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On a surtout parlé de la répression policière de l’Etat du Bahreïn dans les articles publiés sur ce blog. Nous avons écrit longuement sur les exactions commises par les policiers qui s’en prennent aux civils et attaquent les hôpitaux.  Cependant, n’ont jamais été évoqué les sanctions financières prises contre les opposants. Non content de réprimer dans la violence la plus brutale les manifestations d’opposition, la monarchie des Al-Khalifa essaie aussi d’affamer ses opposants.

Fin Mars, 40 étudiants se sont vus supprimés leur bourse d’études à l’étranger pour avoir participé à des manifestations, ce qui représentent 10% des effectifs des boursiers étudiant à l’étranger (source: gulf news). Selon, le ministre de l’éducation du Bahreïn, Nabeel Al Assoumi,  les étudiants ont « sali la réputation du Bahreïn ». Dans ce cas là, M Assoumi ferait mieux de regarder vers les policiers qui font beaucoup plus de mal à l’image du Bahreïn par leurs actes de torture que quelques étudiants boursiers qui manifestent. La répression est très forte dans la communauté éducative. Un syndicat d’enseignants a été dissous et son président arrêté. L’université du Bahraïn a annoncé avoir exclu un doyen, sept professeurs et 25 administrateurs pour des actes de vandalisme. Ils viennent s’ajouter aux 62 étudiants déjà exclus par l’université (source: gulf news)

Les salariés font aussi les frais des sanctions financières. 565 salariés de 16 grandes entreprises et de ministères ont été licencié officiellement pour absentéisme dans des conditions fort douteuses comme l’explique le christian science monitor. Les procédures de licenciement ont visé essentiellement les Chiites de manière arbitraire. Certains salariés licenciés étaient restés à la maison pendant le plus fort des manifestations sous les conseils de leur entreprise. De retour au travail, ils constatent que leurs badges pour passer la porte d’entrée ne marchent plus et se font expulsés par les gardes qui ont repris leurs badges. Certains ont été exclus directement pour avoir manifesté, ce qui est une violation manifeste de la liberté d’expression.

Le directeur du Bureau International du Travail (BIT) à l’ONU, Juan Somivia, s’en est même ému dans une lettre au au premier ministre du Bahreïn qu’il somme de prendre des actions pour que les salariés n’aient pas à faire face à « des traitements, dégradants, injustes, sans raison valable parce qu’ils ont exprimé leurs droits légitimes conformément aux principes de liberté d’association« .

L’Etat du Bahreïn mène une véritable politique d’épuration

30 médecins et des infirmiers ont aussi été mis à la porte pour avoir soigné des manifestants blessés. Tabasser les patients et les soignants n’est pas suffisant pour la monarchie des Al-Khalifa (voir l’article sur les hôpitaux du Bahreïn) qui a aussi dissous le bureau de l’ordre des médecins au Bahreïn (source: gulf news).

Tous les milieux sont sujets à la politique d’épuration du gouvernement. Même les sportifs de haut niveau n’échappent pas à la chasse au sorcière. 12 joueurs et 3 officiels ont été renvoyés de la ligue de football bahreïnie. Cette liste inclut deux frères, Ala et Mohammad Hubail, membres de l’équipe national de football bahreïnie. Espérons que les institutions sportives, prompts à condamner les ingérences politiques dans les affaires sportives, réagissent.

A'al Ahmed Hubail, footballer

A'ala Ahmed Hubail, attaquant de l'équipe de football du Bahreïn depuis 2003, meilleur buteur de la coupe d'Asie en 2004. Il a été renvoyé de l'équipe pour avoir participé à des manifestations, place la perle

Dans tous les cas, ces licenciements expéditifs entrent en violation avec le droit à la liberté d’expression et d’association des travailleurs défini par l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Un travail est un citoyen comme un autre et n’a pas à être sanctionné pour ses opinions.

La communauté internationale obnubilée par l’Iran

Il est malheureux que la communauté internationale se concentre sur la menace iranienne alors qu’actuellement, ce sont l’Arabie Saoudite et le Bahreïn, qui par leur politique particulièrement répressive envers la communauté chiite, exacerbent les tensions religieuses. Le ministre de la défense Robert Gates n’a pas évoqué l’intervention militaire du Conseil de la Coopération du Golf (GCC) avec le roi d’Arabie Saoudite, Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud. Non, il préféré discuter de la menace iranienne et surtout d’un contrat de ventes d’armes à hauteur de 60 milliards de dollar (source: bloomberg.com). Les Etats-Unis ont de très gros intérêts dans la péninsule arabique.

Comme vous avez pu le constater, quelques médias anglophones évoquent la situation au Bahreïn. Malheureusement, le sujet reste cantonné dans les pages de la presse écrite ou les émissions politiques. Un groupe facebook s’est même créé pour demander à la célèbre présentatrice de télévision Oprah Winphrey d’évoquer les violations des droits de l’Homme commises au Bahreïn.

Les Etats-Unis sont les seuls à pouvoir mettre fin aux exactions commises au Bahreïn par leur influence qui est décisive. Le double jeu de la communauté internationale et en particulier des pays occidentaux est dangereux car il donne du grain à moudre à leurs détracteurs parmi lesquels on retrouve le gouvernement des mollahs iraniens.

Le gouvernement algérien a annoncé qu’il supprimerait l’état d’urgence dans les jours qui viennent, information que tous les médias ont repris bêtement en boucle sans réfléchir. En effet, cela fait depuis le début du mois de février que la suppression de l’état d’urgence dans « un avenir proche » est annoncé. Le futur proche ne cesse de se rallonger et la répression des mouvements d’oppositions en faveur des droits civiques continuent. Avant-hier, une manifestations d’étudiants devant le ministère de l’intérieur a été violemment réprimée.

manifestations d'étudiants alger 21/02/11

manfestation d'étudiants devant le ministère de l'enseignement supérieur à Alger le 21/02, qui a été violemment réprimée. Photo des envoyés spéciaux algériens

Bien sur l’Algérie n’est pas la Libye, on se permet au mieux que l’individu soit hospitalisé, mais il ne faut pas qu’il meurt, ce serait trop voyant et on pourrait s’indigner dans la communauté internationale. La répression algérienne est moins violente qu’en Tunisie, en Egypte ou en Libye mais elle est plus sournoise. Le gouvernement fait semblant de faire des concessions pour satisfaire la communauté internationale, mais en réalité, il ne fait que mieux réprimer le mouvement de contestation qui gronde dans le pays. Les 300 opposants arrêtés le 12 février ont été relâchés dans les jours qui suivent, mais cela ne signifie pas pour eux la fin des ennuis, bien au contraire. Certains sont poursuivis simplement pour avoir pris des images des manifestations, le témoignage d’un ancien contact de l’opération leakspin est assez éloquent:

salut moi aussi je suis dans la merde je ne pe pas t’ajouté je suis fliqué ils mon arrété lundi soir j’ai passé un sale quart d’heur et je serai présenté inssessament au procureur pour avoir filmé des émeute le méme jour j’ai filmé les CRS et leur camion anti émeute le fameux moustache [NLDR: orthographe restitué à l’identique]

Aujourd’hui, ce contact a préféré coupé les liens pour préserver sa sécurité. Nous sommes sans nouvelles de lui. Je n’ai pas trouvé de chiffres sur les poursuites entamées par la justice algérienne mais je pense que cela ne doit pas être négligeable.

Il semble que cette stratégie d’usure du gouvernement algérien porte ses fruits. Bien que le mouvement étudiant continue, les échecs des manifestations des deux derniers samedis se font lourdement ressentir sur le moral des opposants. La Coordination Nationale  pour le Changement et la Démocratie (CNCD) qui fédérait une grande partie de l’opposition toutes tendances politiques confondues, vient de se scinder en deux (lire l’article d’el watan à ce sujet). Face à un pouvoir autoritaire unie, l’opposition démocrate est divisée et affaiblie. Seul le mouvement étudiant semble encore tenir bon avec des universités qui restent mobilisées comme aujourd’hui à l’université de Bouzereah.

manifestation le  23 février à Bouzereah

manifestation le 23 février à l'université de Bouzereah à Alger

Au final, les violations des droits de l’Homme en Algérie sont ignorées tandis que les regards sont tournés vers la Libye. Les gouvernements européens qui n’auront cessé de faire preuve de lâcheté pendant les révolutions arabes par leur tiédeur voir même leur complicité comme dans le cas de la France. Une fois de plus Paris s’illustre par son soutien à un régime autoritaire. Raffarin, ancien premier ministre français, envoyé par le président Sarkozy pour aller discuter Bouteflika, a dit sur Europe 1 avoir parlé d’économie mais visiblement, il n’a pas parlé de Droits de l’Homme:

Raffarin veut parler de choses concrètes, soit. Donc parlons de choses concrètes. L’Algérie est classée 109e au classement des pays les moins corrompus par Transparency international. La corruption est un frein évident au développement car l’argent public est détourné de son but initial, l’investissement dans des infrastructures publiques, pour aller dans la poche des dirigeants qui le plus souvent vont dépenser les sommes volées au peuple dans des produits de luxe ou de l’immobilier à l’étranger. Pas besoin d’avoir un doctorat en économie d’harvard pour comprendre que l’argent qui fuit à l’étranger n’ira pas alimenter le développement algérien. La corruption du système algérien est entretenue par un système autoritaire qui permet à des généraux de se maintenir en place par la force.  Tant que le pillage de l’Algérie continuera empêchant une juste répartition des revenus, le développement de l’Algérie et donc la créations d’emplois « choses concrètes » seront considérablement freinés. Raffarin aurait mieux fait de lire l’analyse d’un membre du groupe facebook Algérie pacifique à ce sujet:

Le conseil des ministres vient d’accoucher d’une souris. On dirait ces ministres avec leur président ne vivent pas en Algérie ou plutôt considère leur peuple immature et ne comprend rien à la politique. Ils nous disent qu’ils ont construit des millions de logements alors la crise continue à frapper des millions de jeunes sans logements. Ils disent qu’ils ont créé des milliers d’emplois et de PME alors que des millions de jeunes avec ou sans diplômes souffrent du chômage. Ils disent qu’ils ont construit beaucoup de routes, tout le monde voit l’état dans lequel se trouvent nos routes, ils disent avoir une politique de santé, alors que tout le monde voit la réalité de nos hôpitaux et la disparition répétée de médicaments. Ils disent avoir une politique de l’agriculture alors la réalité ils importent tout de l’extérieur. La seule réalité vraiment réelle de ce pouvoir est qu’il est menteur, rentier, tribaliste et corrompu.