Articles Tagués ‘russie’

Le lundi 27 février, Wikileaks a lancé la publication des « Global Intelligence Files » (petits papiers du renseignement mondial), plus de 5 millions d’emails de la société de renseignement privée Stratfor, basée au Texas. Les emails couvrent une période allant de juillet 2004 à fin décembre 2011. Ils révèlent le fonctionnement interne d’une entreprise qui annonce être un service de renseignement privé, mais qui fournit des services de renseignement confidentiels à de grandes entreprises, comme Dow Chemical Corporation à Bhopal (Inde), Lokheed Martin, Northrop Grumman, Raytheon, ainsi qu’à des agences gouvernementales, telles que le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS), les « Marines » et l’Agence du renseignement pour la défense (DIA). Les emails dévoilent le réseau d’informateurs de Stratfor, sa structure de financement, les techniques de blanchiment d’argent et les méthodes psychologiques employées.

Comment fonctionne STRATFOR ?

STRATFOR ou STRATEGIC FORECASTING recueille les informations auprès d’un certain nombre de sources ouvertes comme les articles publiés sur Internet, dans les magazines, les sites sociaux et de chat ainsi que les études universitaires et gouvernementales non classées confidentielles. À cela s’ajoute un réseau de ressources humaines composé d’informateurs répartis autour du monde et ayant des antécédents dans le milieu sécuritaire, militaire, économique, informationnel ou académique. STRATFOR diffuse ses rapports sous forme de correspondances auprès de 300.000 abonnées et un peu plus de deux millions agents de courriels qui reçoivent gratuitement les «mises à jour» de la société.

Dans son activité du renseignement, STRATFOR compte sur un groupe d’agents appelés «sources» dont le travail consiste à recueillir les informations et à mobiliser d’autres agents. La «source» obtient un salaire modulable selon l’importance de l’information obtenue. Et ces «sources» travaillent selon la pratique traditionnelle du renseignement, soit sous couverture diplomatique, journalistique ou académique. Les rapports de la «source» sont envoyés périodiquement par le courrier électronique au secteur des «Analystes» qui procèdent à l’évaluation de l’information, son analyse et sa classification puis son envoi par courrier électronique à d’autres listes d’adresses selon la catégorie de l’information (économique, politique, sécuritaire, terrorisme, etc.), la localisation géographique (Moyen-Orient, Asie Centrale, Amérique Latine, etc.) et son importance (L’importance de l’information se classe entre des notes allant A à F, la note A représentant l’information importante et la note F l’information sans intérêt). Les sources sont, elles aussi, classées selon une gradation préétablie de conditions comme sa crédibilité et son degré d’investissement à servir la société en informations.

Le deuxième flux d’informations est véhiculé par les «Contrôleurs» (Monitors) qui compilent les articles et les études publiées sur les journaux et sur internet et les envoient à l’«Officier de contrôle».

Le travail de cet «Officier de contrôle» est central puisqu’il procède au filtrage et à la catégorisation des informations en provenance des «Contrôleurs» par le biais du groupe des «Analystes» et à partir des «sources». Par la suite, il se charge de les envoyer à un certain nombre de listings de courriels en vue d’évaluation et d’analyse. Certains de ces listings de messagerie sont confidentiels, réservés aux analystes et directeurs de la société, d’autres ne le sont pas, en ce sens qu’elles atterrissent chez tous les employés de la société en tant qu’information.

Ensuite vient le tour des analystes qui procèdent à la collecte de tous ces renseignements et informations puis les envoient au service de la rédaction se chargeant de la mission de mettre en forme les rapports de renseignement avant de les vendre aux clients de la société. (Source : http://www.nawaat.org un des 25 médias partenaires de Wikileaks).

FW: Guide du Contrôleur (Monitor).

L’email ayant l’ID 286265, envoyé le 21 juillet 2009 à zucha@stratfor.com nous présente le guide des contrôleurs de Stratfor répartis autour du monde., le guide complet est composé de 6 fichiers (en anglais), chacun de ces fichiers est destiné aux guides dans une région précise.

Stratfor a devisé le monde en cinq régions, l’Europe-Asie, le Moyenne Orient et l’Asie centrale, l’Afrique, l’Asie orientale et l’Amérique latine; aujourd’hui on va présenter une partie du guide destiné aux contrôleurs dans la région Europe-Asie, la partie qui concerne les contrôleurs en France.

Le document original du site Wikileaks est accessible ici.

Email-ID

286265

Date

2009-07-21 02:01:51
A zucha@stratfor.com

Fichiers attachés.

# Nom du fichier Volume
20529 20529_Eurasia.doc 117.5KiB
20531 20531_mesa.doc 123.5KiB
20532 20532_Africa.doc 144KiB
20534 20534_East Asia.doc 121.5KiB
20537 20537_briefers.doc 43KiB
20539 20539_Latam.doc 107KiB

FRANCE :

Sécurité

  • Protestations des musulmans, les groupes musulmans, tout sur les musulmans… Cela inclut également tout les mouvements du gouvernement pour freiner le port du foulard et l’interdiction des constructions des mosquées.
  • Les attaques de l’ extrême droite anti-migrants. Déclarations des groupes politique d’extrême droite.
  • Les actions de l’union, toutes les allusions d’éventuelles émeutes ou grèves.
  • Le crime organisé dans le sud de la France, toute information en relation avec Marseille.
  • Les nouvelles lois et règlements anti-terroristes.
  • Les mouvements séparatistes :  basques et corses.

Politique

  • Toutes les élections doivent être surveillés attentivement, y compris les élections régionaux mineurs qui peuvent prévoir des changements dans l’opinion publique.
  • Nous avons besoin de surveiller ce qui se passe avec le Parti socialiste. Guerre de leadership et ainsi de suite.
  • Les choses qui peuvent sembler être des histoires de « l’intérêt humain », comme qui couche avec qui et ainsi de suite, important en France. Je voudrais savoir si quelqu’un avait des affaires au sein du.
  • Surveillez tout ce que le ministre de l’intérieur dit, il contrôle une grande partie de ce qui se passe dans le pays, plus est en charge de l’appareil de sécurité intérieure, qui est probablement le plus puissant en Europe.
  • Traquez les mouvements antimondialisation, ATTAC et autres ONG.
  • Tous signes d’éventuelles acquisitions militaires ou de réarmement.

Relations Internationales

  • La France a des relations avec TOUT LE MONDE. Nous avons besoin de savoir où les responsables français du ministère des Affaires étrangères vont et ce qu’ils font là-bas.
  • La France et l’Afrique, Bien qu’il y a beaucoup moins d’activité de la France en Afrique, ils ont encore beaucoup d’intérêts clés, surtout dans des endroits comme le Niger où Areva dirige pratiquement le pays. Mais la nouvelle base française aux Emirats Arabes Unis est emblématique d’une réévaluation française de sa politique étrangère, et les deux activités à cette nouvelle base et le mandat d’évolution dans l’ensemble, en regardant de près.
  • Tout ce qui se passe entre la France et l’Iran est d’un intérêt particulier.
  • Relations U.S./France :

    • Nicolas Sarkozy est une bonne impulsion sur ce qui se passe en France, particulièrement en ce qui concerne les États-Unis. Essayons d’avoir un sens de ce qu’il pense sur les États-Unis.
    • Toutes les initiatives prises par la France sur l’Iran, La Russie, La Corée du Nord, l’Afrique, qui pourrait être fait à la demande des États-Unis. Nous devons être conscients de ce que fait France et ce qu’elle pouvait faire pour les États-Unis.
    • Concurrence entre Airbus et Boeing.
    • Concurrence entre Areva et GE (pas vraiment une compétition, Areva a botté le cul de GE).

    Relations Russie/France :

    • Toutes les visites de dirigeants français en Russie.
    • Affaires commerciales, en particulier le secteur d’énergie doit être surveillées attentivement.
    • Les actions Française dans la périphérie Russe (Caucase, Asie centrale, la Biélorussie) doivent être suivis attentivement.

    Relations Union Européenne/France :

    • Que dit Sarkozy sur le dernier président de l’Union européenne.
    • Tous signes de clivages entre la France et l’Union Européenne. Comme avec l’Allemagne: surveiller toutes déclarations qui semblent hors de l’ordinaire, ou qui semblent en confrontation soit avec la Commission de l’union européenne, la France, la banque européenne centrale ou la cour de justice des communautés européennes. Les déclarations du chancelier sont particulièrement importants.
    • Les agendas soutenues par la France à l’intérieur de l’union européenne ? En relation avec l’énergie nucléaire.

Économie

  • Nous sommes au milieu de la récession, TOUT est essentiel. Lorsqu’une nouvelle donné sera publiée, elle devra être porté à notre attention.
  • Les faillites et les sauvetages bancaires sont importants.
  • Toutes les affaires nucléaires ou militaires à l’étranger.

STRATFOR.

Ce câble wikileaks a été publié par l’espresso, le 18 mars 2011 dans un dossier sur le nucléaire italien:

Au moment où, suite à l’émotion suscitée par l’accident nucléaire de Fukushima, le gouvernement italien semble hésiter sur le retour annoncé vers le nucléaire (abandonné par référendum en 1987), L’Espresso publie une série de câbles diplomatiques américains révélant « un scénario où les pots-de-vin ont décidé de l’avenir énergétique du pays ». Obtenus par WikiLeaks, ces documents attesteraient qu’entre 2005 et 2009, les Etats-Unis comptaient pousser l’Italie vers le nucléaire afin de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et de l’influence du partenariat entre le groupe italien ENI et le russe Gazprom. Pour cela, Washington aurait engagé un long bras de fer avec les concurrents français EDF-Areva, avantagés par les rapports privilégiés avec de nombreuses entreprises italiennes. A la fin, écrit L’Espresso, les lobbyistes américains sont parvenus à convaincre Rome à abandonner les critères de sécurité fixés par l’UE pour les nouvelles centrales en faveur de ceux, plus souples, de l’OCDE. Une victoire pour leurs entreprises, « obtenue au détriment de la sécurité des Italiens ». (source: presseurop.eu)

Vous pouvez retrouver un résumé en Français du dossier sur le nucléaire italien par l’espresso sur le sitemyeurop:
Wikileaks: pots-de-vin en Italie sur l’atome, myeurop, 25/03/11

Lors des dernières élections, Berlusconi avait promis de remettre en marche le programme nucléaire italien suspendu par référendum en 1987. Le gouvernement italien se propose de poser la première pierre d’un premier EPR d’ici à 2013, pour une mise en service en 2018. Après l’incident à la centrale nucléaire de Fukushima, le premier ministre italien, Berlusconi, a opté pour un moratoire sur la construction des centrales nucléaires avant de revenir sur sa décision le mois-ci, maitnenant le partenariat entre EDF et ENEL. Pour aller plus loin: L’Italie n’a pas renoncé au nucléaire, lepoint.fr, 26/04/2011

Le gouvernement italien compte aussi construire sur son sol des centrales utilisant les technologies américaines et japonaises. Le nucléaire est un sujet polémique en Italie qui avait refusé cette technologie par référendum. Selon un sondage réalisé par l’institut Demopolis réalisé au début de l’année 2010, 53% des Italiens sont opposés au nucléaire.

Source: Italie: le retour au nucléaire est sur les rails face à une vive opposition, AFP, 10/02/10

Actuellement, le parlement italien a approuvé le retour du nucléaire et tous les recours judiciaires contre cette mesure ont été déboutés.

Les protagonistes:

  • Daniele Mancini, conseiller diplomatique au ministre du développement économique. C’est lui qui explique aux Américains les options prises par le gouvernement italien et comment se passe le lobbying par les Français et les Russes en particulier au plus haut niveau de l’Etat.
  • Westinghouse, société américaine rachetée par le japonais Toshiba en 2006. Westinghouse craint que son réacteur AP 1000, rival de l’EPR construit par le Français AREVA, soit défavorisé par rapport aux Français et aux Russes avec lesquels ENEL entretient des liens très étroits.

Le câble:

N° de Référence Créé le Publié Classification Origine
08ROME1191 2008-09-24 07:32 2011-03-18 11:00 CONFIDENTIEL ambassade de Rome

VZCZCXYZ0004
PP RUEHWEB

DE RUEHRO #1191/01 2680732
ZNY CCCCC ZZH
P 240732Z SEP 08
FM AMEMBASSY ROME
TO RUEHC/SECSTATE WASHDC PRIORITY 0931
INFO RUEHSS/OECD POSTS COLLECTIVE PRIORITY
RUEHRL/AMEMBASSY BERLIN PRIORITY 1846
RUEHHE/AMEMBASSY HELSINKI PRIORITY 0277
RUEHLO/AMEMBASSY LONDON PRIORITY 1509
RUEHMO/AMEMBASSY MOSCOW PRIORITY 4456
RUEHFR/AMEMBASSY PARIS PRIORITY 2440
RUEHKO/AMEMBASSY TOKYO PRIORITY 1949
RUCPDOC/DEPT OF COMMERCE WASHDC PRIORITY
RHEBAAA/DEPT OF ENERGY WASHDC PRIORITY
RUEHBS/USEU BRUSSELS PRIORITY 4663
C O N F I D E N T I A L ROME 001191

SIPDIS

EEB FOR CBA/FRANK MERMOUD
EEB FOR SPECIAL ENVOY GRAY
EEB FOR DAS HENGEL
EEB FOR DAS BRYZA
STATE PASS TO DOC DAS JAIME ESTRADA AND DOE DAS DENNIS
MIOTLA

E.O. 12958: DECL: 09/17/2018
TAGS: EINV ENRG ETRD ETTC IT KNNP

OBJET: LE CHOIX DU NUCLÉAIRE PAR L’ITALIE VA DANS LE SENS DES INTÉRÊTS AMÉRICAINS

REF: ROME 1184

Classifié Par:  Le ministre conseiller [NDLR: 3e rang dans l’ambassade après le ministre et l’ambassadeur] aux affaires économiques Thomas Delare pour les raisons 1.4b et d.

1. (C) Résumé: Le gouvernement de Berlusconi nous a dit que le projet de remise sur pied du secteur de l’énergie nucléaire était sérieux. Si le GOI [NDLR: gouvernement italien]suit effectivement cette politique, cela représentera des dizaines de milliards de dollars de contrats commerciaux. Déjà, nous voyons un lobbying au plus haut niveau de l’Etat par les chefs des gouvernements britanniques, français et russes qui cherchent à s’assurer que leurs entreprises participeront à ce projet au potentiel immense.   L’Italie prendra des décisions clés d’ici les 6-12 mois à venir; l’USG [NDLR: Le gouvernement américain] devrait peser de tout son poids sur le GOI pour que les firmes américaines puissent aussi participer à la compétition. Nous devrions aussi pousser le GOI à prendre compte la sécurité énergétique dans ses prises de décision. Les officiels du GOI nous ont dit que les entreprises et les technologies nucléaires pourraient gagner des contrats de construction de réacteurs nucléaires en Italie. POTUS [NDLR: le président des Etats-Unis] pourrait vouloir discuter des intérêts de l’USG avec Berlusconi lors de la visite de ce dernier à Washington au mois d’octobre. Fin du résumé

2. (C) Le nouveau gouvernement Berlusconi suit le programme du parti aux élections et a annoncé en mai dernier qu’il a l’intention de réintroduire l’énergie nucléaire en Italie. Le 16 septembre, des EmbOffs [NDLR: officiels de l’ambassade] ont rencontré Daniele Mancini, le conseiller diplomatique au ministre du développement économique,  pour obtenir des informations sur l’avancement du projet. Mancini a dit aux EmbOffs que le GOI s’est engagé à raviver le programme nucléaire du pays, avec comme but de démarrer la construction des réacteurs nucléaires dans les cinq prochaines années. Mancini a expliqué que l’objectif du ministre du développement économique Scajola est d’obtenir un mélange constitué à 50% de ressources traditionnelles (pétrole et du charbon propre), 25% d’énergie renouvelable et 25% de nucléaire. Mancini nous a dit que l’Italie achèterait des réacteurs « prêts à l’usage [off-the-shelf], et a ajouté que la procédure exacte de décision d’achat qui serait appliqué reste encore peu claire. Interrogé sur le fait si le GOI achèterait des réacteurs nucléaires directement, ou si une firme italienne serait chargé de gérer le contrat de sous-traitance. Mancini a réitéré que ces aspects restent encore inconnus. Il a cependant fait longuement référence à l’entreprise publique italienne d’électricité, Enel, et a suggéré qu’elle jouerait un rôle clé dans le processus (i.e maître d’œuvre). Sur les prochaines étapes pratiques, Mancini a dit que le GOI espère avoir d’ici la fin de l’année un plan pour le stockage des déchets nucléaires qui soit approuvé et la reconnaissance de 4 ou 5 sites où les nouveaux réacteurs nucléaires pourront être construits. Le processus de décision du choix du constructeur viendra ensuite.

3. (C) Les commentaires de Mancini suggèrent que les Français et les Russes sont déjà en train de manœuvrer et de faire du lobbying pour obtenir les contrats. Les entreprises des deux entreprises pourraient jouir d’avantages grâce à leurs liens déjà établis avec ENEL. Mancini a dit qu’ENEL est déjà entré dans le secteur nucléaire par le biais de leurs affaires avec les Français et les Russes, et que le ministre Scajola a prévu que le ministre Scajola a prévu une de faire une visite cet automne en France et en Finlande pour en savoir plus sur les nouveaux réacteurs qui y seront construits [NDLR: il s’agit des réacteurs de technologie EPR] (Note: ENEL a signé une participation de 12% avec EDF sur ses nouveaux réacteurs nucléaires, le premier est en train d’être construit par l’entreprise française Areva à Flamanville. ENEL a aussi acheté un réacteur nucléaire en Slovaquie construit par les Russes, acquérant ainsi la technologie nucléaire russe — elle développe ses compétences sur son utilisation. Areva construit le réacteur finlandais le plus récent à Olkiluoto. Fin de note)
4. (C) Lors d’une autre rencontre le 11 septembre avec un EconOff [NDLR: Economic official, représentant du département de l’économie, équivalent au ministère] et des fonctionnaires du FCS [NDLR: Foreign Commercial Service, département du commerce extérieur américain], les représentants de Westinghouse [NDLR: un constructeur américain de réacteurs nucléaires] à propos de la concurrence française et russe. Westinghouse a dit qu’elle est intéressée par le secteur nucléaire italien, et qu’elle proposerait de construire son modèle nucléaire le plus récent (l’AP 1000). Cependant, Westinghouse a peur que le GOI n’ait de yeux que pour les technologies nucléaires et françaises en raison des liens d’affaires français et russes d’ENEL cités ci-dessus. De plus,  d’après certaines informations, ENEL a dit à Westinghouse que les Français et les Russes font du lobbying au plus haut niveau du GOI, mais que le GOI n’a pas de nouvelles des Etats-Unis.

5. (C) Mancini nous a aussi raconté que les gouvernements étrangers et les entreprises ont commencé à faire du lobbying auprès du GOI, et il a dit que Westinghouse et son partenaire italien Ansaldo Nucleare ont déjà prévu de le rencontrer (Note: le PDG de l’entreprise allemande E.ON était à Rome du 10 au 11 septembre pour discuter des opportunités commerciales dans l’énergie et selon ce qui a été rapporté par la presse, il a rencontré le sous secrétaire Gianni Letta, le ministre de l’environnement Stefania Prestigiacomo, et le président de l’Autorité Italienne de l’Energie Sandro Ortis. Fin de note)

6. (C) Commentaire: Nous avons constaté que le GOI subit à ses plus hauts échelons un lobbying des gouvernements étrangers pour influencer son choix de la technologie nucléaire. Lors de la visite de Berlusconi au Royaume-Uni le 10 septembre, nous avons déduit des rapports de presse qu’il a discuté de la coopération sur l’énergie nucléaire avec Gordon Brown. Cependant, la coopération énergétique est probablement au programme de la visite de Berlusconi le 7 novembre en Russie, avec la signature de sorte d’accords énergétiques déjà annoncés. Le choix du constructeur des réacteurs nucléaires par l’Italie aura des conséquences sur les intérêts américains. Vu l’ampleur des affaires d’ENEL avec le Français EDF, ses affaires commerciales en plein essor avec la Russie et la relation étroite qu’entretien Berlusconi avec Poutine, il est possible que le choix de l’Italie se porte en faveur de la technologie nucléaire russe ou française. De plus, la corruption est omniprésente en Italie, et nous craignons que ce soit l’un des facteurs auquel nous aurons à faire face. Si le choix [de l’Italie] se porte sur la France ou la Russie, cela exclura définitivement les compagnies américaines de ces lucratives opportunités commerciales. Plus important encore, le choix de la technologie nucléaire russe rendra l’Italie encore plus dépendant de la Russie pour son approvisionnement énergétique, affaiblissant sa sécurité énergétique.

7. (C) Suite du commentaire: Ceci dit, il y a encore le temps pour les Etats-Unis de peser sur le choix du partenaire qui apportera sa technologie nucléaire. Cette décision sera probablement faite aux plus hauts échelons du GOI, et nous devrions nous engager au plus haut niveau si nous voulons avoir des considérations favorables pour les compagnies américaines et la protection des intérêts sécuritaires géopolitiques/énergétiques. Nous recommandons que les choix en matière d’énergie nucléaire qui se présentent à l’Italie soit à l’agenda de l’USG lors de la visite de Berlusconi en Octobre.

8. (C) Suite du commentaire: Les visites à venir du sous secrétaire d’Etat à l’énergie Dennis Miotla, du sous-secrétaire d’Etat au commerce Jaime Estrada et du représentant spécial de l’Etat au Commerce et aux Affaires [NDLR: CBA, Commercial and Business Affairs] et l’envoyé spécial Boyden Gray sont d’excellentes opportunités pour commencer les discussions avec le GOI, et de présenter les technologies nucléaires américaines comme un choix important à prendre en considération. Nous recommandons que les sous-secrétaires d’Etat, le représentant spécial et l’envoyé spécial soient préparés à expliquer la position américaine sur la possible participation russe au programme nucléaire italien. Les officiels en visites devraient aussi être préparés à rappeler à leurs interlocuteurs italiens les obligations dont ils doivent faire preuve sur la transparence et l’équité des appels d’offre sur les énergies nucléaires. Ces visites seront un très bon début aux efforts de l’USG à ce sujet, mais il est important qu’il réalisé que les pays en compétition sont en train de peser de tout leur poids aux plus hauts niveaux [de l’Etat italien]; dans nos efforts de protection des intérêts commerciaux et géopolitiques des Etats-Unis, nous devrions être préparé à agir de même. Fin du commentaire.

SPOGLI « 

Ce câble traite des pratiques de l’entreprise pétro-gazière russe Gazprom, en situation de monopole. Sont évoqués la coupure du gaz en Ukraine le 1/01/2009 et les hauts-tarifs pratiqués aux consommateurs européens. logo de gazprom

N° de référence Créé le Publié le Classification Origine
08MOSCOU2816 2008-09-19 07:07 2011-01-05 11:11 CONFIDENTIEL Ambassade de Moscou
Le câble apparaît dans ces articles:
http://www.spiegel.de/

VZCZCXRO6521
PP RUEHFL RUEHKW RUEHLA RUEHROV RUEHSR
DE RUEHMO #2816/01 2630748
ZNY CCCCC ZZH
P 190748Z SEP 08
FM AMEMBASSY MOSCOW
TO RUEHC/SECSTATE WASHDC PRIORITY 0052
INFO RUCNCIS/CIS COLLECTIVE PRIORITY
RUEHZL/EUROPEAN POLITICAL COLLECTIVE PRIORITY
RUEHXD/MOSCOW POLITICAL COLLECTIVE PRIORITY
RHEHNSC/NSC WASHDC PRIORITY
RHMFISS/DEPT OF ENERGY WASHINGTON DC PRIORITY
C O N F I D E N T I E L SECTION 01 OF 02 MOSCOU 002816

SIPDIS

DEPT FOR EUR/RUS, FOR EEB/ESC/IEC GALLOGLY AND WRIGHT
EUR/CARC, SCA (GALLAGHER, SUMAR)
DOE FOR FREDRIKSEN, HEGBORG, EKIMOFF

E.O. 12958: DECL: 09/15/2018
TAGS: EPET ENRG ECON PREL PINR RS
OBJET : UN OFFICIEL DE GAZPROM DÉCRIT L’ENTREPRISE COMME UN MONOPOLE SOCIALISTE RENTIER

REF: MOSCOW 2802

Classifié Par: le conseiller aux affaires économiques Eric T. Schultz pour les raisons 1.4 (b/d)

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RESUME
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1. (C) Le directeur des relations étrangères de Gazprom, Ivan Zolotov, nous a dit le 12 septembre que les trois premières priorités de l’entreprise étaient : satisfaire la demande intérieure de gaz, remplir ses «obligations sociales», et maximiser le contrôle sur les ressources intérieures et internationales de pétrole et de gaz. Zolotov s’est dit confiant à propos du contrôle des ressources qui devrait finalement compenser la perte de valeur de 200 milliars de dollars que l’entreprise a du supporter. Il a dit que Gazprom est fermement opposé à la concurrence de d’autres companies russes à l’exportation de gaz vers l’Europe [NDLR: Le 5/07/06, le parlement russe a accordé à Gazprom le monopole des exportations de gaz vers l’Europe], ce qui pourrait faire diminuer les prix.
Zolotov n’a apporté aucune considération au fait qu’il était difficile de rencontrer un haut-responsable de son service », ajoutant que la plupart d’entre eux n’étaient pas formés pour s’entretenir avec des fonctionnaires étrangers mais que l’entreprise n’a aucune intention d’engager des gens dans ce but
Finalement, il a montré son optimisme sur la situation ukrainienne, déclarant qu’il n’y aurait pas de problèmes cet hiver.
Fin du résumé
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Le ministère du gaz
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2. (C) Pendant une longue réunion dans l’élégante tour de Gazprom, une ville à l’intérieure de la ville comme Zolotov l’a décrit, avec des représentants d’ambassades occidentales et des officiels, nous avons interrogé le principal interlocuteur de Gazprom pour identifier les deux ou trois premières priorités de la société. Dans une réponse inhabituellement franche, Zolotov a dit que Gazprom avait deux fonctions essentielles: satisfaire les besoins en gaz des industries et des particuliers, et remplir ses «obligations sociales», ce qui incluse une grande variété, effectivement, de projets caricatifs à travers le pays.

siège social de Gazprom

le siège social de gazprom où s'est tenu la réunion entre un représentant de l'ambassade américaine et le directeur des relations étrangères de Gazprom, Ivan Zolotov

3. (C)Quand nous lui avons fait part que la plus grande partie des firmes multinationales de l’Ouest aurait probablement cité la maximisation de la valeur actionnariale ou des parts de marché comme buts de la société, Zolotov a ajouté une troisième priorité – maximiser le contrôle sur les ressources énergétiques mondiales. Il a suggéré que ce contrôle sur les ressources. Il a sous-entendu que le contrôle des ressources était un but équivalent à la maximisation de la valeur actionnariale, parce que cela augmente le patrimoine de l’entreprise, qi est la clé de la profitabilité à long terme.

4. (C) Zolotov a reconnu que la forte descente des cours sur les marchés boursiers russes depuis mai, et plus particulièrement depuis le 7 Août, a eu des effets catastrophiques sur la valeur actionnariale de Gazprom. [NLDR: les cours des actions ont baissé à la bourse de Moscou après la guerre russo-géorgienne dans un contexte de forte crise financière marquée par la baisse des cours des matières premières, ce qui a entrainé une baisse des recettes de Gazprom, pour plus d’infos lisez cet article] L’entreprise valait plus de 380 millions de dollars à son apogée , il y a quelques mois, et maintenant elle vaut moins de 150 millions de $ – soit une plongeon ahurissant de la capitalisation boursière de l’entreprise de 200 millions de £. Zolotov s’est dit confiant dans le contrôle des réserves de gaz et de pétrole qui permettraient finalement de compenser la perte de valeur.

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Le monopole défend des prix élevés
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5. (C) En décrivant ses priorités, Zolotov semblait apprécier que Gazprom ne soit pas une entreprise comme les autres, notant que la transition avec son prédécesseur, le ministère du Gaz, n’a pas été complètement effectuée. Il a également été franc sur la façon dont Gazprom usait de sa position de monopole en pratique. Par exemple, quand il a été interrogé sur les efforts récents (ref A) de forcer Gazprom à autoriser l’accès aux pipelines à des tiers [third-party access, TPA], Zolotov a dit que l’accès en lui même n’était pas un problème. En effet, il a indiqué que d’ici 15 à 20 ans, environ 30% de la production de gaz en Russie relèvera d’acteurs indépendants.

6. (C) Zolotov a ajouté, cependant, que Gazprom s’oppose au partage de l’accès à l’exportation à travers des compensations monétaires ou des connections physiques. Il a expliqué que le monopole à l’exportation de Gazprom est nécessaire pour défendre les prix élevés pratiqués auprès des consommateurs européens. Il a dit que la TPA [third-party access ou accès aux tiers] ne pouvait s’appliquer à l’exportation «parce que nous ne pouvons pas laisser du gaz russe entrer en concurrence avec du gaz russe; cela entrainerait une diminution des prix en Europe»

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MOSCOW 00002816 002 of 002

SEULEMENT DEUX INTERLOCUTEURS; ET ILS SONT OCCUPÉS
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7. (C) Zolotov a aussi expliqué pourquoi il était si difficile d’avoir des rencontres avec des représentants de l’entreprise pour des visiteurs de haute-importance. Selon Zolotov, dans une une entreprise de plus de 400 000 salariés, seulement deux – le PDG Alexey Miller, et le vice-président Alexander Medvedev
[NLDR: A ne pas confondre avec Dimitri Medvedev, le président russe] – ont les compétences pour de telles réunions. Il a dit que peu d’autres, si ce n’est aucun, avaient les connaissances requises, l’authorité, et les compétences diplomatiques pour de telles réunions.

le PDG et le vice-président de Gazprom

Alexeï Miller le PDG de Gazprom et Alexander Medvedev, le vice-président

8. (C) Cependant Zolotov a dit, que les deux hommes étaient constamment en train de voyager, et qu’il était difficile de prendre rendez-vous avec eux, même des réunions prévues pouvaient être annulées au dernier moment. En guise d’exemple, Zolotov a cité la visite récente à Moscou du ministre de l’énergie québecois [NDLR: le 19 septembre 2008, une délégation québecoise s’est rendue en Russie pour négocier des contrats dans le cadre de la «mission Russie 2008»]. En dépit du désire de Gazprom de négocier avec le Québec, il n’a pas pu obtenir une réunion pour le ministre ni avec Miler ni avec Medvedev. Zoloto, cependant, a écarté le besoin de personnel pour mener un tel travail de communication disant «nous n’allons pas embaucher quelqu’un juste pour une réunion avec le ministre de l’énergie du Québec».

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UKRAINE
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9. (C) Sur l’Ukraine, Zolotov a montré son optimisme sur la situation ukrainienne, déclarant qu’il n’y aurait pas de problèmes cette année dans les négociations des prix et des contrats [NLDR: La Russie a finalement coupé le gaz à l’Ukraine le 1er janvier 2009]. Il a dit qu’il y avait même un espoir pour un contrat portant sur plusieurs années pour empêcher le coup de stress [hand-wringing] annuel sur les échanges de gaz entre la Russie et l’Ukraine.

Poutine par Pistremovic, 2009

Gazprom est souvent critiquée pour être le bras économique armé, du premier ministre russe, Poutine, comme dans le différent russo-ukrainien sur le gaz en 2009. Caricature de Pistremovic, 2009

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COMMENTAIRE
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10. (C) Nos propres observations de Gazprom s’accordent avec la description candide de Zolotov – un monopole rentier, qui cherche à contrôler les ressources partout où c’est possible, et avec un sens relativement simpliste des responsabilités vis à vis des actionnaires autre que l’Etat [NLDR: Gazprom est la compagnie pétro-gazière la moins généreuse en dividendes]. Peut être le meilleur espoir pour faire avancer Gazprom vers un modèle plus compatible avec les définitions modernes d’un monde d’affaires mondial concurrentiel est de continuer et d’étendre les contacts avec les partenaires occidentaux. Fin du commentaire.

Beyrle