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Comme la grande partie des câbles publiées, la communication 10PARIS183: n’apporte pas de révélations cruciales. Borloo manifestait déjà son scepticisme vis à vis du succès d’un accord contraignant:

 »Jusqu’à présent, nous étions dans un système, le protocole de Kyoto, qui était certes une grande avancée, une mise en marche du monde, mais seule l’Europe était réellement engagée, alors qu’elle représente 17 % des émissions mondiales des gaz à effet de serre. Et encore, les engagements européens ont été honorés parce qu’il y a eu des modifications des mix énergétiques des pays de l’Est, expliquait Jean-Louis Borloo, devant les Commissions des Affaires économiques et du Développement durable de l’Assemblée nationale le 27 janvier. L’enjeu du post Kyoto était d’accrocher les 80 % d’émetteurs de GES restants. L’idée que le type d’accord contraignant européen pouvait être imposé au reste du monde était un non sens. Si le 31 janvier, le reste du monde adresse à l’ONU ses plans de réduction et ses engagements, Copenhague sera une réussite ». Le ministre d’État ne doute pas quant au respect de cette échéance qui, dans les objectifs, suivra  »la feuille de route de Bali ».

M. Borloo rencontra l’ambassadeur des États-Unis, M. Rikvin, vers le 17/02, date où a été envoyée la communication au secrétariat d’État. Le ministre de l’environnement de l’époque n’a pas changé d’avis après son entretien avec l’ambassadeur des États-Unis. Cependant, la déclaration à l’assemblée nationale a été faite après le sommet de Copenhague qui s’est tenu en décembre 2009. Audrey Garric, journaliste du monde, soutient que c’est une position très éloignée de ce qu’il prônait ouvertement avant le congrès en s’appuyant sur un entretien donné au nouvel observateur le 21 novembre, 16 jours avant l’ouverture du sommet de Copenhague. La lecture de l’interview appelle à être prudent:

Nouvel Observateur : Faut-il impérativement un traité  à  la sortie de Copenhague pour graver ces engagements dans le marbre ?

Jean-louis Borloo : Vous savez, les traités à ce niveau, c’est généralement quand on est en guerre et qu’on fait la paix. Ce qui n’est pas le cas. Et puis les traités, dits contraignants, ne garantissent pas la réussite. Il n’est qu’à voir Kyoto. Autant je pense que les signataires de Kyoto doivent se réengager. Autant il me semble que des engagements fermes et chiffrés des nations présentes à Copenhague seraient déjà à la hauteur de l’attente. Ensuite on met des contrôles à posteriori et un monitoring de vérifications. Il serait aussi souhaitable qu’on se mette d’accord pour une Agence Mondiale de l’environnement du type de l’OMC pour fixer  les règles et suivre leurs applications. Dés lors que les objectifs sont chiffrés et qu’un fonds de développement est créé pour les pays les plus vulnérables sur la production d’électricité propre et pour  la lutte contre la déforestation et le traitement des risques, tout est possible.

La position de M. Borloo était pour le moins ambigüe. Il ne se prononçait pas ouvertement pour un traité contraignant mais n’était pas défavorable à des contrôles et des vérifications.
On note que deux propositions sont mises en avant:

    • la lutte contre la déforestation et reboisement (à travers le programme de l’ONU, REDD+)
    • la mise en place d’un fonds «vert» destiné à financer le développement durable des pays moins favorisés (appelé programme «fast-start»)

Ces deux mesures faisaient parties du plan «justice-climat» exposé le 31/10/2009 au Journal du Dimanche par M. Borloo. Néanmoins, aucune référence au financement du projet n’est faite dans le câble alors que le plan initial prévoyait un prélèvement sur les flux financiers à hauteur de 0,01% (appelé aussi taxe Tobin).

On constate un double langage tenu par M. Borloo à l’époque, ce qui n’a strictement rien de surprenant dans le monde de la politique. Dans, le câble, l’ambassadeur des États-Unis écrit:

Il a aussi souligné qu’à la différence de quelques Européens, les Français comprenaient la position du gouvernement américain et n’ont pas été critiques vis à vis des États-Unis à Copenhague. En réalité, dit-il, le succès de l’accord de Copenhague pour le gouvernement américain résulte de l’engagement direct du président Obama.

Cette position de l’ancien ministre de l’environnement est surprenante quand on sait que ce dernier s’est montré très critique vis à vis de l’administration Obama. En mai 2009, il avait jugé «insuffisants» les projets américains de réduction des émissions de gaz à effet de serre. On pouvait lire à l’époque dans france-soir:

Pour Jean-Louis Borloo, il est donc «inconcevable» que la première puissance mondiale, qui émet deux fois plus de GES que l’UE, ne fasse pas au moins autant d’efforts que l’Europe, même s’il est possible d’envisager un délai de trois ou quatre ans aux Etats-Unis, qui «reviennent de loin».

Le 7 décembre, jour d’ouverture du sommet de Copenhague, M. Borloo tenait à l’express des propos qui allaient dans le même sens en déclarant «Obama doit nous emboîter le pas». Le 21 décembre, trois jours après la fin de la conférence, le ministre déclarait ouvertement sa déception vis à vis du gouvernement américain dans une interview à RMC:

La grande déception, ce sont les Etats-Unis! En gros, un américain émet 4 fois plus de gaz à effet de serre qu’un Français… et l’engagement américain c’est sept fois moins que les Français et cinq fois moins que les européens en général. La vraie difficulté, c’est le blocage du congrès américain qui empêche Obama d’aller plus loin.

En public, M. Borloo condamne les États-Unis mais n’hésite pas en privé à manifester toute sa sympathie face à leur ambassadeur.

Il n’est pas étonnant que celui-ci parle de «vue stratégique des négociations qui a changé de manière significative». Une question nous vient alors à l’esprit, ce double langage avait-il été remarqué lors de la négociation des accords de Copenhague?

La réponse est oui. Le lendemain de l’ouverture de la conférence de Copenhague, le blogger Florent Baarsch, qui suivait la conférence pour le compte de la Global Coalition for Climate action, écrivait un article intitulé: «La France joue-t-elle double jeu dans les négociations sur le climat ?» L’aide aux pays en développement constituait un pilier du plan «justice-climat» or la France a rechigné pendant le sommet a abondé des fonds supplémentaires au projet de fonds d’aide au développement durable. Florent Baarsch concluait ainsi son billet avec une pointe d’amertume:

Il est donc assez surprenant de comparer les discours prononcés publiquement par le président Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo le ministre de l’environnement par rapport à l’aide à apporter aux pays souffrants des conséquences des changements climatiques et la position réellement négociée au sein de l’Union.

La France a présenté le Plan Justice Climat, pour remettre de la justice et de l’éthique dans les négociations actuelles. Espérons que ce ne sont pas vains mots. Ainsi, il ne reste plus qu’un seul jour pour que la France permette aux pays du Sud de ne pas avoir à choisir entre la construction d’une école et la construction d’une digue, à choisir entre la vie et la survie.

En conclusion, nous notons effectivement le double langage tenu par M.Borloo. Face aux médias, il n’hésitait pas à se poser en défenseur de l’écologie et de la justice sociale, pourfendeur de la cupidité des Américains qui ne voulaient rien céder.

L’attitude face au représentant de la première puissance mondiale est tout autre, il se montre beaucoup plus conciliant.

Néanmoins, il existe des projets concrets de l’ONU pour endiguer le réchauffement climatique. Des initiatives comme REDD+ (lire la très bonne présentation de l’IUCN) émergent parallèlement aux différentes conférences des parties (COP). REDD+ a pour but de lutter contre la déforestation et de mener une politique de reboisement en associant les populations indigènes. Le programme fast-start qui finance le développement durable des pays moins favorisés se met lui aussi en place (consultez le site web ici). La bonne mise en œuvre de ces projets dépend des accords signés aux COP et il est donc indispensable que nos dirigeants se comportent de manière transparente et honnête pour qu’un réel développement durable et juste puisse voir le jour.

Sources:
Copenhague J-16. Jean Louis Borloo :  » Il n’y aura pas d’accord à Copenhague sans la signature de la France », nouvelobs, 21/11/09
Après-Copenhague : Jean-Louis Borloo reste très confiant, actu-environnement.com, 27/01/2010
Environnement – Jean-Louis Borloo réclame davantage à Obama, france-soir, 26/05/2009
Jean-Louis Borloo: « Obama doit nous emboîter le pas », l’express, 7/12/2009
Borloo : « Les Etats-Unis… La grande déception ! », rmc.fr, 21/12/2009

Pour en savoir plus sur les tractations et marchandages autour du sommet de Copenhague:
WikiLeaks : faux espoirs et vrai désarroi au sommet de Copenhague sur le climat, le monde, 10/12/10

NOTE:  Il s’agit d’une traduction sommaire.  N’hésitez pas à apporter des correctifs dans vos commentaires

pour améliorer cette traduction.

Les protagonistes:

  • Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie du 18/06/2007 au 13/11/2010 et président du parti radical, mouvance de l’aile gauche de l’UMP (Union pour un Mouvement Populaire).
  • Charles Rivkin: ambassadeur des Etats-Unis en France, nommé par le président des Etats-Unis, Barack Obama le 01/06/2009
N° de référence créé publié Classification Origine
10PARIS183 2010-02-17 11:11 2010-12-10 21:09 CONFIDENTIEL Ambassade de Paris

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SUJET: Changement climatique – BORLOO dit qu’il faut abandonner l’idée d’un traité contraignant
REF:09 Paris 1635
Classifié par Amb. Charles H. Rivkin pour les Raisons 1.5 (b)(d)
Résumé
1. (C) Le ministre Français de l’environnement Jean-Louis Borloo a raconté à l’ambassadeur que la clé
pour avancer dans les négociations sur la lutte contre le réchauffement climatique est
d’abandonner l’idée de contrainte juridique préférant un système qui repose sur des
engagements nationaux. Il a aussi soutenu que ce serait possible pour un groupe de huit ou dix chefs
d’Etat, et leurs sherpas, de négocier une application de l’accord de Copenhague. Borloo a attribué
l’obession européenne des traités juridiquement contraignants à son histoire
et son expérience de l’après-guerre en créant l’Union Européenne par un transfert progressif
de la souveraineté au moyen de traités. La clé pour atteindre ce type d’accord serait une action
crédible sur les droits à polluer, les forêts, et la finance en incluant des mécanismes innovateurs
de financement. L’accord de Copenhague n’était pas un échec, mais laisser les moyens devenir une
fin en soi était un piège.
Fin du résumé

2. (C) L’ambassadeur, M Rivkin, réclama au ministre d’Etat au développement durable, Jean Louis
Borloo, le 11 février d’examiner la Conférence de Copenhague et les prochaines étapes de l’accord.
Ils se sont vus pour la dernière fois la veille de la conférence (reftel). Borloo exprima de
différentes manières l’idée que la conférence de Copenhague fit fausse route à cause de son approche qui
était trop occidentale et européenne. Les puissances émergentes n’étaient pas prêtes à transférer
leur souveraineté à un traité, alors que les membres de l’UE voyaient cela comme quelque chose
d’essentiel et tout à fait normal. Borloo observa que la conférence de Copenhague a en fait posé
les termes d’un possible accord global sur la réduction des émissions par les Etats-Unis, la Chine
et l’Europe. Nous ne voudrons pas toucher à cet équilibre à la prochaine Conférence des Parties (COP)
à Cancun, a-t-il dit.

3. (C) Borloo a insisté sur le fait que les négociateurs de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations
Unies sur les changements climatiques) n’ont pas la capacité d’aboutir à un accord après des années
de négociations continues. Cela devait être maintenant le tour des chefs d’Etat des principales
puissances. Il suggéra un groupe de huit ou dix pays: l’Allemagne et la France pour l’Europe,
les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Algérie et l’Ethiopie (et éventuellement
l’Afrique du Sud).
Quand les chefs d’Etat seront d’accord sur un plan d’application des accords de Copenhague,
le reste du monde acceptera ce projet qui pourra être finalisé devant un forum des Nations Unies.
(Borloo écarta tout rôle que pouvait jouer l’Espagne à la présidence de l’UE, expliquant que
l’Espagne avait dépassé de plus de 50% les objectifs du protocole de Kyoto et qu’elle était
embourbée par sa situation économique interne. Les Nations-Unies, elles aussi, étaient incapables
de faire avancer les négociations, déclara-t-il.)

(C) Borloo a soutenu que la clé pour mettre en oeuvre « l’équilibre » révélé à Copenhague était un
arrangement qui serait volontaire mais aussi automatique dans son application et qui inclurait les
droits à polluer (avec des marchés du carbone communs), une politique de reboisement (REDD Plus,
programme collaboratif de l’ONU de réduction des émissions liés à la déforestation et à la
dégradation des forêts dans les pays émergents) et le financement qui reposerait sur des mesures
novatrices et un mécanisme « fast start ». Il a commenté le fait que la Chine serait d’accord pour un
tel système de loin préférable à une taxe carbone au frontière ou à des mesures douanières
européennes ou américaines.

(C) Borloo pensait que l’adhésion à l’accord de Copenhague serait plus qu’adéquat à imposer son
approbation, et il espérait que la plus part de l’Afrique et trois quart des Etats insulaires
signent. Il a relayé que la France continue de préconiser l’adhésion [au traité] et il a dit
qu’il voyageait et rencontrait personnellement ses homologues de pays clefs, incluant la Chine et
l’Inde.

6. (C) COMMENTAIRE: Borloo a exprimé une vue stratégique des négociations qui a changé de manière
significative. Nous notons tout particulièrement qu’il estime qu’un instrument juridique
contraignant est non seulement inutile mais impossible à mettre en œuvre. Il a aussi souligné
qu’à la différence de quelques Européens, les Français comprenaient la position du gouvernement
américain et n’ont pas été critiques vis à vis des États-Unis à Copenhague. En réalité, dit-il,
le succès de l’accord de Copenhague pour le gouvernement américain résulte de l’engagement direct
du président Obama.
FIN DU COMMENTAIRE

7. (U) Borloo a aussi passé une lettre qu’il a écrite, au nom du peuple français, au secrétaire de
l’énergie, Steven Chu, exprimant ses condoléances pour les vies humaines perdues dans l’accident de
la centrale électrique à gaz de Middletown dans le Connecticut, et exprimant son souhait que les
gens blessés dans l’accident se remettront rapidement. L’ambassade a faxé la lettre au département
de l’énergie.

RIVKIN