbury Park, où il a entendu qu’il pourrait rester libre. Le détenu a écouté des prêches de Abu-Hamza (note de l’analyste : Abu-Hamza réfère probablement au Sheikh Abu Hamza Al-Masri) et a regardé des vidéos de recrutement pour le Djihad en Tchétchénie, en Bosnie et en Afghanistan. Le détenu a ensuite déménagé à Portsmouth, Royaume-Uni, où il a travaillé pendant environ deux ans dans un un hôtel. Le détenu a prétendu que sa demande d’asile politique a été rejeté et qu’il est retourné à la mosquée de Finsbury Park pour trouver de l’aide à faire appel de cette décision. Bien qu’à la mosquée, d’après certaines informations, Mohammed Al-Masri a recommandé au détenu de voyager en Afghanistan pour éviter le rapatriement en Algérie. (Note de l’analyste: Sheikh Abu Hamza Al-Masri est aussi connu sous le nom de Mohammed Al-Masri. Bien que ce qu’a rapporté le détenu soit peu concluant, c’est probable qu’il réfère au même homme) Al Masri a dit au détenu qu’entrer en Afghanistan était facile et qu’aucun papier n’était exigé. En juillet 2001, avec l’assistance d’Al-Masri, le détenu a quitté le Royaume-Uni pour l’Afghanistan. Le détenu est arrivé en Afghanistan via Peshawar, Pakistan (PK). Le détenu a prétendu qu’une fois à Peshawar, il a utilisé les contacts fournis par Al Masri pour entrer en relation avec Mohammed Al-Afghani. Al-Afghani a prétendument rencontré le détenu à son hôtel et puis il a aidé le détenu pour voyager à Jalalabad. Le 29 juillet 2001, le détenu est arrivé à Jalalabad et il est resté trois mois et demis à la maison des hôtes algériens possédée et dirigé par Abu Jaffar. (note de l’analyste : Mohammed Al-Afghani est probablement Mohammed Shah, connu pour avoir assisté Jaffar à faire traverser la frontière aux recrues. On pense que le facilitateur du réseau extrémiste nord-africain Abu Jaffar alias Omar Chabbani est décédé).

c. (S//NF) Entrainement et activité: Durant son séjour à la maison d’hôte, d’après certaines informations, le détenu s’est entrainé dur des petites armes (incluant des fusils Kalashnikov et Simonov) sous la direction d’Abu Jaffar. Le détenu a affirmé une fois qu’il a voyagé au camp d’entrainement de Derunta mais qu’il n’y a pas suivi d’entrainement. En novembre 2001, en raison de l’attaque de Jalalabad par les forces de la coalition, le détenu a fui dans les montagnes de Tora Bora avec d’autres résidents de la maison d’hôtes.

5. Information sur la capture

a. (S//NF) Le détenu prétend qu’il s’est caché avec le groupe des résidents de la maison d’hôte pendant une vingtaine de jours dans des grottes. Il a nié avoir assisté à des combats, il aurait seulement vu des avions voler au-dessus de sa tête. Du cantonnement de Tora Bora, le détenu a fui au Pakistan à pied avec un groupe d’environ 100 individus. Le 18 décembre 2001, d’après certaines informations, des villageois pakistanais ont mené le groupe à une unité de l’armée pakistanaise, qui a les a mis en détention. Le détenu a été ensuite transféré à une prison américaine le 4 janvier 2002. (note de l’analyse : étant donné la présence longue de l’individu à Tora Bora, et vu la date et lieu de sa capture, il est probable que le détenu a été impliqué dans des combats contre l’armée américaine ou les forces de la coalition dans la région de Tora Bora) (note de l’analyste: le détenu a probablement fui Tora Bora comme un membre d’un large groupe de combattant mené par un haut membre d’Al Quaïda Ibn Sheikh Al Libi. Le groupe a voyagé à travers la province de Nangarhar et a été convaincu par leurs hôtes pakistanais de se rassembler dans la mosquée où les forces pakistanaises les ont capturé.

b. (S) objets déténus:

  • 1 billet de 1000 roupies pakistanais
  • 1 billet 500 roupies pakistanais
  • 5 billets de 10 roupies pakistanais
  • 2 billets d’un roupie pakistanais
  • 1 billet de 20 livres britanniques
  • 5 billets de 10 000 afghanis
  • 3 billets de 1000 afghanis
  • des lunettes ehsan optics dans un boitier à lunettes noir
  • 1 livre de couverture orange écrit en Arabe
  • 1 anneau d’argent

c. (S) Transféré au JTF de GTMO le: 9 février 2002

d. (S//NF) Raisons de transfert au JTFM de GTMO: fournir des informations sur les points suivants:

  • Les leaders de la mosquée de Finsbury Park à Londres, Royaume-Uni
  • L’obtention de faux passeports en France
  • Un camp d’entrainement près de Jalalabad, AF, appelé Dar Wanta (Derunta)
  1. (S//NF) Evalutation du récit du détenu : Plusieurs points du récit du détenu sont flous en raison de son incohérence et de son imprécision durant les interrogatoires. Son itinéraire de voyage est analogue à celui de d’autres détenus qui ont été recruté à travers le réseau mondial de recrutement au Djihad pour suivre un entrainement en Afghanistan. Le détenu prétend avoir fui l’Algérie parce qu’il était menacé de mort par le GIA ou le GSPC. Cependant, lors de son voyage, il s’est associé à des individus et à des organisations notoirement liées à ces deux groupes. Il n’a jamais identifié qui lui a dit d’aller à la mosquée de Finsbury Park pour y rechercher de l’aide pour sa demande d’asile politique. Il prétend n’avoir participé à aucun combat contre les forces américaines ou celles de la coalition, bien qu’il était présent dans la région de Tora Bora et qu’il fut capturé avec un large groupe de moudjahidins.

7. (S//NF) Potentiel de menace du détenu

a. (S) Estimation: On a évalué que le détenu présentait un risque MOYEN, parce qu’il pourrait représenter une menace contre les Etats-Unis, ses intérêts et ses alliés.

b. (S//NF) Raisons pour prolonger la détention: On a estimé que le détenu était probablement un membre d’Al Quaïda qui a séjourné dans des camps d’entrainement et qu’il avait des liens directs avec les troupes du GIA et du GSPC. Le détenu a peut être suivi un entrainement avancé au maniement des explosifs lors de son séjour à la maison d’hôtes de Jalalabad. Le détenu a probablement participé à des attaques contre les forces américaines et celles de la coalition dans la région de Tora Bora.

  • (S//NF) Le détenu a reçu divers types d’entrainements djihadistes et militaires, et on a estimé qu’il a probablement reçu un entrainement avancé au maniement des explosifs
    • (S//NF) Le détenu a admis s’être entrainé sous la direction d’Abu Jaffar alors qu’il résidait à la maison d’hôtes algérienne à Jalalabad, AF. (note de l’analyste: on estime qu’Abu Jaffar réfère à Omar Chabani, alias Abu Jaffar Al Jazeeri, un dirigeant du GIA et membre d’Al Quaïda qui a des affiliations avec le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC). Abu Jaffar, un adjoint du facilitateur et cadre d’Al Quaïda Abu Zubaydah, a dirigé des maisons d’hôtes pour les extrémistes qui voyageaient en Afghanisan pour aller s’entrainer dans les camps d’Al Quaïda à Jalalabad ou ailleurs.
    • (S) Le détenu admet avoir reçu un entrainement dans un camp près de Jalalabad au maniement de Kalashnikov, Makarov et autres armes. (note de l’analyste: le détenu s’est probablement entrainé au camp d’Al Quaïda de Derunta près de Jalalabad)
      • (S//NF) Un membre qu’on estime avoir appartenu à Al Quaïda, Abdelli Muhammad Fegoul, ISN US9AG-00029DP (AG-292) a reconnu avoir vu le détenu à la maison d’hôtes algérienne à Jalalabad. (note de l’analyste: AG-292 a aussi été identifié au camp d’Al Quaïda de Derunta en même temps que le détenu).
      • (S//NF) L’ancien détenu, Mousa Zemmouri, ISN US9MO-000270DP (MO-270), dit avoir vu le détenu et AG-292 au camp de Derunta.
    • Le séjour du détenu à la maison d’hôtes coïncide avec la période où Younis Abdurrahman Chekkouri, ISNUS9MO-000197DP (MO-197), a mené des entrainements au maniement des explosifs. MO-197 est un entraineur au maniement des explosifs et un chef reconnu de la commission militaire du Groupe Islamique Combattant Marocain (GICM)6. MO-197 a aussi été identifié comme un spécialiste de l’électronique et des explosifs qui, entre la fin de l’année 2000 et septembre 2001, a été responsable de l’organisation des sessions d’entrainement au maniement des composants électroniques pour la fabrication d’explosifs à la maison d’hôtes algérienne dirigé par un associé du détenu, Abu Jaffar. (Note de l’Analyste: Il est possible que le détenu ait participé à des entrainements au maniement des explosifs; cependant il n’y a aucune information supplémentaire qui nous permettrait de le confirmer).
    • (S) Le détenu a reçu un entrainement militaire basique au maniement des armes et aux opérations de police pendant sa conscription dans l’armée algérienne en 1990. (Note de l’analyste: l’entrainement militaire initial du détenu aurait fait de lui un candidat intéressant pour le recrutement et cela lui aurait permis de passer plus rapidement les entrainements basiques qu’une recrue inexpérimentée. C’est ce qui pourrait avoir permis au détenu de suivre des entrainements plus poussés comme le maniement des explosifs)
  • (S//NF) Le détenu a été recruté redirigé par la mosquée de Finsbury Park à Londres, un centre connu d’Al Quaïda/d’extrémistes pour Djihadistes.
    • Le détenu a admis que la mosquée de Finsbury Park a aussi facilité des mouvements de personne qui souhaitaient mener le Djihad en Afghanistan.
    • Sheikh Abu Hamza Al-Masri a recruté le détenu et a pris les arrangements nécessaires pour son voyage et son entraînement en Afghanistan. (Note de l’analyste : Sheikh Abu Hamza Al-Masri est l’ancien imam de Finsbury Park et actuellement en détention en Grande-Bretagne. D’après certaines informations, il entretien des liens très étroits avec l’Armée Islamique d’Aden (IAA)7, Al Quaïda et d’autres groupes extrémistes.

c. (FOUO) Conduite du détenu: On a estimé que le détenu représentait une HAUTE menace dans le cadre de sa détention. Le comportement général du détenu a été non-coopératif et parfois hostile aux gardes et au personnel. Le détenu a fait l’objet de 23 signalements d’infractions au code disciplinaire listé dans DIMS [NDLR: le fichier des forces américaines qui recensent les infractions au règlement par les détenus de Guantanamo], la plus récente date du 2 septembre 2005. Il a appelé un garde par des surnoms péjoratifs lors d’un contrôle de sécurité au cours d’une fouille au corps. Le détenu a agressé un garde le 17 mars 2005 en lui jetant sa chaussure qui a heurté le visage de ce dernier. Plus tôt dans la même journée, le détenu avait dit à un garde, «Merde à l’Amérique» et «mort aux États-Unis». Les autres incidents pour lequel le détenu a été sanctionné incluent des mots et des gestes désobligeants vis à vis des gardes, le refus de suivre les instructions et le règlement du camp, agression, pour avoir fait passer des messages entre les bloques, dégradation des infrastructures, et possession d’objets de contrebande non dangereux. Le détenu a fait l’objet de 6 rapports d’infraction au code disciplinaire en 2005, incluant 2 menaces envers des gardes et une agression grave. Il était un fer de lance de la grève de la faim parmi les détenus, manquant ainsi plus de 100 repas selon les rapports des gardes dans DIMS. Dans la matinée du 24 novembre 2005, AG-290 a déclaré entamer une grève de la faim. Cependant sa grève de la faim a duré moins de deux heures, il a prétendu plus que tard des gardes l’ont aidé donc il a accepté de manger.

8. Estimation de valeur du détenu pour les services de renseignement:

a. (S) Estimation: JTF GTMO a déterminé que le détenu avait une valeur FAIBLE pour les services de renseignement.

b. Séjour et capture: Le détenu a été recruté et aiguillé par la mosquée de Finsbury Park et son imam, Sheikh Abu Hamza Al-Masri, qui est actuellement détenu en Grande-Bretagne. Il est vrai que le détenu s’est entrainé sous la direction d’Omar Chabani, un dirigeant du GIA et un membre d’Al-Quaïda qui a des affiliations avec le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC). Il est vrai qu’il a séjourné dans la maison d’hôtes algérienne à Jalalabad qui est connue pour envoyer des recrues au camp d’entrainement de Derunta. Son séjour à la maison d’hôtes de Jalalabad lui aurait donné accès aux étudiants et aux entraineurs au maniement des explosifs. Le détenu a été capturé dans la région de Tora Bora.

c. (S//NF) Évaluation des renseignements: Le détenu prétend qu’il a fui l’Algérie pour échapper aux pressions du GIA, mais son orientation et son voyage qu’il était déjà affilié avec des groupes extrémistes nord-africains comme le GIA et le GSPC. Il a fourni très peu d’informations sur ses contacts et ses activités antérieur à son départ de l’Algérie. Il est possible que le détenu a utilisé un pseudonyme en Afghanistan qui n’a pas encore été identifié. L’identification du pseudonyme du détenu nous fournira probablement des informations supplémentaires au regard de ses activités comme son entrainement avancé et ses relations Afghanistan. A cause de plusieurs points flous et et des incohérences dans le récit du détenu, sa valeur pour les services de renseignement et son rôle au sein du réseau d’Al Quaïda sont difficiles à estimer. Le détenu est probablement un moudjahidin engagé et entrainé, mais il est peu probable qu’il ait joué un rôle majeur ou significatif dans Al Quaïda.

d. Domaines potentiels d’exploitation :

  • Les planques algériennes dans Jalalabad, AF
    • Omar chabani alias Abu Jaffar
    • Le personnel des maisons d’hôtes
  • La maison d’hôtes de Jalalabad connu sous le nom de la maison des Algériens
  • Le Groupe Islamique Armé (GIA)
  • La mosquée de Finsbury park et ses liens avec le GIA et le GSPC
  • Les camps d’entrainement en Afghanistan

(S) Statut d’ennemi combattant : le statut d’ennemi combattant a été réexaminé le 24 février 2004 et il reste un ennemi combattant.


1Le GSPC et le GIA font partie du réseau mondial djihadiste d’Al Quaïda, une cible IICT Tier 0. Les cibles Tier 0 sont les groupes qui posent une menace claire et imminente aux citoyens et aux intérêts américains.

2

3(S/NF) D’après certaines informations, le GIA a essayé de forcé le détenu à quitter ou de faire des erreurs critiques afin d’embarrasser le gouvernement algérien. Le premier contact a eu lieu en 1995 et le dernier fut après qu’il ait quitté l’Algérie en 1999. Voir 000290 MFR 16-APR-2002

4

(S//NF) (note de l’analyste : le détenu affirme que la possibilité d’obtenir un faux passeport dans le quartier de Barbès à Paris est très connue parmi la population arabe) Voir IR 2 340 6379 02

5

6(S//NF) (Note de l’analyste: le GICM, comme le GIA, est un membre du réseau mondial de recrutement au Djihad, une cible de niveau 0 du contre-terrorisme

7La IAA est une cible du contre-terrorisme de niveau I (IICT Tier 1). Les cibles de niveau 1 sont les groupes terroristes, en particulier ceux qui bénéficient d’un soutien étatique, qui ont manifesté leur intention et leur capacité d’attaquer des citoyens ou des intérêts américains

Le câble fleuve sur le délitement du régime algérien. Une analyse sans concession sur les travers des dirigeants de l’Algérie et des maux qui touchent ce pays. Dans ce câble, l’ambassadeur américain relate ses conversations avec plusieurs personnalités d’opposition et une personne proche du pouvoir dont le nom n’est pas connu.

Les sujets traités :

  • Le terrorisme. Les Etats-Unis critiquent très violemment la politique de réconciliation nationale menée par Bouteflika et votée par référendum en 2005. Cette loi amnistie les criminels islamistes et empêche toute poursuite judiciaire contre des membres des forces de sécurité de l’Etat pour des actes commis durant la guerre civile des années 1990. Les Etats-Unis insistent sur l’échec de cette politique en prenant comme exemple l’attentat à la bombe meurtrier du 17 décembre 2007 commis par des islamistes amnistiés. A lire:  Réconciliation sur fond d’incertitudes, rfi.fr, 12/03/2006
  • Le désenchantement de la société Algérienne et en particulier des jeunes. Tous les interlocuteurs de l’ambassadeur critiquent le peu de perspectives qu’offre la société algérienne à ses habitants et en particulier les jeunes, très touchés par le chômage. En 2007, alors que le prix du pétrole est au plus haut, la population algérienne ne profite pas des retombées de cette envolée car les recettes sont détournées. Le constat dressé sur la jeunesse algérienne est sinistre, pointant du doigt l’augmentation du phénomène « harraga », ces immigrés qui tentent de traverser la Méditerranée clandestinement. A lire: L’Algérie ne croit plus aux promesses, le monde diplomatique, février 2009
  • La corruption présente jusqu’au sommet du pouvoir est dénoncée. Ahmed Gaia Salah, chef d’Etat major, est décrit comme le général le plus corrompu. Les frères du président Bouteflika, Said et Abdallah, ne sont pas épargnés non plus. Saïd Sadi, chef du RCD, parti d’opposition, n’hésite pas à comparer Bouteflika et sa clique à Sadam Hussein en parlant de « gang de Tikrit ».
  • Les manoeuvres du clan Bouteflika pour arranger le processus électoral. Sont évoqués le troisième amendement qui a été ratifié pour permettre à Bouteflika de se représenter et la nouvelle loi électorale qui restreint l’accès aux petits partis.
  • Les divisions au sein de l’armée sur le terrorisme, entre partisans d’une politique répressive et ceux de la réconciliation et sur la situation en Algérie qui se détériore.
  • Le double discours des Américains. Très critique en coulisse des manœuvres politiques de Bouteflika, ils épargnent ce dernier en public car ils ne veulent pas se priver d’un partenaire essentiel dans la lutte contre le terrorisme. A lire : Les voeux de Washington, algeria-watch, 28/10/2003

Les protagonistes:

  • Robert Ford, ambassadeur des Etats-Unis en Algérie de 2006 à 2008, il est actuellement en poste à Damas (Syrie). Fin spécialiste du monde arabe dont il maitrise la langue, il parle aussi le Français. Il a également été chef adjoint de mission à Bahreïn de 2001 et 2006 et conseiller politique à l’ambassade des Etats-Unis en Irak de 2004 à 2006.
  • Abdallah Djaballah, leader islamiste, évincé de la tête de son parti dans des circonstances troubles. Selon l’ambassadeur, ce serait le ministère de l’intérieur qui aurait oeuvré à son éviction. Abdallah Djaballah se livre face à l’ambassadeur à un constat sincère et sans concession de la misère de son pays et de la difficulté de s’insérer dans le système politique légal en Algérie.
  • Saïd Sadi, chef du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), parti d’opposition laïc et social-démocrate [A ne pas confondre avec le parti tunisien de Ben Ali] . Très critique vis à vis du régime de Bouteflika et sur la situation sociale en Algérie. Il reproche aussi vivement à l’ambassadeur américain sa réticence à critiquer l’autoritarisme de Bouteflika en public.
  • Ahmed Benbitour, ancien premier ministre de 1999 à 2000. Devant l’ambassadeur, il dénonce l’absence de retombées pour le peuple algérien des ressources supplémentaires apportées par l’envolée des prix du baril. Il a récemment donné une interview à El Watan, déclarant que « la contagion démocratique va toucher l’Algérie« . Il a soutenu la marche du RCD samedi.
  • Leïla Aslaoui, écrivain, féministe, et ancienne ministre. Elle est très farouchement opposée aux islamistes.

N° de Référence Créé le Publié le Classification Origine
07ALGIERS1806 2007-12-19 12:12 2010-12-16 21:09 SECRET Ambassade d’Alger

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PP RUEHTRO
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P 191206Z DEC 07
FM AMEMBASSY ALGIERS
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RUEHMD/AMEMBASSY MADRID 8733
RUEHRB/AMEMBASSY RABAT 2078
RUEHTU/AMEMBASSY TUNIS 6935
RUEHTRO/AMEMBASSY TRIPOLI
RUEHNK/AMEMBASSY NOUAKCHOTT 6149
RUEHNM/AMEMBASSY NIAMEY 1403
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RUEHCL/AMCONSUL CASABLANCA 3182
RHMFISS/HQ USEUCOM VAIHINGEN GE
S E C R E T SECTION 01 OF 04 ALGIERS 001806

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E.O. 12958: DECL: 12/17/2027
TAGS: PINS PGOV AG

OBJET: UN REGIME ALGERIEN FRAGILE ET SOUFFRANT QUI EST A LA DERIVE

2008

REF: A. ALGIERS 1704
B. ALGIERS 1618
C. ALGIERS 1237
D. ALGIERS 1658

Classifié Par: Ambassadeur Robert Ford; raisons 1.4 (b) and (d).

1. (C) RESUME: Les discussions récentes avec d’anciens officiels du gouvernement algérien, des leaders d’opposition de longue date et des journalistes dépeignent un tableau d’un régime algérien qui est fragile comme il ne l’a jamais été auparavant, miné par un manque de vision, des niveaux de corruption sans précédents et la division qui gronde au sein de la base de l’armée. Nos contacts algériens sont souvent très grincheux, mais en ce moment nous en entendons plus que les inquiétudes récurrentes à propos de l’incapacité du gouvernement algérien ou de son manque de volonté à s’attaquer aux problèmes économiques politiques, économiques et de sécurité. Les attentat à la bombe le 11 décembre à Alger [NLDR: Ce double attentat revendiqué par l’AQMI aurait tué entre 30 et 72 personnes et fait 177 blessés] , exécutés par deux hommes amnestiés sous la Charte pour la Paix et la Réconciliation Nationale [NDLR : loi d’aministie sur les crimes commis pendant la guerre civile entre les islamistes et l’Etat algérien. La charte empêche également toute poursuite judiciaire des forces de sécurité algériennes], ont déclenché de vifs débats à propos de la politique de réconciliation Bouteflika pour protéger le pays. Le débat oppose les partisans d’une stratégie offensive et nécessaire contre la menace terroriste contre ceux qui comme Bouteflika croient encore qu’une amnistie a un rôle à jouer. L’image d’un président isolé, d’un processus de réforme qui stagne et d’une approche confuse du terrorisme vient au moment où les manœuvres à l’intérieur du gouvernement pour maintenir Bouteflika pour un troisième mandant sont en pleine ébullition. Nous voyons pas d’explosion à venir. A la place, nous voyons un gouvernement à la dérive et incertain devant la voie à suivre. FIN DU RESUME

L’ETAT ALGERIEN A LA DERIVE [SHIP OF A STATE ADRIFT]
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2. (C) Le 3 décembre, le leader du parti d’opposition Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) [NLDR : A ne pas confondre avec le parti de l’ancien président tunisien Ben Ali, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique], Saïd Sadi a présenté une vue d’ensemble assez sombre du régime algérien, disant qu’il tenait vouloir conserver le contrôle du pays mais manquait de vision et de compétence. Sadi a prévenu que dans le contexte actuel de stagnation des réformes politiques et économiques, les institutions algériennes étaient en train de se ronger de l’intérieur, perdant la plupart de ses meilleurs travailleurs et fonctionnaires. L’ancien leader du parti islamiste al-Islah.

Abdallah Djaballah

Abdallah Djaballah, ancien chef du parti islamiste Al-Islah

Abdallah Djaballah, qui a été évincé de la direction du parti avec un soutien actif du ministère de l’intérieur, nous a fait remarquer que le 17 décembre le phénomène harraga (ref A), ces jeunes qui fuient dur des radeaux de fortune vers l’Europe, ne se cantonnait plus seulement désormais aux jeunes pauvres sans emploi. Dhaballah a vu des jeunes qui avaient le choix «entre mourir en mer et mourir de manière lente et progressive lente à la maison» vu les très faibles débouchés dans l’économie stagnante du pays. Sadi nous a raconté qu’il était choqué de trouver autant d’Algériens éduqués et originaires de la classe moyenne au Québec et aux Etats-Unis lors de ses derniers voyages. «Ces gens sont le future de l’Algérie», a dit Sadi.

3. (C) XXXXXXXXXXXX, nous a raconté le 17 décembre qu’en ce qui concerne la réconciliation nationale, les attentats à la bombe du 11 décembre ont fortement divisé les services de sécurité algériens, avec un nombre plus important de voix en faveur d’une politique plus dure. XXXXXXXXXXXX a dit que le régime n’avait pas de stratégie unique et précise pour combattre le terrorisme, ce qui a été prouvé par l’indécision sur la façon de traiter les amnisties de prisonniers en vue comme Hassan Hattab (ref B). Selon Sadi et XXXXXXXXXXXX, les Algériens ordinaires, qui ont déjà perdu confiance dans l’agenda des réformes politiques et économiques, perdent maintenant la foi dans la capacité du gouvernement à les protéger. Laila Aslaoui, une ancienne ministre, une activiste des droits des Femmes et écrivain, a raconté à l’ambassadeur au diner du 18 décembre que la plus grande partie de la société algérienne était démobilisée contre la menace terroriste. C’était scandaleux que le ministère de l’intérieur savait que la cour suprême était une cible et n’a rien fait pour améliorer la sécurité du bâtiment ou avertir le public, a-t-elle prétendu. Elle a été impitoyable sur les propos du ministre de l’intérieur qui avait déclaré qu’il était impossible de fournir une protection totale contre les attentats à la bombe, s’interrogeant pourquoi le gouvernement algérien ne poursuivait pas plus énergiquement en justice les individus suspectés d’actes terroristes. Le gouvernement algérien a demandé à Mme Aslaoui le 17 décembre de les aider à organiser une marche contre le terrorisme. Dans les années 1990, elle a dit qu’elle n’aurait pas hésité. Maintenant, elle remarque avec amertume qu’elle ne ferait rien pour aider le gouvernement algérien à justifier sa politique de sécurité. XXXXXXXXXXXX

Leïla Aslaoui

XXXXXXXXXXXX a raconté à l’ambassadeur le 17 décembre qu’il y a un fossé croissant entre les besoins essentiels auxquels doivent faire les Algériens ordinaires et ce qu’ils perçoivent du gouvernement en termes de salaires et de qualité de vie. Du coup, a-t-il dit, moins d’Algériens sont prêts à aider le gouvernement. D’après la sagesse populaire, a-t-il dit, si vous devez faire des affaires dans un ministère, allez-y puis partez aussitôt et restez à l’écart.

4. (C) D’un autre côté, Djaballah nous a raconté que le désenchantement répandu vis à à vis de la volonté du gouvernement de partager le pouvoir avec les islamistes a en fin de compte poussé les islamistes algériens à écouter les appels aux boycotts par son parti ainsi que les autres partis islamistes à boycotter les élections locales du 29 novembre. Ils ont compris, a-t-il dit, que la nouvelle loi électorale (ref C) [NDLR: La nouvelle loi électorale durcit les conditions d’accès aux élections pour les petits partis] a été élaborée dans le but de les marginaliser et de maintenir la coalition au pouvoir [NLDR: l’Algérie est gouverné par une coallition tri-partite appelée «l’alliance présidentielle», le Front de Libération Nationale (FLN), parti historique de l’indépendance, le Rassemblement National Démocratique (RND) plutôt de droite, et le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP) qui est islamiste]. La restriction l’espace politique ne fera que renforcer l’extrémisme,a-t-il prévenu. L’ambassadeur a dit à Djaballah que les Etats-Unis étaient en faveur d’une libéralisation politique en Algérie mais que nous comprenons aussi que cela doit se faire de manière progressive. Les Etats-Unis ne veulent pas d’un retour à la violence comme dans les années 1990 et qu’ils oeuvrent avec le gouvernement algérien contre ceux qui activement cherchent [à ce que l’Algérie y retourner]. [L’ambassadeur] a salué les efforts de Djaballah pour participer au système politique légal. Le point crucial, a souligné l’ambassadeur, est que bien que l’évolution politique soit lente, elle doit être constamment dirigée vers la libéralisation. Djaballah a salué ces propos et a apprécié que l’on soulève les problèmes du processus électoral avec le gouvernement algérien.

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UN « GANG DE TIKRIT » DOMINANT
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5. (C) Commentant la stabilité du pays, XXXXXXXXXXXX a souligné que les Algériens «ont vécu bien pire que ça», et que les divisions internes ne devaient pas être considérées à tort comme une preuve d’instabilité. Le régime, a fait remarqué XXXXXXXXXXXX, fait passer la stabilité avant tout, et par conséquent, il est à la fois fragile et stable à la fois. XXXXXXXXXXXX est d’accord avec l’analogie que Sadi a fait devant nous et publiquement devant la presse, comparant le gouvernement de Bouteflika à « un gang de Tikrit» qui pointe du doigt le fait qu’un nombre disproportionné de ministres et de généraux viennent de la même région dans la province de Tlemcen à l’ouest du pays dont est originaire le président Bouteflika. (En effet, une grande partie de son entourage proche vient de la petite ville de Nedroma). La loyauté de ce gang, selon XXXXXXXXXXXX et Sadi, est essentielle pour maintenir la stabilité, comme pour Saddam Hussein en Irak. [NLDR: Saddam Hussein était un dictateur impitoyable qui a gouverné l’Irak d’une main de fer de 1979 à 2003, année où il a été renversée par l’armée américaine. Il a été pendu après avoir été reconnu coupable d’avoir organisé un massacre d’un village habité par la minorité kurde]

carte algérie

SADI: «DEFENDONS NOTRE JEUNESSE»
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6. (C) Sadi nous a mis en garde contre les dangers à long terme du silence persistant des Etats-Unis sur ce qu’il percevait comme être une détérioration de la démocratie algérienne, comme l’ont montré les élections locales. Du point de vue de Sadi, le soutien de l’extérieur est essentiel à la survie de la démocratie et à l’engagement productif de la jeunesse algérienne – 70% de la population – dans la vie politique et économique. Si les Etats-Unis sont vus comme complice d’élections de façade et de la réforme de la constitution pour autoriser Bouteflika à concourir pour un troisième mandat, a-t-il prévenu, ils risquent de perdre la jeune génération dans l’avenir.

Saïd Sadi, leader du RCD parti d'opposition

7. (C) L’ambassadeur a rappelé à Sadi nos vains efforts pour maintenir un programme du National Democratic Institute [NLDR: think-tank américain qui promeut la démocratie dans le monde] en Algérie que le ministère de l’intérieur délibérément fermé; peu de partis politiques ont insisté pour maintenir le programme. Il a fait remarqué à Sadi que nous avions entendu d’autres partis politiques demander un plus grand soutien public des Etats-Unis, et a exhorté le RCD et d’autres partis algériens de faire entendre leurs voix. Les Etats-Unis seraient crédibles à appeler à enlever les obstacles à la libéralisation seulement si les partis politiques eux mêmes s’expriment haut et fort. Etant donné l’absence de commission internationale pour surveiller les élections, l’ambassadeur a conseillé à Sadi d’envisager au plus tôt des requêtes publiques pour que des observateurs internationaux soient présents aux élections présidentielles de 2009.

LA STABILITÉ DANS LES MAINS D’UNE ARMÉE DIVISÉE…
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8. (S) Sadi, qui entretient des contacts dans l’armée algérienne et les services de sécurité nous a dit que l’armée n’était désomrmais plus unie comme elle l’avait il y a encore quelques années, a-t-il dit. Deux courants dissidents émergent, a-t-il dit. Le premier est parmi les jeunes officiers qui savent que l’Algérie ne va pas bien et accusent la vieille garde de négligence et de mauvaise gestion. Le second courant identifié par Sadi se trouve parmi les hauts officiers de l’armée, entre ceux favorable une politique plus répressive concernant la sécurité et le contre-terrorisme (les «éradicateurs» [NLDR: en français dans le texte]) et ceux encore alignés sur la politique de réconciliation nationale de Bouteflika. XXXXXXXXXXXX, dont le frère est un officier de l’armée, a dit le 17 décembre qu’il avait des colonels dans l’armée algérienne qui pensent que la dérive actuelle ne peut plus continuer. La question, murmura XXXXXXXXXXXX, est s’ils peuvent s’organiser.

9. (S) Sadi nous a parlé à la fin d’une conversation qu’il avait eu récemment avec le général Toufik Mediene, le chef du DRS (les services de renseignement militaire) [NLDR: Le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), dirigée depuis sa création en 1990 par Toufik Mediene, est régulièrement accusée d’être un organe répressif] qui est considéré par la plupart comme une figure clé de la garantie du contrôle de la population par le régime et de sa survie. Il a dit que Mediene savait que la santé de Bouteflika n’était pas terrible et celle de l’Algérie non plus. Cependant, selon Sadi, Mediene a dit qu’il avait besoin de s’assurer qu’une alternative politique «serait viable» et, par conséquent ne déstabiliserait pas le pays. Sadi a dit que beaucoup d’officiers de haut-rang commençaient à se demander s’il pouvait faire sortir complètement l’armée de la scène politique sans peur d’un châtiment public pour les abus passés durant la guerre civil.

…PENDANT QUE LA CORRUPTION ET LE PRIX DU PÉTROLE ATTEIGNENT DES SOMMETS
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10. (S) Sadi, Djaballah, XXXXXXXXXXXX et de nombreux autres contacts nous ont raconté que la corruption a atteint des niveaux sans précédent sous le régime actuel. Comme il a été rapporté dans la ref D [NDLR: câble non disponible sur wikileaks], le parti au pouvoir, le FLN, est résolu à labourer le terrain pour un troisième mandat de Bouteflika, a cherché à installer des fonctionnaires locaux dans les tractations électorales fondées sur la loyauté au dépens même des compétences.

Ahmed Benbitour

Ahmed Benbitour

Avec des prix du pétrole record, l’ancien ministre des finances et premier ministre Benbitour [NLDR : premier ministre de décembre 1999 à Août 2000]a raconté à l’ambassadeur en novembre, qu’il y avait moins d’intérêt pour le régime à mettre en place ces réformes plus que nécessaires. Les prix élevés du pétrole rapportent des revenus incroyables au pays, nous a dit Benbitour, mais les gens ordinaires n’en voient aucune retombée sur leur vie quotidienne. (En effet, Benbitour a publiquement repris une expression que nous voyons souvent dans les médias maintenant: l’Algérie est riche, mais les gens sont pauvres. Le leader islamiste Djaballah a repris aussi cette expression devant nous le 17 décembre).

suicide en algérie

L'Algérie est riche mais les Algériens sont pauvres

La corruption, selon XXXXXXXXXXXX, a atteint des proportions hallucinantes, même à l’intérieur de l’armée. Il a cité le lieutenant général Ahmad Gaid Salah, chef d’Etat major, comme peut être l’officiel le plus corrompu de l’appareil militaire, fait confirmé par d’autres contacts. Quand Sadi a évoqué le problème de la corruption au General Mediene, a dit Sadi, Mediene connaissait le problème. Montrant silencieusement le portrait de Bouteflika accroché au-dessus de leur tête, il a dit à Sadi que la corruption était répandue jusque dans les plus hautes instances du gouvernement. (Commentaire : beaucoup de contacts de l’ambassade pensent que le président Bouteflika lui même n’est pas particulièrement corrompu, mais ils montrent du doigt sans hésiter les frères du président, Said et Abdallah, comme étant particulièrement avides. L’armée algérienne a entre-temps lancé un programme anti-corruption qui est ambitieux par rapport aux normes algériennes mais qui a laissé le sommet du pouvoir relativement indemne. Fin du commentaire)

COMMENTAIRE: UN RÉGIME SOUFFRANT, UN PRÉSIDENT SOUFFRANT
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11. (S) Nos contacts algériens sont souvent très grincheux, mais en ce moment nous en entendons plus que les inquiétudes récurrentes à propos de l’incapacité du gouvernement algérien ou de son manque de volonté à s’attaquer aux problèmes économiques politiques, économiques et de sécurité. Les attentat à la bombe le 11 décembre à Alger [NLDR: Ce double attentat revendiqué par l’AQMI aurait tué entre 30 et 72 personnes et fait 177 blessés] , exécutés par deux hommes amnestiés sous la Charte pour la Paix et la Réconciliation Nationale [NDLR : loi d’administie sur les crimes commis pendant la guerre civile entre les islamistes et l’Etat algérien. La charte empêche également toute poursuite judiciaire des forces de sécurité algériennes], ont déclenché de vifs débats à propos de la politique de réconciliation Bouteflika pour protéger le pays. Les attentats à la bombe et les débats sur comment endiguer l’extrémisme islamiste commencent à nous rappeler les violentes disputes dans la société algérienne pendant le pic de violence des années 1990. Ces contacts sont d’accords que bien que les années 1990 ont montré que la plupart des Algériens peuvent supporter une douleur très grande, les attentats à la bombe du 11 décembre ont mis à nu le manque de vision et de compétence du régime à gérer ces pressions. Nous commençons à entendre des échos d’un débat à l’intérieur de quelques cercles de l’établissement militaire d’un débat de plus en plus clivé sur la réconciliation nationale qui a débouché sur la question de la viabilité du gouvernement de Bouteflika lui-même.
Selon nos contacts, la stabilité reste la première priorité même parmi les officiels de bords opposés sur ce débat, bien qu’ils voient la stabilité ne réside pas dans la capacité de Bouteflika à diriger le pays mais dans un appareil militaire qui semble réaliser que leur en incombe la responsabilité de maintenir le régime. Le nouvel élément est l’insistance du premier ministre Belkhadem et de l’appareil du FLN, probablement sous l’impulsion des frères de Bouteflika si ce n’est la président Bouteflika lui même, de convenir d’un amendement constitutionnel et d’un troisième mandat. Sadi, un médecin, a dit que Bouteflika et l’Algérie elle-même étaient dans une situation critique et qu’ils dépérissaient. Selon Sadi (qui pourrait ou ne pourrait pas savoir), Bouteflika est en phase terminale d’un cancer de l’estomac, et le régime ment sur la table d’opération, s’avançant peu à peu vers un point de non retour se comportant comme des «chirurgiens non entrainés». En attendant, le gouvernement semble incapable de redynamiser l’économie stagnante et les Algériens, en particulier les jeunes, qui sont moroses et sans espoir sur le destin de leur pays à la dérive pour cette nouvelle année.

FORD