Articles Tagués ‘dictature’

 Cet article a été envoyé par mail à l’operation leakspin qui a décidé de publier cet article d’opinion:
 
L’Algérie, c’est entendu, est un pays « riche ». Hydrocarbures, potentiel touristique, pêche : comment se fait-il que ce pays soit au 84è rang pour l’indice de développement humain ? Pour le taux de mortalité des moins de cinq ans ? Pourquoi parle-t-on d’un taux de chômage tournant autour de 30% quand le ministère du Travail annonce 11% ? Comment lier ces « performances » aux explications du département d’Etat américain : « parmi les principaux problèmes de droits humains [en Algérie] figurent les restrictions sur la liberté de réunion et d’association » ?
Cet article a pour objectif de donner, de manière rapide, une perspective historique sur le handicap dont souffre l’Algérie : la confiscation du pouvoir par une classe de militaires prêts à violer les droits de l’homme pour rester au sommet de la hiérarchie politique. Cette classe a intérêt à ce que l’information ne circule pas, en Algérie comme entre l’Algérie et l’extérieur, et doit entretenir l’ignorance pour survivre.
Quel est le point commun entre tous les présidents algériens depuis l’indépendance ? Tous, à l’exception de Mohamed Boudiaf (à la tête du Haut Comité d’Etat en 1992) sont des gradés de l’Armée Nationale Populaire, ex-ALN : du colonel Houari Boumediene au commandant Aziz Bouteflika. Cette catégorie de dirigeants, s’appuyant sur leur légitimité de moujahids et sur le fait que l’armée est le seul groupe à s’être structuré et renforcé pendant la guerre, est plus restreinte que le FLN. Le FLN par définition reste un front, rassemblant des sensibilités différentes, source de tensions. Mohamed Boudiaf, un des cadres dirigeants du FLN au début de la guerre d’indépendance, ministre d’Etat du gouvernement provisoire, est par exemple en désaccord avec Ben Bella dès juillet 1962, ce qui lui vaudra une condamnation à mort en 1964 et un exil jusqu’en 1992.  
Délimiter cette classe dominante, au cœur des affaires et de la vie politique an Algérie, n’est donc pas facile, mais faisable : il s’agit de quelques généraux d’état-major, placés au gouvernement, dans les instances militaires les plus puissantes. Un autre exemple : qui dirige le puissant Département du Renseignement et de la Sécurité créé en 1990 ? Un certain Mohamed Mediène. Ce général est resté très discret en politique. Selon Bakchich c’est Mediene qui  est à l’origine de la destitution et la mise sous contrôle judiciaire de Mohamed Meziane, président de la Sonatrach (120 000 salariés, 98 % des exportations algériennes, l’équivalent de 60 % des recettes budgétaires de l’Etat) en 2010. Selon Bakchich encore, « à travers le président de la Sonatrach, c’est le ministre du Pétrole, proche de Bouteflika, Chakib Khelil, qui est désormais dans le collimateur », ce qui démontre la puissance de la nébuleuse  militaire, non épargnée par les dissensions, qui dirige l’Algérie depuis 1962. D’ailleurs, Mediene n’est qu’un exemple : Bouteflika, Nezzar, sont d’autres noms à retenir si on s’intéresse au clan au pouvoir.
Toujours dans une perspective historique, la « caste » se maintenait, dans les années suivent l’indépendance, en utilisant son « aura », sa légitimité, intervenant dans tous les domaines, engrangeant les premiers fruits de l’exploitation des hydrocarbures. Le mécontentement de la population devenant trop explosif pour ce groupe privilégié, il a fallu organiser une parodie de démocratie à partir de 1988: le régime, selon Paul Balta, spécialiste de la Méditerrannée, reste en fait « présidentiel » et le président un militaire, malgré un multipartisme de façade. En parallèle, le pouvoir a été accusé de recourir à tous les moyens possibles pour se maintenir. L’entretien mal maîtrisé d’ennemis, à la fois pour obtenir le soutien de pays Occidentaux soucieux de participer à la lutte contre le terrorisme, et profiter de la guerre pour éliminer des opposants, aurait été un outil auquel Mediene aurait eu recours. Il est à ce propos inutile de rappeler le bilan des années noires, le résultat mitigé de la politique de concorde nationale et la persistance des attentats.
Entretenir l’ignorance et l’opacité est en effet, finalement, dans l’intérêt des quelques généraux aux avoirs démesurés à la tête du pays. L’opacité concernant les massacres des années 90, concernant l’attribution des marchés publics comme pour le projet de l’autoroute Est-Ouest, restreignant la liberté économique des Algériens et profitant, l’opacité sur les procédures administratives, encourageant la corruption, sur l’utilisation de la rente gazière, l’opacité sur la répression pour éviter que la contestation se répande –rappelons que les Algériens n’ont pas attendu, en Kabylie ou ailleurs pour se révolter ; profitent aux généraux.
Comment cette ignorance est-elle entretenue ? D’abord en négligeant l’éducation : un secteur en perpétuel chantier, sans moyens, comme le prouvent les grèves permanentes des professeurs. Ensuite, en étouffant le plus discrètement possibles tous les acteurs de la société civile susceptibles d’apporter une information offrant des perspectives à la population. Si l’on prend l’exemple des partis, le Département d’Etat américain note en avril 2010 que «parmi les principaux problèmes de droits humains figurent les restrictions sur la liberté de réunion et d’association, qui ont considérablement affaiblis les activités des partis politiques et la capacité des citoyens à changer le gouvernement de manière pacifique à travers des élections». Par ailleurs, il n’est pas besoin de résumer les pressions et procédés, mise en évidence dans des câbles diplomatiques, utilisés pour présenter la dernière élection comme démocratiques : fausses images, réunions préparées avec les observateurs.
Les médias traditionnels, qui se sont parfois montrés critiques, ne sont pas épargnés : toujours selon le rapport du Département d’Etat américain, « le gouvernement contrôle ainsi la plus grande source de revenus pour la plupart des journaux et utilise ce contrôle pour orienter le contenu dans la presse».
La « caste » a donc changé de stratégie depuis 1962 : des exactions menées par l’armée et coups d’états (1965), à une démarche plus discrète de domination économique et d’étouffement du jeu démocratique. La vingtaine de généraux au pouvoir est de plus en plus contrainte par une perte de légitimité auprès des plus jeunes (qui n’ont pas connu la guerre d’indépendance), une situation sociale explosive  et l’émergence de nouveaux médias. Son seul rempart : le désintérêt de toutes les opinions publiques – le ministre de la solidarité nationale annonçait 7 millions d’algériens à l’étranger en 2008 – nourri par le manque d’information et un flou volontairement maintenu. L’information libre est plus que jamais une nécessité.

La semaine dernière à Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, a été agitée. Une pluie de coups de matraques et de gazs lacrymogènes s’est abattu sur les manifestants.

photo manifestation nouakchott

Photos de manifestants fuyant la police à Nouakchott le 25 mars, selon l'auteur de la photo "la police torture tous les manifestants arrêtés"

Nous avions déjà évoqué dans un autre article les premières manifestations en Mauritanie qui ont débuté le 25 février:

Pays très instable en proie à des coups d’Etat militaires réguliers, la Mauritanie est au main de la junte militaire depuis 2008. Le général mauritanien au pouvoir, Ould Abdel Aziz, est très lié à Kadhafi qui a lui permis d’asseoir son pouvoir . La déstabilisation de Kadhafi fragilise de facto le pouvoir mauritanien qui pouvait compter sur le soutien de la Libye. La contestation en Mauritanie est partie de manifestations anti-Kadhafi dans les lycées et les campus universitaires de Mauritanie. Pour les Anglophones, vous pouvez lire une analyse plus complète sur le blog the moor next door.

Les manifestants, principalement des jeunes dont beaucoup d’étudiants, réclament le départ de la junte militaire particulièrement fragilisé par l’affaiblissement de Kadhafi. Il faut savoir que le président Ould Abdel Aziz a rendu visite à Kadhafi le 17 mars, jour où a été voté la résolution 1973 par l’ONU qui avalisait la mise en place d’une no-fly zone en Libye (source kassataya.com). Cependant, le président mauritanien s’est démarqué ces derniers jours du guide libyen en limogeant la ministre des affaires étrangères, Mint Mouknass, qui avait su réintégrer la Mauritanie dans le jeu des relations internationales grâce au soutien de Kadhafi alors que la communauté internationale et l’union africaine avaient décidé d’isoler le régime putchiste:

Héritant du « cas mauritanien » en tant que président en exercice de l’Union Africaine, le colonel Kadhafi donnait à la médiation libyenne une tournure incongrue. En contre partie de la rupture des relations diplomatiques entre la Mauritanie et l’Israël, Kadhafi avait pris fait et cause pour le général Ould Abdel Aziz. La visite mémorable de l’inénarrable colonel à Nouakchott en mars 2009 doucha les ambitions des opposants au putsch. Naha Mint Mouknass surfait alors sur son petit nuage. (source: kassataya.com)

La junte militaire mauritanienne a aussi en commun avec Kadhafi, le sens de la répression.

manifestant mauritanien tapé par un policier

manifestant tabassé par des policiers à Nouakchott, photo postée sur facebook le 23 mars par le groupe "Mauritanie demain"

Le point culminant des manifestations a été le 25 mars où manifestants et forces de l’ordre se sont affrontés près des blocs rouges à Nouakchott. Les policiers ont dispersé violemment les quelques manifestants à coup de matraques et de gazs lacrymogènes. Il ne semble pas que les manifestants étaient très nombreux. Impossible aussi de savoir le nombre de personnes arrêtées ou blessées.

manifestants arrêtés à Nouakchott

manifestants arrêtés à Nouakchott le 25 mars, photo du groupe facebook mauritanie demain

Les demandes de démocratisation du régime sont étouffées par la junte militaire. Il ne faut pas oublier que l’excision et l’esclavage sont encore des pratiques courantes en Mauritanie bien qu’illégales. Les jeunes manifestants ne demandent que ce que tout homme est en droit d’avoir, le respect de l’Etat de Droit et des conditions de vie décente.

Il y a aussi un groupe facebook d’anonymous consacré à une operation mauritania.

NOTE: Les essais et réflexions publiés sur le blog n’engagent uniquement que l’opinion personnelle de l’auteur.

L’islamisme est du pain béni pour n’importe quel homme politique démagogue ou dictateur qui veut se maintenir au pouvoir. On veut justifier une guerre à l’étranger? La lutte contre le terrorisme islamiste comme en 2001 quand les pays de l’OTAN ont envahi l’Afghanistan, invasion qui aura fait plus de morts que les attentats du 11 septembre et bien sur, Ben Laden court toujours. La délinquance dans les quartiers défavorisés? La faute aux délinquants étrangers qui s’islamisent. Solution? La restriction de l’immigration pour empêcher que les hordes d’islamistes déferlent dans le pays. Quel argument avance ces mêmes hommes politiques occidentaux pour justifier leur soutien à des régimes autoritaires comme en Tunisie, en Algérie ou en Égypte? Toujours la lutte contre le terrorisme islamiste.
Bien sur, nos hommes politiques toujours très cultivés que nous ne pouvons soupçonner de xénophobie comme Brice Hortefeux, ministre français de l’intérieur condamné pour injures raciales, ne font aucun amalgame quand ils posent l’équation fatale:
musulman = étranger = immigré = chômeur = délinquant = terroriste = islamiste
Ces détracteurs de «la menace islamiste» ont ainsi fondé une nouvelle école de pensée qui expliquent tous les maux de la terre par l’islamisme. Auparavant, on avait la psychanalyse freudienne qui expliquait tous par des pulsions sexuelles ou le matérialisme historique marxiste qui fondait le sens sur de l’histoire sur une opposition duale, aujourd’hui nous avons les «anti-islamistes». N’hésitant pas à se poser en Hérault de la démocratie libérale, ils bafouent volontairement ses principes par des lois comme le patriot act ou la loppsi qui violent allègrement la sphère privée des citoyens. Ils n’hésitent pas non plus à soutenir des régimes policiers ou des hommes politiques corrompus. Il serait fortuit de relever que nombre d’hommes politiques français comme Eric Raoult, député UMP proche de Ben Ali, ou Dominique Strauss-Kahn disposent d’agréables villégiatures à Hammamet en Tunisie. Tel Eric Zemmour, ils sont prêts à dénoncer le péril islamiste qui guette dans les mouvements révolutionnaires qui agitent en ce moment dans le monde arabe.

Le mieux étant Eric Raoult qui dans cette vidéo soutenait la dictature tunisienne et l’expulsion des journalistes français de Tunisie avec des arguments complètement fallacieux:

De même en Égypte, les médias mettent en avant la possible montée au pouvoir des Frères Musulmans ou le musée national d’Égypte saccagé, mettant au second plan les 100 tués lors des manifestations du samedi 29 janvier, comme si c’était secondaire.

En réalité, cette approche est contredite par l’actualité et surtout par l’Histoire. Aucune revendication islamiste n’a émergé lors des manifestations. Les mouvements islamistes comme les frères musulmans en Égypte ou Ennahdha, en Tunisie, ont attendu le dernier moment pour rejoindre le mouvement. Mais surtout, il ne faut pas oublier la grande tradition laïque héritée du panarabisme socialiste qui a habité les pays arabes jusqu’à la fin de la guerre froide. Il ne s’agit pas de faire l’apologie du panarabisme qui a débouché sur d’infâmes dictatures dictatures comme celles du parti Baas en Syrie ou en Irak. Même pis, alors que la première génération de dirigeants née de l’indépendance était profondément laïque, la deuxième qui lui a succédé, a fait des compromis avec les éléments les plus conservateurs de la société pour se maintenir au pouvoir, engendrant l’islamisme radical.
Je parle bien d’islamisme radical car dans son sens large, l’islamisme désigne tous les courants idéologiques qui se fondent sur l’islam politique. Cela va du musulman démocrate, équivalent du chrétien-démocrate d’occident, jusqu’à l’islamiste le plus écervelé qui prône une application stricte de la charia, loi islamique.
Ce schéma se retrouve aussi bien chez les Sunnites, avec l’AKP (parti pour la justice et le développement) au pouvoir en Turquie, démocrate et pro-européen, jusqu’aux fous furieux d’Al Quaïda. Il en est de même pour les chiites, Nouri Al-Maliki, premier ministre irakien, est un démocrate, mais on retrouve aussi un islamisme chiite radical au pouvoir en Iran.

L’islamisme n’est pas présent du côté des manifestants, au contraire

Comme nous l’avons dit plus haut, on n’a pas noté la présence d’islamistes dans les manifestants en Tunisie et en Égypte. Du moins, ils n’ont pas pris le dessus des manifestations. Les citoyens en colère contre leur gouvernement revendiquaient clairement la mise en place d’un vrai régime démocratique qui respecte les libertés individuelles. Ainsi, l’établissement d’une démocratie libérale était clairement un mot d’ordre des mouvements de protestation.
En Égypte, les frères musulmans ont rejoint le mouvement de contestation aujourd’hui au moment où le pays est dans une crise profonde, alors que les manifestations avaient commencé quatre jours plus tôt. En Tunisie, Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahdha, a été très peu entendu.
Nous avons retrouvé l’argument islamiste du côté des partisans des pouvoirs en place. Ainsi, notre lecteur et commentateur , ardent partisan de Bouteflika, qui commente notre blog H24 sous de multiples pseudos( peut être du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) algérien) nous a clairement accusé d’appeler à la guerre contre un pays musulman, citant le prophète, et de vouloir «enjuiver l’Algérie» (sic) !

propagande religieuse d'un partisan de Bouteflika, en arabe, une hadith du prophète qui interdit à un Musulman de faire du mal à un autre musulman

com antisémite

La perle antisémite, toujours de la même personne

Il n’a pas hésité non plus à ramener des collègues pour faire de la propagande islamiste sur la page facebook de l’operation algeria (ce qui a eu quand même pour avantage de laisser un peu de répit à l’équipe du blog).
Les partisans de la démocratie qui ont manifesté ces derniers jours dans le monde arabe n’ont jamais essayé de monter les gens les uns contre les autres, ils ont au contraire insisté sur l’égalité en Droits, pilier de tout régime authentiquement démocratique. Ce sont les régimes en place grâce à l’aide de leurs services de propagande qui instrumentalisent la menace islamiste et essaient de semer la division en essayant de monter les uns contre les autres parce qu’ils ont des religions différentes.
Les employés des services de propagandes de ces régimes autoritaires et les hommes politiques occidentaux qui les soutiennent, oublient une chose essentielle, la longue tradition laïque des pays arabes.

L’attachement des pays arabes à la laïcité: un pan de l’Histoire qu’on ne saurait oublier

La première génération de dirigeants issue de l’indépendance était clairement partisane d’une séparation stricte de la religion et de l’Etat. Mais cet acquis a été peu à peu rongé par la deuxième génération de dirigeants qui a fait des compromis avec les islamistes, soutenus par le bloc occidental pendant la guerre froide, pour rester au pouvoir.

L’héritage panarabiste laïque des dirigeants issus de l’indépendance

Remontons dans les années 1950-1960; le tiers-mondisme ou mouvement des États non alignés, porté sur le devant de la scène par la conférence de Bandung en 1956, est en vogue. Issus des indépendances ou de renversement des régimes passés, les leaders des pays socialistes non alignés sur le modèle soviétique comme Zhou Enlaï, ministre des affaires étrangères chinois, Nehru, premier ministre indien, et bien sur Nasser, président de l’Egypte, qui a incarné le panarabisme. Cette idéologie utopique visait à unir tous les peuples arabes sur des fondements socialistes. Elle a essaimé dans tout le monde arabe et influencé considérablement les régimes en place, à l’exception du Maroc, de l’Arabie Saoudite, de la Jordanie et du Yemen du Nord.
Il est à noter que le panarabisme n’a pas été un franc succès sur le plan économique et surtout sur celui des libertés individuelles. Les régimes liés au parti Baas comme en Syrie avec El Assad, père et fils, et en Irak avec Sadam Hussein, ont été d’infâmes dictatures. Néanmoins, on ne peut nier les progrès sociaux apportés par ces régimes en matière d’éducation ou de santé comme en Tunisie avec Bourguiba. Cet argument est souvent utilisé par les défenseurs des régimes en place, mais ils négligent un point crucial. Les dirigeants d’aujourd’hui ne sont intéressés que par une chose, la conservation du pouvoir, n’hésitant pas à faire des compromis avec les islamistes les plus radicaux pour satisfaire les franges les plus conservatrices de la société.

Une deuxième génération de dirigeants corrompus qui cèdent face aux islamistes radicaux

En 1979, on assiste à l’émergence de l’islamisme radical aussi bien chiite que sunnite. En Iran, la révolution iranienne porte le mollah Khomeini au pouvoir condamné aussi bien par l’Union soviétique que les Etats-Unis qui soutinrent l’Irak quand elle déclara la guerre à l’Iran dans les années 80.


C’est un peu plus à l’Est que l’islamisme sunnite surgit en Afghanistan, quand l’URSS décide d’envahir le pays pour soutenir le régime communiste en place menacé par des mouvements insurrectionnels. Les États-Unis notamment par le biais de son allié fidèle dans la région, le Pakistan, vont appuyer les mouvements islamistes dans la région. Les deux pays y avaient intérêt, car le Pakistan a toujours revendiqué le Cachemire, occupé par l’Inde qui à l’époque était pro-soviétique (bien qu’elle n’appliquait pas le modèle économique soviétique), et l’Afghanistan, occupé par l’URSS qui soutenait les communistes pachtounes qui revendiquaient les terres occidentales du Pakistan.
Deux ans plus tard, le successeur de Nasser, Anouar el Sadate, est assassiné par un islamiste qui lui reprochait d’avoir signé des accords de paix avec Israël. L’émergence de l’islamisme puis le déclin de l’URSS relèguent très vite le panarabisme socialiste aux oubliettes. Souhaitant se maintenir au pouvoir, la deuxième génération de dirigeants comme Moubarak, qui a succédé à Sadate et qui est toujours au pouvoir ou Ben Ali en Tunisie. En Egypte, le parti national démocratique (PND) au pouvoir mené par Moubarak parvient à un compromis avec les Frères musulmans qui fluctue au gré des rapports de force. Ainsi, les islamistes peuvent s’organiser autour de structures religieuses dans une certaine mesure alors que toute opposition libérale est férocement réprimé. Les candidats libéraux aux élections présidentielles se sont souvent retrouvés accusés de chefs d’inculpation douteux et condamnés à des peines lourdes de prison de ferme, dans des procès pour le moins peu équitable. Pire, des concessions sont faites aux franges les plus conservatrices de la société au détriment des libertés de conscience et d’expression. Le blasphème devient un délit très lourdement réprimé. Des bloggers comme Karim sont condamnés à plusieurs années de prison ferme. Les chrétiens coptes ont aussi vécu une dégradation de la liberté de pratiquer leur culte, faisant les frais d’une propagande haineuse très violente qui a débouché sur plusieurs attentats comme celui d’Alexandrie en décembre. La Tunisie n’a pas échappé non plus à cette tendance. Alors que Bourguiba était très nettement anticlérical, Ben Ali s’est accommodé de la montée des conservateurs islamiques. Quand on se baladait en Tunisie, il n’était pas rare de voir la police fouiller les buissons pour arrêter les couples de jeune qui s’embrassaient. En termes, de liberté de mœurs et de féminisme, on a vu mieux, car bien sur, c’était surtout la fille qui était embêtée parla police. En Algérie, le FLN, parti au pouvoir depuis l’indépendance et ;lui aussi socialiste à la base, n’a pas hésité à s’allier avec le MSP, parti islamiste conservateur, après la guerre civile qui a rongé le pays. Ces mêmes régimes n’hésitent pas à utiliser la religion musulmane comme prétexte pour défendre leur régime, sous-entendant que si on est contre eux, on est contre l’islam., comme nous l’avons vu plus haut. Argument qui est bien sur fallacieux, car on peut critiquer la nationalité et la réligion sont deux choses différente. De plus, critiquer un gouvernement ne revient pas à s’en prendre au peuple et encore moins à la liberté de culte. Le blog de l’opération leakspin critique le gouvernement algérien mais soutient le peuple algérien dans sa lutte et se veut un fervent partisan de la liberté de conscience qui est un Droit Humain de base qui ne saurait être bafoué.
Cependant, il y avait une chose que les pays occidentaux et les régimes autoritaires n’avaient pas prévu, que leur jouet se retourne contre eux.

La machine infernale de l’islamisme radical s’est retournée contre ceux qui l’ont instrumentalisé

Sauf qu’il y a eu une rupture entre les islamistes et les pays occidentaux provoqués par la guerre du Golf. Les islamistes radicaux ont très mal supportés l’invasion d’un autre pays à majorité musulmane et l’utilisation des pays voisins eux aussi à majorité musulmane comme l’Arabie Saoudite, qui rassemble les lieux les plus sacrés de l’Islam, pour soumettre un autre pays musulman à leurs yeux. Sous la houlette de Oussama Ben Laden, ancien agent de la CIA, le mouvement islamiste radical «Al Quaïda» (la base en Arabe) se crée et entame une guerre sans merci contre les États-Unis et leurs alliés notamment par des actes terroristes.

La situation devient critique car tous les mouvements qui étaient susceptibles de s’opposer à l’islamisme comme le panarabisme socialiste ou le libéralisme ont été anéantis par la répression des régimes autoritaires arabes.

Les islamistes radicaux rencontrent d’autant de succès qu’ils reprennent à leur compte les revendications de justice sociale et d’anti-impérialisme du panarabisme. Leur succès est devenu très vite mondial car ils ‘appuient sur le déterminant de la religion qui transcende les nationalités. Ils deviennent les seuls opposants aux régimes corrompus qui alimentent la misère sociale par leur négligence. Le sigle du parti islamiste modéré, démocrate et pro-européen, AKP, repose sur un jeu de mot. AK est à la fois les initiales de de justice et développement en Turque mais surtout cela veut dire «pur». Les islamistes de tout bord, ont gagné en crédibilité, car ils sont apparus comme honnêtes et non corrompus. Mais l’islamisme est devenu en conséquence, un motif pour les différents gouvernements de mettre en place des mesures sécuritaires. Dahou Ould Kabliha défend l’état d’urgence en place depuis 1992 qui interdit les manifestations en invoquant la menace terroriste:

« Les Marches sont interdites à Alger, non pas parce que c’est le RCD ou la coordination qui ont appelé à des marches. Nous n’avons pas interdit la marche du RCD mais toutes les marches au niveau d’Alger. Le refus n’est pas seulement signifié à l’opposition. Si un parti de l’Alliance (FLN-RND-MSP, ndlr) envisage demain d’organiser une marche à Alger, je peux vous dire en tant que ministre de l’intérieur, qu’elle sera interdite »

Or il est important de rétablir la liberté d’expression et la démocratie pour laisser des mouvements démocratiques et laïques qui seront suffisamment forts et légitimes pour s’opposer à l’islamisme radical. Il est aussi heureux que des parti islamistes démocrates comme l’AKP puissent exister, représentant tous les courants de l’opinion.

En conclusion, l’islamisme radical sunnite dans ses évolutions récentes a surtout été instrumentalisées par les pays occidentaux pendant la guerre froide et par les dictatures actuellement au pouvoir. Cette instrumentalisation ne date pas d’hier, le concurrent de Lawrence d’Arabie pendant la première guerre mondiale, l’archéologue allemand Max Von Oppenheim préconisait l’utilisation du Djihad, la guerre sainte, pour inciter les Musulmans dans les pays arabes à se rebeller contre les Britanniques. La percée de l’islamise a eu des effets ravageurs sur les pays qui doivent subir la montée d’un conservatisme religieux oppressif et les attentats terroristes.

Mais si nous voulons en finir avec l’islamisme radical, il va falloir cesser de soutenir des régimes autoritaires qui entretiennent ce fondamentalisme exacerbé en maintenant les populations dans la misère sociale. L’ancien président américain, Truman déclara en 1947: «la misère est le terreau du totalitarisme». Ses successeurs et les dirigeants des autres pays auraient mieux fait de suivre ses conseils.

Le chant du cygne par Ben Ali

Publié: janvier 13, 2011 par argulamaton dans L'actualité
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Quand un régime est mal en point, il annonce toujours des réformes pour libéraliser le régime. En  réalité, le dictateur en annonçant plus de souplesses révèle les faiblesses de son pouvoir et ne fait qu’accélérer sa chute. En URSS, la perestroïka avait ouverte la boite de pandore de la libéralisation et entrainé la chute du régime.
C’est ce qui attend Ben Ali. La réouverture de Youtube et Dailymotion, la promesse de création d’emplois et la diminution des prix alimentaires ne diminueront pas la colère du peuple tunisien. Les révoltes ne peuvent s’arrêter maintenant car le mouvement de protestation s’est engagé trop loin dans la confrontation avec le pouvoir. Soit Ben Ali part tout de suite sans attendre la fin de son mandat en 2014 soit les émeutes finiront dans un bain de sang avec une répression sans commune mesure.

La réouverture des sites de vidéo en ligne comme Youtube et Dailymotion permettra une plus grande diffusion des milliers de vidéos des affrontements enregistrées par des citoyens lambda sur leur portable ou leur appareil photo numérique. Le monde entier pourra connaître l’horreur de la répression qui sévit en Tunisie.

Plus surprenant, le président tunisien a affirmé avoir été « trompé » sur la situation du pays en Tunisie. Comment cela est possible? C’est ridicule, cela ne peut pas tenir la route. La moitié du monde des affaires est liée à sa famille que nombre d’observateurs comparent à une mafia, comme l’ancien ambassadeur américain dans un câble wikileaks. Ben Ali et sa clique ont causé un trop grand tort à leur pays. Il est salutaire que le président tunisien démissionne et laisse sa place à un  Homme de consensus pour assurer la transition vers un régime démocratique.

Car en attendant, les affrontements continuent toujours. A l’heure où j’écris ces lignes, un contact tunisien me fait part de coup de feu à Manouba, ville de banlieue au nord-ouest de Tunis ainsi qu’à Gafsa, au Kram et à La Marsa. Ce ne sont pas les klaxons de « militants » rémunérés par le parti, le très mal nommé Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), qui couvriront le bruits des affrontement. Comme à Ennasr, quartier de Tunis, les manifestations finissent vite par chasser cette mascarade organisée par le pouvoir. On signale aussi des affrontements à Ariana et Bhar Lazreg (où la famille Trabelsi, d’où vient Leïla Ben Ali, possède un gigantesque marché noir d’Alcool)

Voilà une vidéo de manifestations à Ennars à 22h30 le 13 janvier: