Articles Tagués ‘Charles Rivkin’

Les protagonistes:

  • L’ambassadeur Américain Charles Rivkin, nommé par le président des Etats-Unis, Barack Obama le 01/06/2009.
  • Patrick Maisonnave, directeur des affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement du ministère des affaires étrangères français.
  • Des « officiels français » non cités par l’ambassadeur.

Quatre sujets sont traités dans ce communiqué:

  • La révision du Traité de Non Prolifération (TNP) qui vise à réduire le risque que l’arme nucléaire se répande dans le monde. A lire sur le sujet, le compte rendu du débat organisé par la fondation respublica sur le bilan de la conférence de révision du TNP qui résume bien les positions de la France sur le sujet notamment  l’attachement à sa dissuasion nucléaire. Vous pouvez aussi consulter le câble 09PARIS1355 sur les préoccupations des officiels français sur le désarmement nucléaire.
  • La paix au Moyen-Orient: Les présidents français et égyptiens, Nicolas Sakozy et Hosni Moubarak, qui coprésident l’Union Pour la Méditerranée (UPM) essaient de relancer l’organisation au point mort depuis l’offensive Israélienne à Gaza en janvier 2009. « Sarkozy accueille Moubarak à Paris pour relancer l’UPM », France 24, 21/07/2010
  • La sécurité européenne, en particulier les relations OTAN-Russie. « Une méfiance persistante à l’égard de l’OTAN », extrait d’un rapport du sénat français sur  La Russie et ses relations extérieures de la Russie depuis la réélection de Vladimir Poutine à la présidence du pays.
  • Le projet de défense anti-missile américain en Europe, en négociation en 2009 et entériné fin 2010. A lire: le retour de la défense antimissile, lefigaro.fr,28/03/2010, qui résume bien les enjeux de la défense antimissile et les réticences de la France sur le projet à l’époque.

N° de référence Créé le Publié le Classification Origine
09PARIS1767 2009-12-31 12:12 2010-12-23 21:09 CONFIDENTIAL//Américains seulement Ambassade de Paris

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POUR LA SECRETAIRE CLINTON DE LA PART DE L’AMBASSADEUR RIVKIN

E.O. 12958: DECL: 12/31/2019
TAGS: PREL PGOV MARR PARM FR
SUJET: DIVERGENCES AVEC LA FRANCE SUR LES PROBLEMES POLITIQUES A VENIR ET LES RECOMMANDATIONS SUR LA VOIE A SUIVRE
Classifié Par: Ambassadeur Charles Rivkin, pour les raisons 1.4(b) and (d).

1. (C/NF) RESUME ET COMMENTAIRE : Nos relations actuelles avec la France se portent si bien que l’opinion communément admise soutient qu’il n’y a pas de différence significative dans les politiques étrangères de nos deux pays. Bien que ce soit vrai que les relations [entre la France et les Etats-Unis] connaissent une apogée historique, ce n’est pas vrai que nos objectifs et nos approches sont identiques sur les problèmes majeurs. Les Evènements à venir en 2010 feront parvenir au premier plan quelques divergences dans nos relations avec la France – Principalement dans nos approches sur les issues multilérales telle que le contrôle des armes, la sécurité européenne, et le Moyen-Orient. Ces différences représenteront des épreuves [à traverser], et elles risquent de provoquer des remous de dernière minute dans nos relations bilatérales si nous ne n’y attelons pas assez tôt dans notre planning. Quelques enjeux ont des échéances, comme la conférence d’examen du TNP, le sommet sur la sécurité nucléaire mondiale, à venir en mai 2010 [NPT RevCon, le sommet s’est tenu du 3 au 28 mai à New York et a abouti sur un rappel des principes du TNP et une conférence pour le désarmement du Moyen-Orient qui se tiendra en 2012) et le sommet de l’OTAN à Lisbonne l’automne prochain. L’Afghanistan, qui est traitée dans un autre rapport, pourrait aussitomber dans cette catégorie, depuis que la décision française dépendra en partie de l’issu de la conférence de Londres en Janvier. D’autres divergences viennent des différences tactiques sur des objectifs partagés (en particulier la prédilection du président français a proposé des sommets de haute importance sur tout et n’importe quoi allant de la paix au Moyen-Orient à la sécurité européenne). Le plus difficile à gérer, ce seront ces domaines dont Paris croit qu’ils pourraient potentiellement avoir un conséquences sur ses valeurs fondamentales, telle que la politique de dissuasion. Dans de telles situations, les Français feront preuve du moins de flexibilité possible. FIN DU RESUME ET DU COMMENTAIRE

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NON-PROLIFERATION ET DESARMEMENT
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2. (C/NF) BACKGROUND: Les Etats-Unis et la France sont en accord sur leurs buts pour le congrès de révision du Traité de Non-Prolifération (NPT RevCon). Cependant, ces débats représenteront quelques uns de nos plus gros défis. La France peut agir – et a – comme un «multiplicateur de force» pour les Etats-Unis avec des partenaires européens plus passifs sur les questions de non-prolifération allant de l’Iran au renforcement des efforts de contre-prolifération de l’ONU. Cependant, l’arrivée du NPT RevCon pose un délai concret aux Etats-Unis et à la France pour traiter leurs différences présentes sur le désarmement nucléaire. La France défend que la focalisation américaine sur le désarmement à la RevCon ouvrirait la porte aux nations non-alignées pour faire de la conférence un référendum sur le désarmement en cours par les P3 [Acronyme désignant les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni]. Ces nations conditionneraient ainsi leur engagement dans des actes concrets de non-prolifération par le désarmement des Etats-Unis, ou plus inquiétant du point de vue de Paris, des efforts comparables de désarmement et de transparence de la France.
Comme la France a déjà fait des efforts significatifs de désarmement et a un arsenal nettement plus petit que celui des Etats-Unis, les officiels français nous ont dit que des réductions supplémentaires affaibliraient les capacités de dissuasion nucléaire de la France. Par conséquent, la France veut se consacrer autant que possible à la non-prolifération à la NPT RevCon et dans l’idéal, éviter toute discussion d’importance sur le désarmement.

– FLEXIBILITE FRANÇAISE POTENTIELLE: faible en politique, mais moyenne sur les tactiques. La position du gouvernement français sur le désarmement reflète l’obsession nationale française vis à vis de sa dissuasion nucléaire. Les officiels français n’hésitent pas à qualifier leur engagement pour maintenir leur dissuasion indépendante de «psychologique». Cela ne s’applique pas seulement à la capacité elle même mais au concept même de dissuasion. Les Français disent souvent qu’ils se préoccupent que l’appel des Etats-Unis à un «monde sans arme nucléaire» contribue à délégitimer les armes nucléaires comme un élément de stratégie. Cependant, les Français comprennent que les Etats-Unis soient aussi engagés pour maintenir leur force de dissuasion nucléaire aussi longtemps que nécessaire. Bien que les Français peuvent probablement s’adapter à nos différences sur les objectifs finaux de désarmement, ils sont plus inquiétés par les arguments que nous [les Etats-Unis] pourrions faire pour atteindre notre but partagé de non-prolifération à la RevCon. Les officiels français ont explicitement menacé de «faire obstruction» ou de «mettre (les Etats-Unis) dans une situation difficile» si ils sentent que leur lignes rouges de désarmement sont menacées par les positions américaines.

– VOIE A SUIVRE : Maximiser la coopération et minimiser le risque d’une obstruction de la part de la France dans les négociations au conseil de sécurité [désigné par l’acronyme «P5» dans le texte original] ou à la RevCon elle même, cela pourrait peut être valoir le coup de clarifier notre «rhétorique des lignes rouges» ainsi que notre politique de lignes-rouges. Si c’est vital à notre stratégie menée à la RevCon de souligner notre objectif d’un «monde sans arme nucléaire», de mettre l’accent sur le lien entre le désarmement des 5 membres du conseil de sécurité et des mesures plus strictes de non-prolifération sous le TNP, ou de réclamer des efforts plus poussés de désarmement à d’autres États dotés de l’arme nucléaire, nous devrions clairement nous en expliquer avant auprès des Français. Ils n’aimeront pas ça, mais leur annoncer à l’avance pourrait au moins éviter des réactions disproportionnées de dernière minute qui pourrait menacer l’unité des P3 sur nos buts partagés à la RevCon.

– DATE BUTOIR: Bientôt. La RevCon aura lieu en mai 2010. Atteindre un modus vivendi avec la France sur les tactiques de désarmement à la RevCon est cruciale pour assurer le succès des consultations à venir du conseil de sécurité de l’ONU et rallier pays non-alignés.

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PAIX AU MOYEN-ORIENT
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3. (C/NF) CONTEXTE: La France, incluant le président Sarkozy lui même, veut être un acteur incontournable dans la paix au Moyen-Orient, et les officiels français sont continuellement frustrés par le peu de progrès visible sur ce problème qui a a des conséquences sur les intérêts nationaux français et l’état du monde. Le profond intérêt de Sarkozy est aussi évident dans son rééquilibrage du rôle de la France en tissant des liens proximité avec Israël et dans ses tentatives de marginaliser des experts reconnus du Moyen-Orient (dans le ministère des affaires étrangères et ailleurs) qui ne ne répondent pas favorablement à ses appels pour une politique active orientée vers de nouvelles directions. Sarkozy est préparé à soutenir les efforts des États-Unis, mais il s’accroche à l’idée d’un sommet sur le Moyen-Orient comme solution pour relancer les pourparlers. Pour rendre plus légitime son initiative, il a essayé de s’associer avec l’Egypte, en tant que coprésident de l’Union pour Méditerranée (UPM) [NDLR: les présidents français, Nicolas Sarkozy, et Egyptien, Hosni Moubarak, sont coprésidents de l’UPM], mais il n’est attaché à aucun format particulier. Par exemple, les contacts du ministre français des affaires étrangères commencent à émettre des idées d’un mini-sommet, animé par le quartet [NDLR: groupe formé par 4 pays et organisations internationales (l’ONU, l’UE, la Russie et les Etats-Unis) pour la paix au Moyen-Orient] ou un autre groupe, pour obtenir le même résultat, et la France, d’après certaines informations, a concilié cette initiative avec les désires de la Russie, ratifié par le conseil de sécurité de l’ONU, d’accueillir une conférence.

– FLEXIBILITE FRANÇAISE POTENTIELLE: Haute, mais à un coût. Puisque la participation des États-Unis à n’importe quel sommet serait une condition nécessaire, la France a une faible marge de manœuvre sans la bénédiction du gouvernement américain. Cependant, étant donné l’intérêt personnel de Sarkozy, la réticence constante des Etats-Unis pourrait devenir une irritation croissante pour le gouvernement français.

-LA VOIE A SUIVRE: Notre stratégie actuelle pour répondre à la demande de renseignements des Français est de noter les requis préalables à un dialogue réussi. Si le gouvernement américain ne croit pas qu’il ne soit pas le bon moment pour organiser une sommet, nous pourrions trouver ça utile pour fournir un cadre plus définitif de référence à nos interlocuteurs français comme un calendrier potentiel ou des conditions préalables à un sommet. Aussi longtemps que Sarkozy a l’espoir qu’un sommet pourrait être possible, toute chose moins spécifique a peu de chances de refroidir son enthousiasme ou ses efforts et de contribuer à susciter des attentes qui pourrait nuire à nos efforts.

– DATE BUTOIR: A Venir. Sarkozy continuera de chercher des opportunités pour présenter ses idées à nous et à d’autres, particulièrement dans un contexte de sommets internationaux.

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SÉCURITÉ EUROPÉENNE
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4. (C/NF) CONTEXTE : La France pousse à une discussion à haut niveau sur la sécurité européenne depuis que Sarkozy a surpris les alliés en Octobre 2008 en proposant publiquement un sommet pour traiter la proposition de Medvedev d’un nouveau traité de sécurité européenne. Le but de la France est double: engager la Russie et casser le blocage sur les litiges insolubles comme le traité des forces conventionnels en Europe (FCE) [traité de désarmement signé par les ex-membres du traité de Varsovie et l’OTAN le 19 décembre 1990, suspendu par la Russie en 2007]. Bien que nous avons réussi en juin à anchré cette discussion dans le processus de Corfou de l’OSCE [NLDR: réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’OSCE et des représentants de l’OTAN, de l’UE, de l’Organisation du traité de sécurité collective et de la CEI sur l’île de Corfou organisée en juin 2009 afin de traiter des différents défis de que pose la sécurité du continent européen], les manoeuvres de la Russe pour semer la discorde et le haut-degré d’impatience de la France vont probablement continuer à faire mijoter ce problème dans un avenir proche. L’élan dans Paris vient du plus haut niveau; c’est le président Sarkozy lui même qui croit que n’importe quelle non-réponse des alliés aux propositions russes laisse la balle dans notre cour. Les officiels français admettent qu’ils étaient surpris par le texte d’avant-projet que la Russie fait circuler, mais ils continuent de souligner qu’une réponse des alliés est nécessaire. De plus, Sarkozy, d’après certaines informations, est très agacé par la lenteur du processus de Corfou et est déjà en train de charger son staff de monter des projets alternatifs pour faire progresser le sujet – y compris son idée original d’un sommet de l’OSCE en 2010. Les officiels du gouvernement français craignent que sans une date butoir ou un but concret, le processus de Corfu perdra son élan et nous aurons perdu «une année» en 2010. Tout idique qu’il y n’a rien que Sarkozy abhorre de plus que ce qu’il perçoit comme un vide. Sur le CFE, les officiels français réclament de plus en plus bruyamment que nous devons réengager dans les prochaines étapes du processus une fois que les négociations du traité START [«traité de réduction des armes stratégiques» visant à réduire la totalité des arsenaux nucléaires des des Etats-Unis et de la Russie hérités de la guerre froide] et que nous manifestons une volonté de séparer le CFE des accomplissements par la Russie de ses engagements à Istanbul [NDLR: La Russie s’était engagée à évacuer ses troupes de Moldavie et de Géorgie au sommet de l’OSCE à Istanbul en 1999]. De plus, le directeur des affaires stratégiques du ministère des affaires étrangères, Patrick Maisonnave a déclaré récemment que Paris [nous] incluant la dimension humaine dans nos discussions de sécurité élargies, mais cela ne devrait pas être utilisé pour faire cesser entièrement l’avancement des négociations, «les droits de l’Homme ne sont pas au cœur des questions de sécurité», a indiqué Maisonnave. Post [non traduit] comprends des contacts de la présidence que Paris est en train de préparer un document non officiel pour soutenir une fois encore que la date butoir d’un sommet créerait le stimulus nécessaire pour faire des progrès sur les litiges comme la CFE ou le Haut-Karabakh [région de l’Azerbaïdjan occupée militairement par l’Arménie]

– FLEXIBILITE FRANÇAISE POTENTIELLE : Moyenne. Une forte opposition des Etats-Unis et des alliés à l’idée français pourrait ne pas chasser cette idée, elle pourrait même encourager les Français à modifier leurs plans d’engagement en quelque chose de plus acceptable.

-VOIE A SUIVRE : Pour maximiser les chances d’obtenir une coopération constructive, post recommande de commencer un dialogue régulier avec les Français sur les problèmes globaux de la sécurité européenne, utilisant les discussions politico-militaires «2+2» actuellement prévues pour le 20 janvier à Washington comme une bonne étape. L’influence et les actions allemandes peuvent aussi jouer un grand rôle en canalisant l’activité française, donc un suivi additionnel dans un format quadruple pourrait être mieux reconsidéré. Finalement, nous pourrions vouloir songer à prendre une page du manuel français et suggérer une proposition alternative qui pourrait inclure une date butoir pour les progrès à obtenir – cela pourrait être une conférence de faible importance, la formation d’un groupe de travail, ou un autre événement. Cela pourrait donner à Paris ce qu’il réclame, canaliser un peu de l’énergie française et nous permettre d’avancer de manière sélective sur les questions que
nous estimons suffisamment avancées, sans imposer un débat préliminaire élargi au plus haut niveau.

– DATE BUTOIR: A venir. Nous pouvons attendre que cela soit un débat continu en 2010 vu l’intérêt du président franças, même si peu d’alliés le suivent.

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DÉFENSE ANTI-MISSILE
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5. (C/NF) CONTEXTE : Jusqu’à présent, la France s’est donné du mal pour appuyer les efforts américains pour mettre un place un bouclier antimissiles en Europe, y compris en acceptant de tenir un langage positif à la déclaration du sommet de l’OTAN à Strasbourg en 2009 ainsi que dans un communiqué émis à la rencontre inter-ministérielle de l’OTAN. Cependant, les officiels français nous ont prévu que «le diable est dans les détails» et nous pourrons difficilement obtenir un accord au sommet de l’OTAN en 2010 à Lisbonne en l’absence d’une plus grande clarté du projet américain, et plus particulièrement, de ce que le fonds commun de l’OTAN doit verser. Maisonnave nous a fait remarqué que la manière dont notre «approche graduelle adaptative» (AAG) [NDLR: la «Phase Adaptative Approach (PAA)» est la nouvelle stratégie de défense antimissile d’Obama qui privilégie une défense anti-missile maritime à un bouclier terrestre prévu initialement par l’Administration Bush] interagirait avec l’ALTMBD ( Active Layered Theatre Ballistic Missile Defense) ainsi que les modifications et les coûts concomitants exigés sont encore flous. Ce qui est encore plus important pour les Français est l’impact que la défense antimissile (DA) aura sur leur capacité de dissuasion nucléaire. L’impact de la DA sur la dissuasion française pourrait être une simple cause à effet – si d’autres pays développent plus de missiles stratégiques en raison de l’installation par l’OTAN d’un système de DA, cela pourrait remettre en question les capacités de dissuasion françaises. Cependant,
les désaccords potentiels sur la DA peuvent être beaucoup plus profonds, comme quand la France a récemment rechigné à appeler la DA une «mission de l’OTAN» dans le communiqué interministériel de l’organisation publié en décembre, [NDLR:l’approche adaptative graduelle (AAG) a été approuvée par l’OTAN le 9/12/2009 soit 22 jours avant le communiqué], qui sonna aux oreilles des Français comme une remise en question du but premier de l’OTAN avec de possibles conséquences sur la politique de dissuasion française. Les officiels français concèdent que la DA pourrait être complémentaire avec leur dissuasion, mais ils mettent l’accent sur le fait que ça ne deviendra jamais un substitut de cet élément central de la défense française [qu’est la dissuasion nucléaire].

– FLEXIBILITE FRANÇAISE POTENTIELLE: Haute. Les officiels du gouvernement français sont francs en affirmant que la réticence français est lié au financement plutôt qu’à une volonté politique, et dans une ère de restrictions financières et de déficits publics croissant, la question financière n’est pas négligeable. Cependant, la France est pleinement préparée à travailler avec nous sur la défense antimissile aussi longtemps que nous sommes conscients de leurs lignes rouges sur la dissuasion nucléaire et que nous les consultons pleinement sur les coûts et les paramètres techniques du système que nous proposons.

– VOIE A SUIVRE : Le plus vite nous serons capable de partager de plus concrètes informations avec les Français et nos partenaires de l’OTAN, le plus de temps nous aurons pour préparer notre plaidoirie pour expliquer pourquoi la défense antimissile territoriale est essentielle à l’OTAN et comment nous pouvons faire marcher l’AAG avec l’ALTBMD pour le mettre en application. Les Français espèrent que tôt dans la nouvelle année nous serons capables de fournir plus d’informations techniques à propos de ce que les Etats-Unis envisagent donc il faut que les discussions puissent démarrer au plus tôt à propos de ce que les Alliés se verront demander comme contribution à payer ou participation.

DATE BUTOIR : La première partie de l’année 2010. Le plus nous pouvons faire pour fournir tôt des informations concrètes, le moins de chance nous aurons d’avoir des désaccords dans la période qui précède le sommet de Lisbonne en novembre 2010 [Les chefs d’Etat de l’OTAN ont entériné le projet de défense antimissile à Lisbonne].

RIVKIN

NOTE:  Il s’agit d’une traduction sommaire.  N’hésitez pas à apporter des correctifs dans vos commentaires

pour améliorer cette traduction.

Les protagonistes:

  • Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie du 18/06/2007 au 13/11/2010 et président du parti radical, mouvance de l’aile gauche de l’UMP (Union pour un Mouvement Populaire).
  • Charles Rivkin: ambassadeur des Etats-Unis en France, nommé par le président des Etats-Unis, Barack Obama le 01/06/2009
N° de référence créé publié Classification Origine
10PARIS183 2010-02-17 11:11 2010-12-10 21:09 CONFIDENTIEL Ambassade de Paris

VZCZCXRO5558
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E.O. 19528: DECL: 12/03/2019
TAGS: SENV KGHG ENRG FR
SUJET: Changement climatique – BORLOO dit qu’il faut abandonner l’idée d’un traité contraignant
REF:09 Paris 1635
Classifié par Amb. Charles H. Rivkin pour les Raisons 1.5 (b)(d)
Résumé
1. (C) Le ministre Français de l’environnement Jean-Louis Borloo a raconté à l’ambassadeur que la clé
pour avancer dans les négociations sur la lutte contre le réchauffement climatique est
d’abandonner l’idée de contrainte juridique préférant un système qui repose sur des
engagements nationaux. Il a aussi soutenu que ce serait possible pour un groupe de huit ou dix chefs
d’Etat, et leurs sherpas, de négocier une application de l’accord de Copenhague. Borloo a attribué
l’obession européenne des traités juridiquement contraignants à son histoire
et son expérience de l’après-guerre en créant l’Union Européenne par un transfert progressif
de la souveraineté au moyen de traités. La clé pour atteindre ce type d’accord serait une action
crédible sur les droits à polluer, les forêts, et la finance en incluant des mécanismes innovateurs
de financement. L’accord de Copenhague n’était pas un échec, mais laisser les moyens devenir une
fin en soi était un piège.
Fin du résumé

2. (C) L’ambassadeur, M Rivkin, réclama au ministre d’Etat au développement durable, Jean Louis
Borloo, le 11 février d’examiner la Conférence de Copenhague et les prochaines étapes de l’accord.
Ils se sont vus pour la dernière fois la veille de la conférence (reftel). Borloo exprima de
différentes manières l’idée que la conférence de Copenhague fit fausse route à cause de son approche qui
était trop occidentale et européenne. Les puissances émergentes n’étaient pas prêtes à transférer
leur souveraineté à un traité, alors que les membres de l’UE voyaient cela comme quelque chose
d’essentiel et tout à fait normal. Borloo observa que la conférence de Copenhague a en fait posé
les termes d’un possible accord global sur la réduction des émissions par les Etats-Unis, la Chine
et l’Europe. Nous ne voudrons pas toucher à cet équilibre à la prochaine Conférence des Parties (COP)
à Cancun, a-t-il dit.

3. (C) Borloo a insisté sur le fait que les négociateurs de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations
Unies sur les changements climatiques) n’ont pas la capacité d’aboutir à un accord après des années
de négociations continues. Cela devait être maintenant le tour des chefs d’Etat des principales
puissances. Il suggéra un groupe de huit ou dix pays: l’Allemagne et la France pour l’Europe,
les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Algérie et l’Ethiopie (et éventuellement
l’Afrique du Sud).
Quand les chefs d’Etat seront d’accord sur un plan d’application des accords de Copenhague,
le reste du monde acceptera ce projet qui pourra être finalisé devant un forum des Nations Unies.
(Borloo écarta tout rôle que pouvait jouer l’Espagne à la présidence de l’UE, expliquant que
l’Espagne avait dépassé de plus de 50% les objectifs du protocole de Kyoto et qu’elle était
embourbée par sa situation économique interne. Les Nations-Unies, elles aussi, étaient incapables
de faire avancer les négociations, déclara-t-il.)

(C) Borloo a soutenu que la clé pour mettre en oeuvre « l’équilibre » révélé à Copenhague était un
arrangement qui serait volontaire mais aussi automatique dans son application et qui inclurait les
droits à polluer (avec des marchés du carbone communs), une politique de reboisement (REDD Plus,
programme collaboratif de l’ONU de réduction des émissions liés à la déforestation et à la
dégradation des forêts dans les pays émergents) et le financement qui reposerait sur des mesures
novatrices et un mécanisme « fast start ». Il a commenté le fait que la Chine serait d’accord pour un
tel système de loin préférable à une taxe carbone au frontière ou à des mesures douanières
européennes ou américaines.

(C) Borloo pensait que l’adhésion à l’accord de Copenhague serait plus qu’adéquat à imposer son
approbation, et il espérait que la plus part de l’Afrique et trois quart des Etats insulaires
signent. Il a relayé que la France continue de préconiser l’adhésion [au traité] et il a dit
qu’il voyageait et rencontrait personnellement ses homologues de pays clefs, incluant la Chine et
l’Inde.

6. (C) COMMENTAIRE: Borloo a exprimé une vue stratégique des négociations qui a changé de manière
significative. Nous notons tout particulièrement qu’il estime qu’un instrument juridique
contraignant est non seulement inutile mais impossible à mettre en œuvre. Il a aussi souligné
qu’à la différence de quelques Européens, les Français comprenaient la position du gouvernement
américain et n’ont pas été critiques vis à vis des États-Unis à Copenhague. En réalité, dit-il,
le succès de l’accord de Copenhague pour le gouvernement américain résulte de l’engagement direct
du président Obama.
FIN DU COMMENTAIRE

7. (U) Borloo a aussi passé une lettre qu’il a écrite, au nom du peuple français, au secrétaire de
l’énergie, Steven Chu, exprimant ses condoléances pour les vies humaines perdues dans l’accident de
la centrale électrique à gaz de Middletown dans le Connecticut, et exprimant son souhait que les
gens blessés dans l’accident se remettront rapidement. L’ambassade a faxé la lettre au département
de l’énergie.

RIVKIN